Premier temps - 2.

3 minutes de lecture

Été 1987, Pérou.

 Mauria cheminait avec aisance dans les débris du site archéologique de Kuelap. Bien décidée à reprendre les travaux de son père, c’est à dix-neuf-ans qu’elle entreprit de partir seule au Pérou.

Armée d’un stylo et d’un petit carnet, elle dessinait avec précision, comme le faisait William Uppert, un plan des lieux. Ancienne forteresse d’un peuple disparu, le site de Kuelap offrait un spectacle digne des plus grands films de cinéma. Placée en hauteur, la cité était entourée d’immenses montagnes d’un vert éclatant. Bien que partiellement détruite, elle restait impressionnante.

Malgré les techniques de construction d’un âge reculé, les murailles et pierres édifiées semblaient inébranlables. Mauria déambulait dans les allées presque effacées par le temps, époustouflée par la précision d’assemblage des briques. Aussi étrange que cela pouvait paraître, elle trouvait les ruines belles, poétiques.

La jeune femme souriait : heureuse de marcher sur les pas de son défunt paternel. Heureusement, elle avait hérité d’une petite partie de sa fortune. Assez pour parcourir le monde, en quête de réponses. Elle avait fait ses adieux à sa mère, dont le choix était de terminer sa vie en France, puis sauta dans le premier avion en direction de l’Amérique du Sud.

Le Pérou, sa première destination, n’était pas un hasard : c’était l’un des premiers endroits décrits dans l’ouvrage qui comptait par-dessus-tout pour Mauria : celui qui rassemblait tous les travaux de son père. Elle l’avait renommé « Vermaude », certainement grâce à sa couverture vert-émeraude.

Ce Vermaude, c’était la Bible de Mauria. Cette Bible était inachevée, et sa mission était de le terminer. Mais avant, elle voulait se rendre à chacun des lieux, découvrir tous les artefacts, explorer toutes les citées perdues détaillées dans le livre, pour comprendre.

Assise sur un muret détruit, elle observait la chaîne de montagne. Ce moment magique, où le Soleil semblait stopper sa course infernale dans le ciel, où même en tendant l’oreille, on ne distinguait plus aucun chant d’oiseau, où la cité de Kuelap semblait exister à une époque figée, c’était un mystère pour Mauria.

Mais même si le temps était figé, il était temps de rentrer.

La jeune femme rangea son carnet dans une sacoche en cuir et se releva, en direction de la route la plus proche. Elle avait, plus tôt dans la journée, donné rendez-vous au même chauffeur qui l’avait conduit jusqu’ici.

Alors que les nuages prenaient un teint orangé, une petite voiture apparut au loin, le moteur grondant. Une fois arrêtée devant Mauria, cette dernière entra dans la petite automobile bleue et s’installa sur la banquette arrière. Et tandis qu’une chaleureuse odeur de tabac et de menthe emplissait les narines de la jeune femme, elle se mit à observer l’intérieur du véhicule. Propres, les sièges d’un blanc cassé prenaient la forme exacte de l’heureux élu qui s’y installait. Une petite statuette inca, aussi authentique que les manteaux les plus chers vendus au marché de la capitale française, était suspendue au rétroviseur intérieur.

Le chauffeur n’était pas celui de la matinée, plus jeune, il semblait avoisiner les vingt-cinq-ans. Un cigare au bout des lèvres, il portait des lunettes de soleil et une chemise à fleurs. Sans un mot, la jeune femme ne le quittait pas des yeux, agacée par son assurance.

Pendant le trajet, elle pensait à sa prochaine destination. Le Brésil, l’Argentine ? En feuilletant un journal péruvien, rangé à côté de la banquette arrière, son regard fut attiré par un article particulièrement sordide : Aux Etats-Unis, un couple fut retrouvé sauvagement assassiné de plusieurs coups de couteau. Le suspect : leur propre enfant, un adolescent de dix-sept-ans. Si le cœur de Mauria avait fait plusieurs tours dans sa poitrine, c’était à cause d’une photo de l’individu. La jeune femme n’avait jamais vu un regard aussi troublant, il inspirait à la fois de la crainte, mais aussi quelque chose de bon.

« Encore un fou furieux », pensa-t-elle.

Une fois arrivé devant un hôtel, Mauria sortit de la voiture, quand soudain la lanière de sa sacoche s’accrocha au siège, puis se déchira, en laissant tomber tous ses éléments de recherches. Dépitée, elle ramassait son carnet, abîmé, quand une main lui tendit le Vermaude.

Mauria leva la tête, ses yeux verts pétillaient, ses longs cheveux bruns ondulaient au vent, des mèches lui effleuraient le visage. Sa peau blanche laissait ressortir ses rares taches de rousseur sur ses pommettes et son nez, fin. De ses lèvres d’un rose nacré, elle laissa naître un sourire en coin.

Sans le savoir, Mauria Uppert venait de rencontrer Maximiliano Injocas, son chauffeur, mais surtout le père de son futur enfant, Maxime Uppert.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 5 versions.

Vous aimez lire papyyrus ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0