Les proches et les souvenirs

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Sa smart électrique lui envoie un clin d’oeil amical. Il l’a choisie rouge comme son énorme gilet et noire comme son pantalon, ardeur et élégance. Ces deux mots définissent aussi son ancien camarade de lycée, Pol-Henri Verdier, fils d’une lignée de notables locaux. Le compter parmi ses fidèles clients le réjouit. Mais les Papillons blancs ? Leur centre est à près de cinquante kilomètres, il ne connaît pas les dirigeants, ils demanderont des travaux importants et ensuite ils joueront sur la corde sensible avec leurs budgets riquiqui, ils promettront des subventions, le devis ne sera pas signé mais il faudra commencer dans l’urgence… Sûr qu’on ira dans le mur… Pour quel intérêt, quel bénéfice ? Zéro ! Ils sont isolés dans leur campagne mais s’il y a une malfaçon quelconque, ils sauront le faire savoir, ils ont forcément des appuis parmi leurs membres bienfaiteurs… Méfiance… Arrivé sur le parking de la Maison de retraite, il envoie un SMS à Agnès : Pas dispo pour les Papillons blancs, on fait patienter…

La chambre de sa mère est au premier étage. L’établissement est simple, propre, le personnel aimable et attentionné malgré un effectif contraint. La chambre est vaste, composée d’un coin nuit séparé par une porte coulissante d’un espace salon – salle à manger – cuisine exigü mais chaleureux.

Bonjour maman ! Tu as l’air en forme !

Bonjour Arnaud ! Viens que je t’embrasse, tes joues me manquent ! La santé, ça va, mais les journées sont longues… Heureusement que tu es là !

Tu sais bien que ça me fait toujours plaisir de te voir. Je t’ai apporté des revues et une bouteille de Porto ! C’est bien l’heure de l’apéro ?

Bonne idée ! Avec ce froid, je bois du thé toute la journée ! Comment vont tes affaires ?

Pas mal du tout ! Je vais bientôt revoir les Verdier…

Le père de ton ami vit désormais ici, comme moi. Il a une chambre au rez-de-chaussée. Son épouse est hospitalisée, ça a l’air sérieux. Et as-tu des nouvelles de Clara ?

Je ne savais pas pour les parents Verdier, tu fais bien de me prévenir… Et pour Clara, non, je n’ai aucun contact et je n’en veux pas. Ne me parle plus d’elle ! C’est fini depuis cinq ans, j’ai fait une erreur mais je suis passé à autre chose. Oublie-la aussi.

Je le sais mais…

Maman, arrête ! Je viens te voir, pour parler de toi, de nous, de nos bons souvenirs…

Une heure plus tard, quand Arnaud repart, il ne peut s’empêcher de penser à Clara, la compagne avec qui il a vécu trois ans, une jeune fille magnifique, polie, discrète, souriante… Une artiste peintre délicate et cultivée, au charme fou. Il était devenu jaloux, méfiant, soupçonneux. Elle n’avait pas supporté ses reproches injustifiés. De broutilles en conflits, ils avaient transformé leur entente complice en scènes de ménage fréquentes, des échanges vifs, des menaces… Adultes intelligents, ils avaient réussi à calmer le jeu quelques mois, en s’autorisant de courtes périodes d’absence. Puis, lors d’une exposition artistique, elle avait rencontré un homme plus âgé, plus serein, qui allait lui permettre un nouvel épanouissement.

Arnaud, habitué aux succès depuis tout petit, toujours brillant en groupe, avait eu du mal à tourner la page, prenant la rupture avec Clara comme un échec personnel et honteux.

Le bip d’un sms le tire de ses pensées. Agnès l’informe. « Rendez-vous avec Monsieur Verdier, semaine prochaine jeudi 15h. Pas de travaux pour les Papillons blancs. Simple invitation pour la présentation du nouveau directeur et vernissage d’une expo des résidents, le jeudi suivant 18h ». Il sait qu’elle a mis à jour l’agenda. Agnès, autonome, efficace, si précieuse. Il s’en rend compte chaque jour. Il faut qu’il prenne le temps de le lui dire, de la remercier, mais finalement, il la connaît peu. Lui offrir un bouquet de fleurs ? Trop romantique… L’inviter au restaurant ? Trop intime… Venir avec elle aux Papillons blancs ? Pourquoi pas ?

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