Plongeon dans l'humanitaire

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Le monde humanitaire contraste assez nettement des emplois classiques en entreprises traditionnelles. Sur la forme, nous ne verrions pas de grande différence : nous sommes des travailleurs qui doivent faire preuve de professionnalisme, appliquer des règles, ainsi que des connaissances qui s’enrichissent toujours plus.

Le fond présente une distinction un peu plus marquée quant aux économies qui peuvent être réalisées. Tandis que dans le secteur privé les gains vont aux actionnaires, dans le monde humanitaire, lorsque des réserves apparaissent par rapport aux prévisions, elles se traduisent par des travaux ou des aides supplémentaires en direction des populations bénéficiaires. Nous cherchons à gagner de l’argent à l’occasion des missions, afin que ces fonds soient immédiatement réinjectés dans l’économie locale, toujours à la faveur des bénéficiaires actuels ou de nouveaux. Je dois à peine modifier ma façon de percevoir une certaine relation avec l’argent. Mais le changement le plus important, pour moi, ne se situe pas là.

Il s’opère dans la délégation et dans la grande ouverture de possibilités laissées aux humanitaires. Nous ne sommes plus de simples acteurs sur le territoire national ou régional, en contact avec quelques clients ponctuels. Nous devenons des agents de programmes costauds, rapides et pragmatiques d’aides à des personnes démunies. Ces gens viennent le plus souvent de vivre des traumatismes. Nous ne les assistons pas à se reconstruire mentalement, nous ne sommes pas tous médecins, en tout cas pas moi. Nous les accompagnons pour trouver un peu de sérénité par des structures décentes, hôpitaux, habitations temporaires, aides sanitaires.

Deux profils se côtoient sur les missions : ceux qui, et c’est mon cas, sont issus du monde professionnel classique, et ceux qui ont reçu une formation de plusieurs années dans des instituts spécialisés qui délivrent un enseignement dédié à l’humanitaire.

Nous, les nouvelles recrues qui allons être envoyées sur le terrain, serons encadrés pour notre première mission au sein d’une équipe de cinq ou six expatriés. Nous représenterons une institution d’aide, et à ce titre, hors de question de nous laisser, nous les jeunes, papillonner dans la nature.

Nous intervenons sur des zones de post-conflits. Un désastre vient de se terminer, mais toutes les plaies sont loin d’être refermées. Les populations doivent être soutenues. En attendant, plusieurs personnes conservent des séquelles. Nous devons être extrêmement prudents dans les relations avec les gens, ne pas les blesser à nouveau par nos paroles ou nos actes. De longues instructions sur nos comportements lors d’une mission sont nécessaires.

Sitôt arrivés dans le pays, nous devons être opérationnels. Là encore, le monde de l’action humanitaire va différer du monde privé. De nouvelles aptitudes vont naître et être développées : résister au stress et à la pression, savoir analyser rapidement une situation, et y répondre aussi calmement que possible. Quels challenges sont en train de nous être présentés avant même d’être partis…

La formation au départ que nous recevons, en l’espace de deux ou trois jours, nous absorbe d’un souffle chaud.

Nous baignons dans une étude de cas, fictive, mais tout à fait probable. On nous présente un déplacement soudain de populations de 100 000 à 500 000 personnes suite à des exactions de groupes armés. Ces civils vont se cacher dans des montagnes, ou investir des villes, multipliant en l’espace de quelques jours par dix la population. Les stocks de nourriture sont très rapidement épuisés, les prix, dans les agglomérations voisines, explosent. Pire, les conditions d’hygiène sont anéanties : les infrastructures sanitaires, incluant hôpitaux, sont surchargées, et les besoins des villes en matière de déchets, de traitement d’excréments sont dépassés, des épidémies graves se développent en un éclair. Enfin, un nouveau sentiment d’exaspération, de ras-le-bol, de rejet naît au sein de la population présente, défiant ces nouveaux arrivants.

Comment devons-nous réagir ? Quelles actions devons-nous mettre rapidement en place ? Ne commettons-nous pas d’oubli gravissime ? On nous cite l’exemple des toilettes. Lors de déplacements massifs de population, quand des gens sont en train de fuir des massacres, je ne me focaliserais pas sur des règles d’hygiène, et je pense qu’il n’est pas grave que les gens aillent faire leurs besoins dans la nature. Énorme erreur de débutant : tout mauvais contrôle de l’hygiène est une source certaine de propagation de graves maladies qui viendraient se rajouter aux actions subies par les populations…

Lorsque nous regardons les informations télévisées, en France, nous percevons des situations dramatiques, mais pas autant que lors de cette simple simulation.

Ici, comme dans la réalité, plusieurs ONG interviennent dans l’urgence, chacune dans son propre domaine. Ces organisations sont accoutumées à travailler ensemble, et leur coopération est efficace. Nous arrivons dans ce contexte. Notre monde habituel est bien loin déjà de Paris…

Dans la semaine, nous alternons cette formation avec les préparatifs du départ : vaccinations à l’Institut Pasteur, visas. Certains n’ont pas le temps de finir ce stage et rejoignent le terrain avec un jour d’avance. Pour ma part, je dispose de deux jours pour plier mes bagages, et direction l’Irak !

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