Calme précaire

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Durant les fêtes de fin d’année, les cousines de Marseille viennent nous rendre visite. Leur arrivée est à chaque fois l’occasion de laisser de côté nos disputes de couple. Nous ne sommes plus unis, mais pour la forme, nous évitons tout accrochage entre nous. Et puis nous savons que tous bénéficieront de l’apaisement. Le début de l’année 2013 pourrait apparaître satisfaisant.

Nous aurons toujours des sujets propices à des altercations, mais si elles peuvent être diminuées, ce n’est que tant mieux pour nous tous. Quelques jours à peine avant la fin 2012 je viens encore de réaliser sur le site de la CAF que Rachel a de nouveau substitué les données de son compte bancaire personnel. Ce n’est pas grave, car, en ligne, j’ai aussitôt replacé les références à notre compte commun. Néanmoins, je m’interroge : n’en a-t-elle pas assez de multiplier les frictions inutilement ? N’est-ce pas le moment pour elle de faire profil bas, le temps que nous trouvions un terrain d’entente ?

Ma dernière attitude a été de tenter de calmer le jeu. En vain : je n’ai plus de point commun avec Rachel.

Je demeure méfiant. Dans les actions de tous les jours, même bénignes : par exemple, une nouvelle précaution que je prends est de me faire réexpédier mon courrier chez ma grand-mère. Les lettres mettront un jour de plus avant de me parvenir, mais j’ai la certitude qu’elles ne me seront pas soustraites.

Les conflits avec Rachel dépassent l’entendement. Je dois les comprendre, dans l’hypothèse où il y ait quelque chose à discerner. Je me force à ne pas entrer dans son jeu. Sa présence me rend nerveux depuis quelque temps déjà : des gens se combinent avec des situations, pour lesquels la simple idée suffit à se sentir en rogne. Je ne suis pas le seul, c’est le cas, entre autres, d’à peu près toutes les personnes qui divorcent.

Je continue à me consacrer aux enfants. Nicolas est inscrit en cours de musique et il a demandé également à pratiquer la gymnastique masculine. Il est très souple, sportif, et toutes ces prédispositions l’aident. Quant à Océane, elle est encore jeune. Cependant la danse traditionnelle provençale l’attire, sur le modèle de sa grand-mère.

Serais-je obnubilé par Rachel, dont la seule évocation participe à me stresser ? C’est possible lorsque je me rappelle son égoïsme, son désintérêt relatif pour le suivi des enfants, aussi bien les grandes filles que les deux plus jeunes. Depuis septembre dernier, nous devions vivre séparés. Qu’attend-elle pour quitter la maison ? J’ai quelquefois l’impression qu’elle se délecte à me faire craquer, qu’elle ne guette qu’un faux pas.

Je pousse alors plus loin mes connaissances du système cognitif : je continue à muscler ma mémoire, et je poursuis vers les domaines connexes. Ma dernière trouvaille sur la Toile traite de l’autohypnose : comment se mettre en transe, et se préparer mentalement à de nouveaux progrès sur notre personne.

Un des premiers points du fascicule porte sur l’arrêt du tabac, mais précise que ce n’est qu’un exemple : ceux qui ne sont pas concernés peuvent substituer d’autres progressions personnelles. L’ouvrage, bien que succinct, est assez détaillé et les illustrations donnent envie de s’y atteler. L’auteur cite le cas d’une personne qu’il accompagnait, et qui voulait bronzer. Pour cela, chaque jour elle entrait en transe, et s’imaginait dans le désert sous un soleil torride. Son corps créait alors une pigmentation accrue de son épiderme, et parvenait à légèrement foncer au terme de quelques mois. Cette anecdote m’interloque.

Je suis d’un naturel naïf, et je veux bien croire ces écrits jusqu’à preuve du contraire. La poursuite de la découverte d’un autre monde, et l’hypnose de soi, sans aucun danger, trouble ma curiosité. Je ne suis qu’un débutant, je n’ai jamais été hypnotisé, et je ne connais pas ces sensations. Si, je me souviens qu’à l’occasion d’une fête l’été, lorsque j’étais adolescent, un hypnotiseur était venu à Istres et avait fait monter les volontaires sur une scène. Nous devions être une vingtaine, mais après quelques paroles, il avait écarté quelques récalcitrants dont je faisais partie. Je n’ai jamais trop cru à ces phénomènes. Aujourd’hui, curieux, je veux bien tenter à nouveau.

Je télécharge un enregistrement d’une trentaine de minutes d’un hypnotiseur. Le son de sa voix et les dispositions qu’il nous demande de prendre sont supposés nous relaxer : s’installer, à l’aise, dans un fauteuil, fixer un point au loin dans la pièce, et se concentrer dessus. Imaginer la distance qui nous sépare de lui, s’interroger sur sa forme, sa consistance. Faire le vide dans notre tête, dans notre esprit. Être comme attiré par ce point, subjugué, et ressentir, éprouver de nouvelles sensations. Le son, débité d’une voix monotone, laisse quelques moments de repos avec soi-même. Il termine par un réveil en douceur.

Je m’installe confortablement assis sur mon lit, un gros coussin derrière mon dos. Tout est calme autour de moi. Ce fichier sonore peut être écouté à plusieurs reprises, à des jours différents, cela est même recommandé. Je pensais plonger dans une sorte de sommeil, mais je reste éveillé. Y a-t-il un moment durant lequel je m’engouffre inconsciemment dans un état hypnotique, sans m’en rendre compte, ni même à mon réveil ? Je pose une petite caméra sur la commode de la chambre et je me filme. Après une demi-heure, je suis toujours éveillé, et la séance est pourtant terminée. Je n’ai pas besoin de visionner l’enregistrement, je sais qu’il ne s’est rien passé.

Lorsque j’emmène Nicolas au sport, j’ai l’habitude de venir avec mon ordinateur portable, et de travailler à ma programmation, soit sur un banc à l’entrée du gymnase, soit dans la voiture. Cette fois je m’installe là encore confortablement sur les sièges arrière puis je lance la lecture de cette douce voix. J’ai deux fascicules sur l’autohypnose d’une trentaine ou soixantaine de pages, bien détaillés.

L’hypnose ne consiste pas à entrer en sommeil, mais à accéder à un état modifié de conscience : notre lucidité est estompée. Cependant, nous entendons tous les bruits environnants, à la différence qu’ils nous apparaissent maintenant plus lointains, plus faibles, diminués. Je comprends un peu mieux ce qu’est cet état hypnotique : je rentre dans une phase au cours de laquelle je serai beaucoup plus réceptif à de nouvelles suggestions.

Les guides d’autohypnose insistent sur la détermination d’objectifs personnels : entrer dans une déconnexion de notre esprit n’est pas une fin en soi, mais un moyen de perfectionnement. Les exemples cités ne manquent pas, je retiens qu’il s’agit toujours d’améliorations, qui sont quantifiées, avec des objectifs vérifiables.

L’hypnose n’est pas dangereuse en soi, puisque c’est notre propre inconscient, protecteur de nous-mêmes, qui nous y laisse plonger. S’il faut en ressortir brusquement, nous nous réveillerons. Cette précaution s’appelle la « pose de fusibles » : juste avant de descendre dans cette sorte de torpeur, préciser à notre inconscient que si des suggestions nous choquaient, alors nous nous réveillerions instantanément.

Enfin, pour éviter que des traumatismes de notre enfance, du passé, resurgissent, nous nous interdisons toute tentative de retourner en arrière dans notre histoire personnelle. Les deux seuls temps permis sont le présent, qui constate l’état dans lequel nous nous trouvons, et le futur, qui correspond à la situation que nous visons.

Avant de plonger en autohypnose, nous définissons une durée au terme de laquelle nous retrouverons nos esprits. Une trentaine de minutes sont habituellement suffisantes.

Je commence assez bien à cerner la manière d’atteindre cet état. Reste la question de l’objectif. Je vis des moments assez difficiles, mais qui ne m’apparaissent pas nécessiter un effort d’une telle profondeur. Un divorce correspond à une période délicate, mais je devrais m’en sortir sans recourir à ces techniques puissantes de l’esprit. Ce que j’apprends me sert plutôt pour ma connaissance personnelle.

Rachel m’embête. Je m’emploie à ne pas l’accabler par rapport à ses vieilles histoires, mais elle ne semble pas comprendre, et poursuivre inlassablement ses provocations.

Certes, j’ai déjà fourni quasiment tous les éléments au parquet contre elle, mais il ne s’est agi, lorsque je l’ai fait, que de sursauts, d’actions ponctuelles, en réponse à ses agissements.

Le temps, maintenant, doit être celui de l’apaisement. Rachel se force à rester ici. Je demande, à ce moment-là, qu’elle permette qu’un peu, qu’un tout petit peu de sérénité puisse revenir.

À la maison les rôles sont clairement répartis : en dehors de mon travail, je m’occupe des devoirs des enfants, de leurs activités extrascolaires, et même des courses qui nécessitent une voiture. Rachel se charge des repas et des tâches ménagères.

Un partage des prérogatives de chacun n’est pas suffisant, à lui seul, pour un foyer apaisé. Rachel s’emploie à attiser les braises, tandis que de mon côté, j’éteins les feux.

La dernière action qui n’a pas été régularisée est celle de la CAF qui a attribué toutes les ressources financières à Rachel. Voilà un mois que cet organisme se refuse de mettre à jour les documents que j’ai envoyés. Et notre compte en banque commun fond comme neige au soleil.

L’hiver est assez froid. La chaudière chauffe tant que la cuve contient du combustible. Je mesure de temps à autre la quantité restante. Elle descend. Je préviens Rachel qu’il faut qu’elle paie le fioul avec une partie de ce qu’elle a perçu. C’est une nouvelle pierre d’achoppement. Elle n’en démord pas, et refuse d’engager des dépenses : elle me soutient avec aplomb que l’argent qu’elle a reçu est pour elle. Quant à la question du paiement, elle me répond que ce n’est pas son problème, car tous ces achats me reviennent.

La provocation se mêle à la bêtise et à l’irresponsabilité. Une dizaine de jours avant que la cuve ne soit totalement vidée, je prends l’initiative de ne chauffer que par intermittence. Nous vivons dans la maison avec de chauds pullovers.

Puis la rupture survient. Au bout de cinq jours, les deux plus jeunes tombent malades. La cause n’est qu’un simple froid, mais Rachel amène tout de même Océane chez le médecin.

Certes ces disputes d’argent ne devraient que nous concerner. Je fais peut-être preuve d’un brin de mauvaise foi, mais je souhaite interpeller les services publics par rapport à son attitude : que ces travailleurs sociaux arrêtent de prétendre que tout revient aux femmes, quelles qu’elles soient. Ils savent que Rachel ne remplit pas ses devoirs de mère.

En droit administratif, il est obligatoire de laisser certains délais au conseil général pour répondre. Il faut commencer par lui envoyer une lettre recommandée pour mettre en avant les points que nous entendons présenter devant le tribunal. L’institution peut alors corriger avant d’entrer dans une procédure contentieuse.

Dans la foulée, j’introduis un référé-provision pourobliger la CAF de payer le montant des allocations familiales à la personne qui a la charge effective des enfants.

Autrement dit, les assistantes sociales qui travaillent pour le conseil général n’ont ni le droit ni la capacité de faire obstacle aux décisions du tribunal. Je m’insurge contre ces quelques agents administratifs qui croient faire eux-mêmes la loi, rééquilibrer ce qu’ils jugent clocher par rapport à leur propre vision du monde, leur conception personnelle des choses.

Comme un leitmotiv, je reviens à la charge : peut-être qu’il y a vingt ou trente ans, on pensait qu’en France seules les femmes savaient s’occuper des enfants. L’égalité entre les sexes prend de l’ampleur, et l’on reconnaît maintenant aux hommes la capacité d’élever des enfants, leurs enfants.

J’attaque les décisions de ces agents départementaux : j’écris ma requête et l’envoie. À peine quelques jours plus tard la CAF me contacte, précisant que mes précédentes demandes auraient été toutes régularisées. Et effectivement, le virement arrive sur le compte joint commun. Aussitôt je passe commande d’un remplissage de cuve. Le froid est chassé de la maison et nos cœurs se réchauffent enfin.

Pourtant je suis toujours hanté par un sentiment étrange, comme quoi de mauvaises actions sont en préparation. Je continue à me méfier de Rachel. Plus que jamais, j’attends que ce soit elle qui se couche la première avant de la rejoindre une heure plus tard lorsque je suis certain qu’elle dort.

Ce n’est pas tout. Début mars je relance par courrier le maire Ricardo. Voilà quatre ou cinq mois que Rachel a introduit son dossier et je suis surpris qu’il n’y ait pas eu d’avancée. D’autres craintes prennent forme dans mon esprit : et si Rachel elle-même refusait les offres de logement qui lui étaient proposées ? C’est possible, car je suis toujours incertain de ses intentions.

Je me laisse guider de plus en plus par mes intuitions. Mon attitude est de moins en moins rationnelle. J’explique mon propre changement par rapport à la pression exercée par Rachel, et par mes récents apprentissages sur les capacités cachées de notre esprit.

J’exprime ma crainte sur le blogue que je reprends.

24 mars 2013

Reprise du blogue : quelques cas de parents qui tuent leurs enfants

Après quelques mois d’interruption (je pensais que le ciel se dégageait), je reprends l’écriture.

Et quelques articles (je place un lien cliquable) sur des parents (pères ou mères indifféremment) qui tuent leurs enfants :

Une mère tue ses enfants et tente de se suicider ; elle a envoyé un SMS inquiétant à sa sœur ;

Belgique, une mère tue sa fille de quatre ans avant de découper et congeler son corps ;

Infanticides camouflés en disparitions : meurtres d’enfants par les parents.

Dans ce dernier article, il est écrit : « Prévention impossible ». Je réponds « mon œil », il y a toujours des signes qui transparaissent, mais encore faut-il que la police ou la justice ne fasse pas semblant de ne pas les voir. C’est en partie le but de ce blogue : donner des pistes pour se prémunir contre ces risques concrets.

28 mars 2013

Pourquoi ce blogue ? Et quels refus d’enquête ?

Le titre de ce blogue interpelle peut-être certains d’entre vous : quels sont ces refus d’enquête ?

Notre justice est assez bonne, mais il y a toujours des choses à améliorer. C’est l’objet des articles du blogue. Nous prenons tous connaissance au travers d’articles de presse, de reportages télé, d’affaires difficiles qui ont conduit à des drames qui auraient pu être évités.

Il convient donc de chercher des exemples, de les analyser, afin que ce blogue puisse, pour d’autres personnes, participer à des améliorations de notre système de protection. Et pourquoi ne pas sauver des vies ? Ça semble prétentieux, mais je veux bien y croire.

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