L’inconscient protecteur

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Je continue à pratiquer l’autohypnose. Je ne me suis pas encore fixé d’objectif précis à atteindre, je profite seulement des moments de relaxation, d’instants où nous nous sentons un peu plus en harmonie avec nous-mêmes.

L’autohypnose consiste en un test, un travail sur soi-même, sans intervention extérieure : les conseils prodigués sont uniquement dirigés pour que nous tirions de notre mental des ressources propres, sous le contrôle, toujours et exclusivement, de notre esprit. Aucune tierce personne n’entre en jeu, comme celle, par exemple, d’un hypnothérapeute dont nous dépendrions.

Ma lecture, en schématisant, sépare le fonctionnement de notre esprit en deux : d’un côté, le conscient, et de l’autre, l’inconscient. Immédiatement après avoir fait cette division, nous constatons que les plus grandes choses que nous pouvons réaliser tiennent à notre part inconsciente. C’est essentiellement pour des raisons pratiques que nous établissons un tel découpage : notre cerveau forme bel et bien un tout, indissociable de notre personne.

Cette distinction ne plaît guère à la majorité d’entre nous, qui préférerait « être intelligente par notre propre intelligence » plutôt que grâce à des réflexes.

L’inconscient gère ce qui se fait automatiquement, systématiquement en nous, tandis que le conscient intervient pour ce qui nécessite une réflexion.

Les exemples ne manquent pas sur l’utilité de ne plus penser, de ne plus réfléchir, pour se vouer à notre inconscient.

Nous nous rappelons l’image d’un bébé d’un an qui s’apprête à marcher sur deux jambes pour la première fois. Il sait tenir debout. Puis, par chance, hasard ou effort, il bouge une jambe, qui avance à peine et qui est aussitôt reposée au sol. Là, il prend conscience de sa prouesse. Le mot « conscience » est important. Il est surpris, il peut en rire. Il regarde autour de lui. S’il croise nos yeux, il tente à travers ses mimiques de nous interroger :

— Tu as vu ! ? Je viens de faire mon premier pas…

Il est en train d’intégrer son mouvement. Ce n’est pas sûr qu’il réussisse tout de suite à l’enchaîner. Mais l’essentiel demeure : son apprentissage a commencé. La partie consciente de son cerveau fonctionne à plein régime : il se remémore cette jambe qui s’est soulevée, a avancé puis s’est reposée. Dans les heures, les jours qui suivent, il va tenter de reproduire son enchaînement. À peine bébé, son conscient joue déjà.

Plus tard, l’enfant ne réfléchira plus à tous ces muscles à actionner pour se mouvoir. L’habitude faisant que les gestes qui deviennent systématiques sont relégués à la partie inconsciente de notre cerveau. Le conscient n’aura plus que la charge de penser à l’endroit où le corps doit aller, ainsi qu’à la vitesse : un exemple parmi tant d’autres, faut-il courir ?

Celui qui persiste à vouloir tout contrôler, et essentiellement des automatismes, ne sait pas mettre à profit toutes ses capacités. Adulte, notre conscient ne peut guère réaliser que trois, quatre ou six tâches simultanément. Ceci dépend de la difficulté demandée : manger un poisson sans avaler des arêtes, tout en prenant part à la discussion autour de la table, et se remémorer de courses à effectuer avant de rentrer chez soi.

L’inconscient gère en revanche des milliers d’informations de concert : respirer, gonfler les poumons ou expirer, suivant l’instant, faire battre le cœur un peu plus vite, actionner tel et tel muscle de la main puis du bras pour saisir un verre et le porter à la bouche, réduire les bruits connus et inutiles, tels que ceux de la rue voisine, tandis qu’une voix familière qui nous appelle au loin recevra un meilleur écho…

Notre corps est un ensemble complexe dont l’étude ne se limite pas à des cours d’anatomie. Nous n’accordons pas assez d’importance à l’inconscient. Quand nous parlons d’intelligence, il est frustrant d’admettre que la plus grande part revient à ce que nous ne maîtrisons pas, ce que nous ne comprenons pas. Car la compréhension n’est le propre que du conscient…

Les hypnotiseurs partent sur l’hypothèse que notre conscient ne gère utilement que dix ou vingt pour cent de ce qui lui est soumis, le reste revenant à l’inconscient. Cette fois, nous nous contentons des informations uniquement pratiques, et faisons abstraction des mécanismes de notre corps liés à la respiration, la digestion, les mouvements.

Comment admettre que la maîtrise de notre esprit n’est qu’incomplète ? Ou à l’inverse, comment se leurrer et se convaincre que nous contrôlons tout ou presque ?

Freud avait partagé les pensées en trois composantes, dont deux relevaient de l’inconscient : le « ça » et le « surmoi ». Ainsi, le « moi », c’est-à-dire notre partie consciente, se retrouvait à peu près sur un pied d’égalité avec chacune des deux autres composantes. Il avait étudié l’hypnose, entre autres auprès du neurologue français Bernheim, avant de prendre quelques distances.

La sommité, en la matière, demeure l’Américain Milton Erikson. Atteint de poliomyélite à son adolescence, il est parvenu à vaincre seul sa maladie. Dans les années 1920 à 1950, devenu psychiatre, il s’impose comme un grand thérapeute, permettant à de nombreux patients de surpasser l’état dans lequel ils se croyaient confinés. Ses travaux, sa méthode, consistent essentiellement à écouter les personnes. Bandler et Grinder s’en inspireront et créeront la Programmation neurolinguistique, la PNL, avec certaines adaptations.

Je connaissais la PNL depuis mes études en commerce. Ses principes apparaissent quelquefois simples, évidents, et pourtant elle rencontre quelques détracteurs. Ceux-ci allèguent qu’elle serait utilisée par certains gourous sectaires dans des perspectives de manipulations malsaines. Je n’approfondis pas ce débat qui ne m’intéresse pas et me replonge dans l’étude de l’autohypnose.

L’inconscient fait partie de notre être. Il constitue l’appui essentiel dans l’hypnose pour parvenir à notre propre surpassement. Pour cela, il convient de le cerner, ou du moins de tenter une telle approche. Sur quelle base ? Sur nos modèles conscients, par une analyse classique ? Impossible, puisqu’il détrône le simple « conscient ». Ses mécanismes sont différents, et c’est justement parce que notre inconscient est bâti sur une structure totalement dissemblable qu’il est capable de gérer des événements supérieurs en quantité et en qualité à ce que le seul conscient fait.

Je n’ai pas trouvé la raison pour laquelle empêcher quelqu’un de rêver conduirait à sa mort. L’absence d’air, lors d’un étouffement, prive nos muscles et notre cerveau de recevoir de l’oxygène ; le manque d’eau entraîne la déshydratation, et le défaut de nourriture, à moyen terme, conduit à la mort. Le mal associé à l’absence de sommeil n’est pas lié à la fatigue. Au bout d’un certain temps, lorsqu’une personne persiste à être privée de sommeil, elle tombe dans un état second, et est atteinte d’hallucinations, une forme parallèle aux rêves.

Des recherches ont été effectuées sur les différentes zones de notre cerveau qui sont excitées lors d’un rêve, en comparaison à l’état éveillé : les résultats obtenus avec l’imagerie médicale livrent à la science des informations précieuses, mais insuffisantes. Pourquoi ? Je n’en sais rien. Peut-être m’y suis-je mal pris ? Les recherches d’un lien de causalité entre l’absence de rêve et la mort remontent au XIXe siècle puis à la moitié du XXe. Des expérimentations ont été pratiquées dans les années 1960 sur des poussins qui sont tous décédés après quatre à six jours sans dormir, et donc sans rêver. Certains animaux rêvent, parmi lesquels les mammifères et les oiseaux. Le rêve inconscient consisterait-il dans le repos obligatoire de notre cerveau ?

En attendant, je me rabats sur les postulats des hypnotiseurs : le fonctionnement de l’inconscient ne nous est pas possible à cerner ou à transposer. Nous devons admettre sa supériorité et ne pas chercher à prendre le dessus sur l’inconscient.

Certains hypnotiseurs se régalent d’induire une certaine confusion dans nos esprits. La partie inconsciente comprend ce nouveau langage, peut-être incompréhensible, car il dit des choses et leur contraire, ou ne conclut pas. En revanche, la partie consciente, celle qui prétend tout comprendre, tout savoir, tout analyser commence à se perdre dès ces quelques mots.

Lorsque je lis ces interprétations qui traitent du partage de compétences au sein de notre propre cerveau et qui emploient les termes de « conscient » et d’« inconscient », qui les mêlent dans une relation tantôt imbriquée, tantôt disjointe, je ne peux m’empêcher de sourire. Tandis que certains scientifiques éprouvent des difficultés à aborder ce sujet, ce sont des hypnotiseurs qui en profitent pour établir leurs postulats, tout en y joignant leurs méthodes, celle de la « confusion ».

La confusion consiste à saturer la partie consciente de notre cerveau, afin d’atteindre directement notre matière inconsciente, qui est plus apte à réagir aux suggestions alambiquées. Au fur et à mesure de l’accession à notre inconscient, il est utile d’insister sur la distinction de nos deux entités.

Conscient et inconscient font partie intégrale de notre esprit. Nous les séparons en théorie, mais pragmatiquement nous les utilisons solidairement. L’inconscient nous protège, protège notre corps tout autant que le conscient. Nos réflexes inconscients nous sauvent par des sursauts extrêmement rapides, par exemple lorsque nous traversons une route, lorsqu’un danger arrive trop vite et n’a pas le temps d’être analysé par notre conscient, ou encore lorsque notre intuition nous suggère telle ou telle action ; tout cela a pour unique finalité de nous protéger, nous, cette intégralité soudée de notre corps physique et de notre esprit.

L’inconscient doit être perçu comme une aide très importante. Il ne doit pas être négligé au seul prétexte que notre conscient ne saurait pas l’analyser ou le comprendre. Je me souviens d’avoir lu dans L’Interprétation des rêves de Freud que plus nous essayions d’analyser nos songes, plus ceux-ci se compliquaient et étaient plus difficiles à décrypter. Cette tentative de saisir ce qui ne peut pas l’être peut conduire à quelques soubresauts : des actes manqués, mais pas seulement.

La question devient alors : quelle confiance devons-nous accorder à notre inconscient ? Beaucoup rechignent, préférant maîtriser une moindre matière, c’est-à-dire se limiter à ce dont nous avons conscience, et conserver une certaine compréhension.

En matière d’hypnose, il convient de s’exercer au « lâcher-prise » : admettre la supériorité de notre inconscient et garder à l’esprit que son rôle est celui de la protection de l’ensemble de notre personne. Accordons-lui une totale et pleine confiance.

Ce « lâcher-prise » peut revenir à dire, dans un dialogue avec soi-même :

— Inconscient, j’ai compris que tu es là pour m’aider, je vais suivre ce que tu m’indiqueras.

Durant l’autohypnose, c’est à nous-mêmes de souligner l’importance de notre inconscient. En quelque sorte, nous devons demander à notre partie consciente de nous laisser guider au dialogue, à l’échange, avec une part difficile à cerner de notre personne. En insistant sur la répétition de termes redondants, notre conscient doit réaliser l’existence d’un mécanisme qui est nettement plus performant et qui travaille en parallèle de lui.

Quand nous étions enfants, nous jouions à Jacques a dit :

— Jacques a dit « Levez la main gauche ». Non, la main gauche, pas la droite : perdu ! Maintenant au tour de la jambe…

Pourquoi ne pas faire de même avec notre mental ?

En autohypnose, nous nous adressons à notre inconscient à la seconde personne du singulier. Ainsi, je commence à me détendre, me mettre à l’aise, j’utilise quelques techniques pour entrer en transe avant de m’interroger :

— Inconscient de Lionel, tu entends mes suggestions…

La phrase est délicate. Toutefois, toute hypothèse de schizophrénie est à rejeter, puisque nous ne reconnaissons pas deux personnalités, mais une seule. Il s’agit uniquement de faire appel à une ressource bien spécifique en nous. Le second avantage de cette phrase est de s’adresser indirectement à notre conscient, la partie prétendue « intelligente » : nous parlons à notre inconscient, mais avec des termes qui interpellent notre conscient. Ce dernier va s’exclamer, à propos de nous-mêmes :

— Mais il est fou, il n’y a personne d’autre que moi ! pense le conscient.

Il s’agit du premier réflexe du conscient. Puis vient le moment du doute :

— Et si moi, le conscient, je n’étais pas seul ? Et si Lionel avait raison de s’adresser à cet inconscient pour, lui aussi, l’aider ? Si Lionel fait appel à cette forme d’inconscience, alors peut-être que moi, conscient, dois-je me tenir en dehors de cette histoire qui me dépasse ?… Peut-être dois-je le laisser faire ? Pourtant, je ne crois pas à ces racontars d’inconscient. Lionel se rendra compte tout seul qu’il se trompe. (Et s’il ne se trompe pas, j’aurai eu raison de m’éclipser quelques instants, le temps qu’il fasse ses propres expériences.)

L’appel à notre inconscient doit être perçu comme un jeu. L’enfant que nous étions jouait à Jacques a dit avec notre corps. Nous grandissons et maintenant nous nous amusons avec notre cerveau. Pourquoi pas… On raconte que l’inconscient agit comme un enfant de cinq ans.

Adultes, nous n’avons pas cessé de rechercher des distractions. Celles-ci ont évolué au fur et à mesure de notre croissance, mais elles demeurent toujours présentes. Nous aimons regarder des films comiques, des divertissements. Et même lorsque certains d’entre nous visionnent de l’horreur, ne serait-ce pas par jeu ? Nous n’avons pas de vraie raison d’avoir peur, il ne s’agit que de fictions au travers d’un écran de télévision. Installés dans nos fauteuils, nous sommes inatteignables. Pourquoi les regardons-nous alors ? Parce que nous nous amusons à nous terroriser, nous nous faisons plaisir à nous mettre dans des situations dérangeantes. Nous restons toujours, même adultes, dans le jeu.

Parler avec son propre inconscient est de cette veine. Et si cela marchait ? Est-il possible d’endormir notre esprit, pour laisser resurgir des capacités enfouies au fond de nous ?

La pratique de l’autohypnose ne s’étend pas bien loin. Certes, je tente de communiquer avec mon inconscient, mais comme je m’y attendais, je ne peux pas obtenir de réponse franche du genre :

— Oui, je suis l’inconscient de Lionel, je t’écoute… Que veux-tu ?

Cette approche avec notre inconscient permet surtout une meilleure avancée, paradoxalement consciente, vers d’autres aptitudes en nous. Nous acquerrons de cette manière de nouveaux réflexes. Nous améliorons notre capacité d’analyse de ce qui nous entoure, notre compréhension de l’environnement.

Devenons-nous plus attentifs aux dangers qui pointent ?

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