La poursuite des investigations

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Cette impression, comme quelque chose qui m’échappe, persiste à me hanter. C’est comme un sentiment bizarre qui ne me quitte pas tant que je n’aurai pas poussé plus loin mes investigations. Même si je sais, même si j’ai l’intime conviction que Rachel a monté une terrible machination en 2008, il me faut persévérer dans mes recherches. J’envisage de contacter un détective privé au Congo pour faire le point sur l’établissement qu’elle a ouvert. Mais je le ferai plus tard. J’ai autour de moi d’autres indices à collecter plus facilement.

De 2008, j’avais gardé la totalité des courriers électroniques envoyés. Certaines personnes effacent un message après l’avoir lu, tandis que d’autres, et c’est mon cas, préservent tout. C’est dans mes habitudes, de la même manière que nous ne jetons pas une lettre postale après y avoir répondu, et nous l’archivons. Pour ma messagerie électronique, seuls les pourriels sont détruits. Tout le reste est conservé, jusqu’à totaliser plusieurs dizaines de milliers de courriers. J’y accède assez facilement à partir d’une recherche par mots-clés ou par date.

J’épluche les correspondances passées. J’ai à ma disposition l’intégralité des messages envoyés et reçus. Je me plonge dans leur étude. Mon regard aujourd’hui est ô combien différent de l’époque…

Des évidences me sautent aux yeux, alors que j’étais aveugle quatre ans plus tôt. Cela commence par l’annonce du rapt. L’oncle Barnabé m’écrit deux paragraphes. Dans le premier il explique que Jessie a été enlevée il y a quelques jours, mais qu’il ne sait pas comment nous faire passer l’information et il me demande de le dire à Rachel. Dans le second paragraphe, il raconte que la maman de Rachel a des difficultés de paiement de son loyer avec son bailleur. Quand j’avais reçu ces informations, en 2008, j’avais été assommé sitôt que j’avais lu que Jessie avait été kidnappée. Les données suivantes, relatives aux problèmes locatifs de la maman avaient été balayées par mon esprit qui était obnubilé sur la première nouvelle.

Comment imaginer cette famille qui garde pendant quatre jours le terrible secret d’un enfant enlevé, sans juger utile de prévenir la mère ? Et une fois que la décision est prise de nous informer du kidnapping, pourquoi m’expédier un mail qui ne sera reçu que le lendemain, assez aléatoirement ? Pourquoi la famille ne nous a-t-elle pas téléphoné ?

Quand ils veulent que nous leur envoyions de l’argent, ils arrivent facilement à nous appeler… Et là, un enfant se fait enlever, mais ils jugent que ce n’est ni urgent ni important. Un simple courrier électronique suffira. Enfin, si Jessie avait vraiment été kidnappée, et que le bailleur de la maman lui avait réclamé des loyers impayés, alors celui-ci, au vu des circonstances récentes aurait accordé un nouveau délai. Et même s’il ne permettait aucun répit, l’oncle n’aurait pas jugé utile d’en faire état, et encore moins tout un paragraphe, dans son message. Parce qu’un danger m’avait été présenté, celui de l’enfant enlevée, mon cerveau n’était pas capable d’une analyse saine. Je croyais toutes les énormités qu’on me racontait.

Mais là, c’est trop, le faux saute aux yeux. Avec du recul, il est évident que l’histoire de Rachel et de son oncle Barnabé était bancale. Les auteurs d’un crime commettent toujours des erreurs qui les trahiront tôt ou tard.

D’autres traces sont laissées : j’analyse les échanges téléphoniques de l’époque. Certes, je ne dispose pas de la liste des appels reçus, mais les communications émises demeurent gravées sur les factures détaillées d’alors. J’avais repris l’énumération des appels partants de notre ligne fixe. Le premier regard sur ces communications m’a laissé sans voix. Entre le 10 et le 20 février, le Congo était joint quasi quotidiennement. C’était ce que j’avais annoncé à l’oncle. Presque tous les jours qui précédaient l’enlèvement, Rachel contactait Kinshasa, y compris une fois Jessie kidnappée… Pour pouvoir parler encore plus longuement, je retrouve aussi deux numéros qui correspondent à des services téléphoniques d’appels longue distance à prix cassés : ce sont des indicatifs de la région parisienne, complétés par un code à usage unique. Deux de ces cartes permettent de converser environ deux heures. Jamais nous ne parlions si longuement au Congo. Là, une arnaque était en train de se monter…

Cette nouvelle découverte m’assène un coup de plus : pendant les dix jours qui précédaient l’annonce de l’enlèvement, Rachel appelait donc presque tous les jours au Congo, pour des durées cumulées de trois heures. Trois heures sans savoir que sa fille avait disparu… Cette version ne résiste pas à la logique. Le coup a été monté avec une Rachel consentante. Rachel a collaboré avec sa famille pour extorquer la rançon… Tous pareils, tous réunis dans le crime… Mais non, chacun n’a pas participé au même niveau, au même degré d’implication.

C’est alors que je découvre encore un élément de plus, enchevêtré parmi ces listes. Certaines communications se suivent, c’est-à-dire qu’après des appels interrompus, Rachel reprenait contact, à certaines occasions jusqu’à trois fois consécutives.

Le réseau téléphonique de Kinshasa est assez médiocre. Il est fréquent que les communications soient interrompues après quelques dizaines de minutes de conversation, et qu’il faille alors rappeler son correspondant. Une fois sur deux, le nouvel essai aboutit. Dans les autres cas, il faut attendre le soir ou le lendemain pour tenter à nouveau sa chance.

Voilà l’explication du « bis » de Rachel. L’analyse de ces rappels successifs apporte un éclairage supplémentaire sur le rôle de mon épouse. Si je suppose qu’elle ait été forcée pour monter un tel coup, et qu’elle ait suivi les ordres de sa famille contre son gré, alors elle aurait profité des interruptions des communications pour ne pas poursuivre une conversation qu’elle réprouvait.

En contradiction avec toute logique, l’analyse des rappels émis par Rachel, à certains moments jusqu’à trois tentatives, prouvait sa volonté de reprendre les palabres entamées. Ces membres de la famille, à Kinshasa, étaient en train de fignoler l’opération de l’extorsion, avec Rachel. Était-elle prisonnière du plan échafaudé par sa famille ? Non. C’est-à-dire, la forçait-on à suivre à contrecœur les instructions laissées par les Congolais ? Toute communication rompue aurait été un soulagement pour Rachel : elle avait, sur un plateau, un prétexte pour différer ou retarder les opérations. Non, non, non ! Elle recomposait aussitôt le numéro…

Rachel rappelait systématiquement. Elle était la principale actrice et bénéficiaire de cette machination. Quand le contact téléphonique s’interrompait, elle rétablissait volontairement le lien. Ce geste désigne un unique instigateur : Rachel.

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