Avril

2 minutes de lecture

C'était la haine. Il avait plu sur mars comme il pleuvait sur avril. Et moi, j'étais toujours soldat. J'étais toujours un couard. J'étais toujours un moins que rien. J'étais toujours en vie. A la pisse qui imprégnait mes draps se mêlait désormais la merde. Mon chef avait décrété que mon lit ferait désormais office de toilettes pour lui, et que je n'avais pas à protester si je ne voulais pas qu'il demande à l'un de ses hommes de m'agenouiller et de m'ouvrir la bouche de force pour qu'il me chie directement dans le gosier et que je doive tout avaler.

Je ne dormais plus du tout. Lydia et son père me hantaient toujours, me crachant mon ignominie à la face, mais le visage d'Alicia ne se superposait plus à celui de cette pauvre gamine. J'avais la rage au ventre : en mai, je serai un opposant ! Je crierai haut et fort que je suis un partisan de l'amour ! Je ne me cacherai plus ! Grâce à moi, la paix reviendra, et ces sombres salopards crèveront comme ils ont crevé tous ces innocents !

Andorra ne m'envoyait plus de signes. J'étais sûr que ça signifiait qu'Alicia était morte, et qu'elles n'attendaient que moi là-haut. A quoi bon me soumettre si je n'avais plus rien à perdre, mais tout à gagner à mourir ? Et si je devais quitter ce monde, que j'avais chéri si longtemps, je voulais que ce soit en martyr et au prix d'une liberté et d'une paix retrouvée pour l'avenir de l'humanité tout entière !

Avant, mon but était de survivre. Puis il y a eu la haine, et j'avais découvert un nouveau but, mourir le plus tard possible pour sauver autant que possible le peu qu'il restait d'humanité en chacun de nous. Et si, malgré tout, il y avait un espoir ? Un espoir infime ? Et si, quelque part au plus profond de nous, au nord de nos âmes noircies par l'horreur, il restait un peu de douceur et de bonté ? Cela ne vaudrait-il pas la peine de lutter ? D'oser enfin être à l'extérieur ce que j'ai toujours été à l'intérieur de moi ? De déserter la guerre pour embrasser la paix, quitte à fuir quelques temps ?

C'était la guerre. Il pleuvait sur avril, quelque part au nord de ma vie de soldat de la haine.

Annotations

Recommandations

Zosha

Je suis survivante car, n'aimant pas le temps, je ne l'ai pas poursuivi et il m'a préservée.
Je suis survivante car, n'aimant pas la vie, je suis restée loin d'elle et elle m'a épargnée.
Je suis survivante car, détestant la mémoire, j'ai chassé les souvenirs, ils ne m'ont pas rongée.
Je suis survivante car, n'ayant aucune croyance, je n'ai rien espéré et n'ai jamais perdu.
Je suis survivante.
Or, survivante, je ne Suis pas.
5
4
1
0
Marie P
Je dévoile mon journal intime de la même façon qu’on entrouvre une boite secrète dans laquelle j'y ai déposé mes pensées, mes sentiments, mes colères et finalement mon bonheur. J'explique ce que représente le chemin de PMA Procréation Médicalement Assistée en tant que femme et future maman. Je délivre avec pudeur comment je ressens les événements avant la naissance de mes enfants. Mais c'est avant tout des confidences pour eux et mes proches.
4
8
13
11
Lena du Boror
Quel est le point commun entre une rencontre avec un pirate sans scrupule ; la vie paisible et ennuyeuse d'une jeune veuve ; une existence ordinaire d'un jeune homme de 25 ans ? Toutes ces histoires se trouvent dans les "Histoires d'A." sous forme de nouvelles. Un recueil mélangeant les générations, les époques et les genres littéraires.
2
2
2
6

Vous aimez lire Je suis une loutre ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0