Poursuite du puzzle et micro-expressions

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Rachel a eu beau déclarer que je me défendrai contre l’agent Chesnay au cours des prochaines semaines, mais il n’en est rien : les menaces de la policière, qui a affirmé agir sur instruction du parquet ont produit leurs effets.

Certes, je sais pertinemment que personne ne pourra m’envoyer en prison sans que je puisse me défendre. Et je me défendrai alors suffisamment.

Le problème ne réside pas dans l’intimidation de procureurs ou de policiers, mais dans la volonté de l’État de protéger les victimes et de résoudre des enquêtes. Là est mon impasse : menacé de mort avec mes enfants, l’État attend, attend, attend. Plus rien.

Ce sentiment se couple en même temps par la conscience que j’ai maintenant de mon travail, de mes activités : je suis menacé de mort, je n’ai quasiment plus de revenus puisque je vis de minima sociaux. J’ai de fortes ressources personelles. Et pourtant non, la solution me semble ailleurs.

Je reprends mon puzzle. Mon activité cérébrale tourne au ralenti, un peu replié sur moi-même. Je m’immerge avec ces petits morceaux de carton épais découpés. Je vais continuer ainsi puisque je sens qu’il faut que je passe par là. C’est en septembre puis en octobre 2012 que je suis le plus démoli, et que je dois me recentrer. Fin août la policière venait de m’intimer d’arrêter toute action, quand bien même je lui montrais ma blessure au tibia, soit la preuve que j’étais victime de Rachel. Cette blessure n’était que légère, mais évidente. Ensuite, il y avait les menaces de mort et la possibilité d’une mise à exécution. Mais je ne peux rien faire : justice, police m’apparaissent liguées contre moi.

Alors je me replonge dans le puzzle. J’apprends à comprendre les détails. Cette imbrication de morceaux individuellement est insignifiante, mais ô combien nécessaire à l’aboutissement : aucune pièce ne saurait manquer. Bien sûr dans la vie de nombreux éléments peuvent rester invisibles, une seule vision d’ensemble demeure utile. Avec le puzzle, je pousse plus loin. Et j’ai toujours ce ressenti que quelque chose va déboucher dans mon problème.

Je recherche un salut dans les détails. Depuis un peu plus d’un an passe, avec toujours à la télévision une série américaine d’enquêtes policières dans laquelle le héros parvient à capter des mouvements insignifiants du visage, des rictus extrêmement brefs. Je ne suis pas « un accro » du petit écran, et c’est pour cela que je ne découvre que tardivement la série Lie to me, en référence aux mensonges qui peuvent être détectés.

Ces téléfilms tombent à point nommé. Je suis certain que Rachel veut ma mort. Si je trouve sur son visage certains signes — tout ceci est prouvé scientifiquement —, alors je pourrais paradoxalement me réconforter. Un tel raisonnement est bizarre, mais c’est celui que je tiens : soit Rachel n’a aucune intention contre moi, et je serais fou, soit il y a vraiment matière à avoir peur. Je deviens à ce moment en partie rassuré d’avoir évité les pièges.

J’étudie les micro-expressions. C’est le nom donné par le Dr Paul Ekman à ces tics nerveux qui surgissent sur le visage alors même que nous n’en avons pas conscience. Ces mouvements naturels correspondent à six ou sept expressions universelles. On les retrouve aux quatre coins de la planète, aussi bien en pleine civilisation occidentale qu’au sein de tribus primitives. Ce sont les muscles de notre visage qui sont faits ainsi. Ceux du front, des joues, sous le nez, tout autour de la bouche, ou de nos yeux ; la nomenclature qui les liste au plan médicinal est assez conséquente. Ces muscles se contractent très brièvement, dès la perception de certains signaux par notre cerveau, avant même que celui-ci n’ait pu les analyser. Ce sont des signes que nous ne pouvons pas réprimer ni simuler, et, de ce fait, ils présentent un grand intérêt dans la recherche des sentiments cachés des personnes.

Une seule expression heureuse, celle de la joie, ressort de l’étude. Nous connaissons tous que le sourire puisse être feint, par complaisance, pour faire plaisir à notre entourage, ou par lien social simplement. Cet étirement des lèvres vers l’arrière avec un plissement des joues vers le haut n’est pas naturel, il peut durer longtemps. En revanche, d’autres mouvements du visage sont beaucoup plus difficiles à obtenir volontairement. Dans le cas de la joie, la peau à l’extérieur des yeux se plisse. Ce mouvement est très bref, et il faut s’être entraîné pour le saisir. Un neurologue français avait donné son nom à ce sourire sincère et naturel, le sourire de Duchenne.

Puis vient une émotion qui peut être neutre, positive ou négative : la surprise. Par « surprise » on ne veut dire qu’un étonnement, sans catégoriser l’événement en tant qu’une bonne ou mauvaise nouvelle. Saisir sur un visage la micro-expression de la surprise prouve que la personne n’avait pas eu connaissance de ce qu’elle est en train de découvrir.

Les autres crispations naturelles du visage concernent la peur, le dégoût, la colère, la tristesse et le mépris. Il s’agit d’expressions quasi instantanées. À partir de ces émotions primaires peuvent se construire des sentiments plus évolués. Par exemple la haine ou l’orgueil. L’étude des micro-expressions m’intéresse par sa simplicité. Je trouve sur la Toile plusieurs vidéos d’exercices. Ces sept expressions furtives ne sont pas difficiles à mémoriser. Le plus ardu est d’entraîner son œil à les saisir, durant une fraction de seconde. Je visionne les extraits au ralenti pour m’habituer.

Dans le téléfilm, le héros prétend être capable de détecter les mensonges. Les sites qui présentent l’étude des micromouvements sont plus nuancés. Il n’existe pas de micro-expression correspondant au mensonge. Celui-ci doit être déduit, dans un contexte. Je vais plus loin en refusant que ne pas dire la vérité signifie culpabilité.

Je tombe sur un vieil extrait où l’on voit un ancien ministre français, devenu administrateur en ex-Yougoslavie, dont le nom est mentionné, à tort ou à raison, dans un trafic d’organes local. Plusieurs Serbes tentaient à l’époque de le déstabiliser par n’importe quel moyen, dont des accusations les plus fantaisistes. Et comment répondre à la diffamation ? Un journaliste interroge l’homme politique. Celui-ci, l’espace d’une demi-seconde, affiche de la colère sur son visage puis fait répéter la question. Il s’esclaffe en assénant que c’était la première fois qu’il entendait pareille sornette. Il mentait, puisque sa colère initiale montrait qu’il était au fait des accusations portées contre lui. La fausse surprise qu’il a par la suite affichée avec le rire n’était qu’une façade, qu’une défense. Ceci ne signifie nullement culpabilité. Je vois dans cet exemple l’illustration qu’un mensonge peut être sans conséquence, et qu’il ne faut pas tirer de conclusion hâtive.

Je débute avec les micro-expressions, en connaissance de leurs limites, car une telle étude a ses limites. Une pratique, longue, est également indispensable. Il s’agit d’une voie, comme une autre, dans laquelle j’irai chercher des solutions à ma situation.

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