Premier temps - 3.

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1995, Pérou.

Il le fallait, il n’avait pas le choix.

Max était allongé au sol, sur le ventre, observant secrètement son ennemi d’un œil perçant. L’herbe lui frôlait le menton, le vent lui fouettait le visage, le soleil l’éblouissait, mais il restait concentré sur son objectif malgré tout. C’est au moment où sa cible baisserait la garde que Max devrait agir.

Il se releva sans un bruit, puis se mit en position : un genou posé au sol, l’autre jambe tendue. Prêt à bondir.

Soudain, son adversaire lâcha une sorte de grognement, suivi d’un bâillement interminable. C’était maintenant. Max s’élança de toutes ses forces vers son ennemi, en criant pour l’intimider :

« Tu es fichu Oso ! ».

Oso eût à peine le temps de terminer de bâiller, que Max lui sauta au coup. Mais alors qu’il célébrait déjà sa victoire, Oso lui lécha la moitié du visage d’un simple coup de langue. Il faut dire qu’il portait bien son nom : pataud, immense et velu, c’était un vrai ours, mais doux comme un agneau.

Maxime Uppert, du haut de ses six ans, n’était pas impressionné par cet énorme chien. Même si Oso était plus grand et plus fort, Max restait son maître.

Au loin, assis dans un siège, Mauria observait la scène, d’un air moqueur. Elle avait décidé de ne pas rentrer à l’hôtel, huit ans plus tôt. La jeune femme, tombée amoureuse de Maximiliano, était restée au Pérou. Lui était chauffeur de taxi, elle, libraire, confortablement installés dans une petite maisonnette avec un jardin qui ferait rougir son grand-père fermier.

Mauria avait laissé tomber ses recherches. Comblée, elle avait compris ce qui manquait sur ces pages blanches. Elle avait saisi cette splendeur mystérieuse qui méritait les dix dernières pages du Vermaude. Son fils Maxime, c’était ça, sa splendeur, son trésor, sa raison de vivre. Peut-être qu’avant de mourir, son père William voulait inscrire ces mêmes pensées dans ce livre vert émeraude. S’il y avait une chose dont la jeune mère était sûre, c’était que toutes ces recherches l’avaient menées jusqu’à Maximiliano.

Alors que Maxime jouait avec Oso dans le jardin, une odeur de bœuf grillé, de légumes et d’épices en tout genre traversait la cuisine. Mauria avait hérité des talents de cuisinière de sa mère. Malheureusement, cette dernière avait rendu l’âme l’année passée, sur le sol français.

« Puisse-t-elle trouver la paix », chuchota Mauria.

Max apprenait vite à l’école. Il parlait ses trois langues maternelles sans problème, alors qu’il avait déjà neuf ans. Il avait commencé à s’exprimer en espagnol en premier, son père Maximiliano avait peut-être forcé le destin, par fierté. Le français, sa langue maternelle, ne lui posait aucun soucis, l’anglais non plus.

Ce sont certainement son talent pour résoudre un tas d’énigmes, ainsi que sa passion pour l’Histoire et les Sciences qui l’ont poussé à s’intéresser aux travaux de son grand-père, William Uppert.

Tandis que Mauria et Maximiliano menaient une vie plutôt tranquille, Maxime passait des nuits entières dans le bureau de la maison, feuilletant mille et une page d’ouvrages presque oubliés. Archéologie, géologie, biologie, le jeune garçon avait trouvé une véritable mine d’or dans de vieux cartons, sûrement destinés aux ordures. Complètement absorbé par ces encyclopédies, il menait, petit à petit, son enquête sur le passé de ses parents.

Un soir en 1999, le garçon alors âgé de dix ans feuilletait un de ces livres, qu’il avait pris soin de cacher dans un recoin de sa chambre dont seul lui avait le secret. Déterminé, il avait appris bien des choses en peu de temps. Allongé dans son lit, émerveillé par les dessins et annotations, il entendit des cris, puis un long silence. Après quelques agitations, le jeune garçon tendit l’oreille et perçut des pas se rapprocher de la chambre, alors qu’un moteur de voiture vrombissait dehors.

Sa mère débarqua dans la pièce, sans un mot, les yeux rougis, le teint blafard. Maxime comprit alors qu’il ne reverrait plus jamais son père.

Sans le savoir, Max Uppert venait de prendre une décision qui changerait sa vie.

Et c’est quatre ans plus tard, grâce à un livre vert émeraude, que cette décision deviendra sa réalité.

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