Ricardo, première approche

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Dans les années 2000, j’allais à l’étranger pour assister des gens. Rentrant en France pour raisons familiales, je n’allais pas renoncer à ma volonté d’aider. Je deviens bénévole auprès d’une association de défense de consommateurs. Les recommandations ou les conseils des personnes m’apparaissent assez faciles. Je m’y consacre hebdomadairement.

Istres est défavorablement connue en France pour les excès de son maire, M. Ricardo : projets immobiliers démesurés, passe-droits. Dans les années 2000, il avait été inquiété au sujet d’une affaire politico-judiciaire. Je ne me souviens plus s’il avait été ou non blanchi. En tout cas il avait été déclaré inéligible et avait dû abandonner son fauteuil de maire, l’espace d’une mandature.

Je l’avais rencontré, sans suite, en 2011, au sujet de l’emploi à Istres. Au pouvoir, il semble plutôt intéressé par des constructions de nouveaux quartiers hasardeuses, essentiellement sur des terres fertiles agricoles alors que les terrains ordinaires à Istres ne manquent pas.

Une association citoyenne est créée, Istr’action, dont la dénomination conjugue l’appellation de notre cité avec la nécessité d’agir. Ma mère y a adhéré, et sur sa recommandation, j’en fais de même. S’y trouvent des militants de toutes tendances politiques, de droite comme de gauche, ainsi que de simples citoyens.

Au-delà des surfaces cultivables, Istr’action a levé plusieurs lièvres. Par exemple en centre-ville, un parking municipal de près de quatre cents places a été gracieusement laissé à un promoteur privé. Ce cadeau se chiffrerait entre trois et huit millions d’euros si l’association n’était pas intervenue.

Sur un autre chantier, un gros constructeur obtient pour commencer ses travaux des attestations selon lesquelles les raccordements aux équipements tels que l’eau ou le tout-à-l’égout sont déjà en place. Pour Istr’action, il s’agit de certificats de complaisance, pour ne pas dire que la construction est basée sur de faux documents.

L’association consiste en un léger contre-pouvoir, un garde-fou citoyen.

Ricardo peut présenter des excès, et nous en sommes informés. Personne n’étant parfait, il faut accepter de le regarder comme un bon maire. Il connaît très bien ses administrés, sait les recevoir, les écouter, et répondre à leurs questions.

Il n’a jamais travaillé ailleurs que dans la sphère politique locale. Tout jeune, dans les années 1970, il a fait ses débuts au sein de la municipalité socialiste de l’époque et il ne l’a pas quittée. Qu’on l’aime ou non, nous devons reconnaître que c’est un homme d’engagements, un politique certes, mais une personne qui tient à répondre aux sollicitations qui lui sont adressées, pour le bien de la plus grande majorité de ses administrés.

Ainsi, je m’inscris en faux contre les irrégularités qui seraient découvertes au cours de son mandat, tout en lui reconnaissant la capacité d’une certaine gestion humaine de ses administrés.

Par rapport à Rachel, je demeure préoccupé à ce qu’elle quitte le domicile. Elle peut avoir postulé l’obtention d’un logement social, mais je ne suis pas sûr de la sincérité de sa demande. Je pense que le danger a été diminué, mais ce n’est qu’un avis personnel.

J’ai la volonté de participer à l’apaisement entre elle et moi. Cependant l’intuition me pousse à la prudence. Rachel ne serait-elle pas en train de tenter de retourner la situation ? Ricardo pourrait être autant à mon écoute, car je suis Istréen et il connaît ma famille depuis longtemps, qu’à celle de Rachel, cette fois par simple mesure de rétorsion. Je doute en effet qu’il apprécie ma participation avec Istr’action.

Fin septembre, je prends l’initiative de lui adresser un courrier barré de la mention « Confidentiel », dans lequel j’expose que Rachel a demandé un logement social, et que je m’inscris avec elle dans la même requête. Mais je tiens à préciser que notre séparation fait suite à une vieille affaire criminelle, pour laquelle je souhaite qu’il reste en dehors. Je complète en soulignant que la plainte est toujours en cours d’instruction, et qu’il convient d’observer la présomption d’innocence. Je n’ai rien à ajouter.

Dans les deux jours qui suivent, je reçois un appel d’une de ses assistantes, qui me fixe un rendez-vous avec le premier magistrat. Son bureau n’a pas changé depuis l’année dernière, et est toujours aussi faste. En bout de table se tient l’adjointe au logement.

— Monsieur Aubert, j’ai bien reçu votre courrier, commence-t-il. N’ayez crainte, je ne vois même pas qui est votre épouse.

Il tourne la tête et s’adresse à sa collaboratrice :

— Vous avez son dossier ?

— Oui, tout est en cours, il s’agit de Rachel Aubert.

— Donc tout va bien. Je ne me souviens même pas d’elle. Mais elle aura son logement. Ça peut prendre un peu de temps, car je suis beaucoup sollicité.

Nous terminons la rencontre sur quelques banalités.

Je ne demandais même pas à être reçu par le maire. C’est un personnage qui aime montrer qu’il tient les affaires en main.

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