Le juge aux affaires familiales

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Pour divorcer, la loi impose d’avoir recours à un avocat. Heureusement : les rapports sont suffisamment tendus entre les époux, il ne faut pas leur permettre d’aggraver la situation même si leurs discussions partent d’un bon sentiment. Un divorce coûte très cher, et les honoraires de ces défenseurs tiennent une part importante.

L’acte de mariage est social : la validation par une cérémonie et la délivrance d’un papier qui indique que les époux décident de vivre ensemble n’est pas d’une nécessité absolue. Dans notre société, des couples peuvent fonder une famille en dehors de tout lien formel. Mais cette union n’en demeure pas moins protégée par l’État, et sa dissolution est rigoureusement encadrée.

L’avocat est obligatoire. Si des couples ont de trop faibles moyens financiers, ils bénéficient de l’aide juridictionnelle. Je vivote toujours, et peux faire appel aux services d’un professionnel indemnisé par l’administration.

Par l’intermission de ma mère, je rencontre une avocate assez réputée à Istres qui accepte de suivre mon dossier. Lors de notre premier rendez-vous, essentiellement formel, elle me détaille une tentative de conciliation obligatoire avec mon épouse, devant le juge aux affaires familiales, appelé JAF. Si cet essai ne débouche pas le jour même, une ordonnance provisoire actera notre séparation, sans entrer dans les motivations du divorce. Ce n’est que des mois ou des années plus tard que le jugement définitif sera rendu. Ces délais sont souvent longs lorsque des biens immobiliers sont en jeu, ce qui n’est pas notre cas. Je lui précise que mon épouse n’entend pas divorcer, ce à quoi mon avocate rétorque que le jugement la mettra devant le fait accompli. Le temps de ce premier rendez-vous passe si vite qu’il se termine déjà.

Lors de la seconde entrevue, j’aborde la motivation du fond : les menaces de mort contre les enfants et moi, et surtout le faux rapt. Mon avocate m’interrompt : les procédures pénales ne sont pas bien indemnisées par l’État, et il s’agit d’affaires distinctes, même si elles semblent liées. Elle va continuer à obtenir la séparation d’avec ma femme, et uniquement cela. Pour le reste, elle m’invite à chercher un autre de ses confrères.

Par rapport aux six à dix mois précédents, lorsque Rachel affirmait avec insistance vouloir nous tuer si je demandais le divorce, la situation s’est quelque peu améliorée. Certes les menaces verbales sont persistantes, mais le risque me semble amoindri. Je m’appuie sur ce fléchissement pour montrer que j’irai au bout. J’agis avec précaution. Le danger avec Rachel s’est maintenant déplacé, et j’en profite : sa principale raison de venir à bout de moi est de faire obstacle au risque que je représente pour elle. Le divorce est relégué, dans la tête de ma femme comme dans la mienne, au second plan.

Il est assez difficile de comprendre s’il existe une hiérarchie d’importances que j’accorde aux actions. Je tiens à me consacrer à l’essentiel, c’est-à-dire à la résolution de l’affaire de l’extorsion. Rachel a été horrible et je souhaite qu’elle finisse par être jugée et condamnée. Mais à cause du risque pour les enfants, je conçois de patienter. Je dois faire obstacle aux tentatives de me tuer. Plus que leur répression, je recherche ma protection. Celle-ci doit être immédiate. Et enfin se situe la question du divorce. C’est un point accessoire, mais certainement le plus facile à traiter actuellement.

Nous avons rendez-vous pour une éventuelle conciliation le 9 mai à Aix-en-Provence. Avec Rachel, nous faisons route ensemble. Sur place, nous nous séparons, je rejoins une jeune avocate, collaboratrice au sein du cabinet. Elle va me représenter aujourd’hui. Je l’informe tout de même du fond du sujet, bien que le juge ne doive pas l’aborder dans l’immédiat. Il se contentera d’évaluer sommairement la situation et de définir des mesures provisoires. Nous attendons dans une salle où se trouve une bonne vingtaine de couples, qui sont ensuite répartis entre trois magistrats. L’un d’eux semble enchaîner des audiences de cinq minutes environ. Notre juge sera une femme. Elle paraît prendre deux fois plus de temps, soit une dizaine de minutes par entretien. Elle me rencontre individuellement le premier, puis Rachel, et enfin nous deux en même temps.

Je suis écouté le premier, et sans la présence de mon avocat. J’expose ma volonté de divorcer. Je sais que je ne dois pas entrer dans les détails, mais je précise tout de même le caractère dangereux de ma femme, notamment les menaces de mort. La juge me questionne au sujet de la garde des enfants, de leur éducation. J’indique que je les surveille dans leur parcours scolaire et extrascolaire. Je cite en exemple que c’est par mon soutien que Nicolas a sauté une classe à l’école. Lorsque la juge écoutera Rachel avec ses fautes courantes de français oral, elle se rendra compte qu’il est impossible qu’elle ait pourvu à la bonne éducation scolaire des enfants. Mais ce n’est qu’un détail, je reviens sur l’essentiel : notre sécurité.

Après mon audition vient celle de Rachel. Elle s’étale, tout comme la mienne, sur quelques minutes. Puis nous entrons tous, avec mon avocate cette fois-ci. Le but est de régler des points importants pour les enfants tels que leur interdiction de sortie du territoire : je n’ai pas envie que Rachel parte avec eux au Congo pour une durée indéterminée… La juge conclut en nous expliquant que l’ordonnance nous parviendra prochainement. Si nous poursuivons dans la voie du divorce, elle nous recevra alors impérativement avec un avocat chacun. Rachel lâche :

— Ah non ! Je ne veux pas divorcer, je ne prendrai pas d’avocat !

— On vous y obligera madame, rétorque fermement la juge.

Le 29 mai, l’ordonnance de non-conciliation est rendue. J’obtiens la garde des enfants et je conserve le domicile. Je m’attendais à ce qu’une expertise psychologique soit décidée, relative à la dangerosité ou non de Rachel, mais il n’en est pas question non plus. Aucun expert-psychiatre n’est désigné. Les menaces de mort que Rachel proférait sont passées sous silence. Obtenir la garde des enfants, oui, mais s’ils risquent de disparaître, il me faut réagir avant…

L’ordonnance se contente de demander une simple « enquête sociale » : une personne viendra nous rencontrer, nous écouter, et rendra un rapport sur ce qu’elle estime être bon pour les enfants. Je recherche rapidement sur Internet si elle y est mentionnée.

Ce que je lis me déroute quelque peu, au point où j’en informe mon avocate : cette dame ne détient aucune qualification dans le domaine de la psychologie, elle n’est qu’une simple fonctionnaire dans une école de Marseille. Son nom figure dans un message laissé sur un forum, où plusieurs trafics d’influence au sein des tribunaux sont évoqués, et plusieurs francs-maçons y sont cités, depuis Aix-en-Provence jusqu’à Nice.

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