Chapitre 3 : Les bonnes idées n'en sont pas toujours

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La première chose qui m'assaillit fut l'odeur. Acre. Sulfureuse. Et encore, la dalle n'était qu'un peu soulevée. Quelque chose de lourd semblait poser dessus, m'empêchant de la lever entièrement. Je pouvais à peine passer ma main dans la commissure qui ne laissait voir qu'une obscurité profonde.


Je tendis l'oreille pour vérifier que je n'avais réveillé personne. Seuls quelques bruits de souffles étouffés me parvinrent. Je recommençais alors à pousser de toutes mes forces. La pierre était froide contre les paumes de mes mains et mon cœur pulsai à une vitesses affolante sous le coup du stress mêlé à l'euphorie. Je serrais les dents alors qu'une fine pellicule de sueur perlait à mon front. Enfin, la trappe se leva d'un coup, suivit d'un boucan capable de réveiller les morts.


Je la refermai aussitôt et soufflai ma bougie. Recroquevillée en haut des escaliers, je priais pour que le sommeil de plomb de ma mère et de ma sœur soit efficace tout en serrant le briquet rouge au creux de ma paume. Il n'y eut qu'un grognement, suivit du bruit de la couette lorsqu'on se retourne. Après ce qui me sembla être plusieurs minutes, je décrétai qu'il n'y avait plus aucun risque et rallumai ma bougie. Une nouvelle fois, je soulevais la dalle. Elle s'exécuta sur le champ. Une boule de nervosité logée au fond de moi, je posai ma bougie sur le sol qui avait joué tout ce temps le rôle de plafond et me hissai à la surface.


Autour de moi, tout était ravagé.


J'empoignai ma lumière pour mieux voir ce qui m'entourait et constatai que, ce qui avait bloqué la trappe n'était autre que la table basse, balayée et brisée. La télévision avait été éclatée contre le mur et gisait en morceaux au sol, de même que tous les bibelots de verre qui décoraient auparavant la pièce. Quand je me rendis compte que le plafond s'était effondré, la crainte me saisit. Si jamais les êtres ailés étaient toujours là et décidaient de voler, il me repérerait aisément à cause de ma bougie. Aussi pris-je la dure décision de la souffler. Le noir autour de moi se fit alors oppressant le temps que ma vue ne s'adapte à l'obscurité. Si ma maison avait été ravagée, en valait-il de même pour toutes les autres ? Et y avait-il toujours ces monstres parmi nous ou étaient-ils repartis ?


Sous le poids de ces questions, j'avançais à la lueur de la lune, seule guide au cœur de la nuit. J'avançais au travers du salon, puis du couloir le reliant à notre entrée. Tout autour de moi, des affaires balayées jonchaient le sol, recouvertes par des morceaux de toitures.


Quand je les piétinai, des craquements sinistres résonnaient dans la nuit sans bruit. Pas un chant d'oiseaux ou d'insectes. Même le vent semblait trop terrifié pour se lever et bruisser dans les branches des arbres.


J'arrivais enfin à la porte après un moment interminable qui n'avait en fait duré que quelques minutes. Le battant avait été défoncé lui aussi : la moitié manquait, absente à l'appel et laissait entrevoir l'épaisseur de l'obscurité. Main sur la poignée, je tentai de l'ouvrir, mais elle était toujours verrouillée. Je passai alors une jambe par dessus le morceau de porte restant, faisant attention à ne pas déchirer mon pantalon sur les morceaux pointus de bois proéminents.


Une fois tout à fait à l'extérieur, je m'avançais jusqu'au centre de la rue pour mieux voir ce qu'il se passait. Tout avait été en partie défoncé. Les arbres les plus frêles avaient été balayés comme de fétus, et la plupart des toits des maisons avaient été troués. Le peu de luminosité ne me permettait pas de voir grand chose de plus.


Sur la porte de ma voisine, une vieille dame qui allait à la même messe que nous, je vis quelque chose luire faiblement sous la lueur de la lune. Intriguée, je m'en approchais doucement, guettant le danger tout autour de moi. C'était une plume blanche clouée à la porte.


Avant de m'en rendre compte, j'avais reculé de plusieurs pas, les poings serrés sur ma poitrine en signe de défense. Qu'est-ce que ça voulait dire ? Je n'osais pas pousser la porte encore sur pied pour le découvrir. Peut-être était-ce un signe de dissuasion, peut-être de possession, je ne tenais pas à le découvrir. Il me semblait néanmoins peu probable que madame D'Alout, quinquagénaire aussi douce qu'une crème onctueuse soit à l'origine de cette plume clouée. Je me retournai alors et partit en exploration un peu plus loin.


Quelque chose traversa le ciel étoilé à une vitesse hallucinante, suivit par une deuxième, puis une troisième. Les battements de mon cœur se lancèrent alors dans une course folle engendrée par une terreur pure. N'écoutant que mon instinct, je me ruai sous la voiture encore garée de ma voisine.
Je ne savais pas pourquoi j'avais si peur. Cela pouvait aussi bien être une chauve-souris qu'un oiseau de nuit. Cependant, le faible pourcentage de malchance pour qu'il s'agisse réellement des êtres ailés si semblables aux anges me tétanisait.


Je restais un moment dans cette position inconfortable, attendant de me calmer. Je finis tout de même par sortir, une boule d'angoisse au fond de moi.


À toute allure, mes pas martelant l'asphalte me menèrent à ma maison. Doucement, mais toujours rapidement, je descendis dans l'abri et pris à peine le temps d'ôter mes chaussures avant de me rouler en boule sous la couette.


Quand le calme du sous-sol acheva de m'apaiser, je me remis en pyjama avant de rédiger ma sortie dans mon carnet. Après ça, le sommeil vint rapidement, mais il fut peuplé d'êtres aux ailes colorées baignant le monde tel que nous le connaissions dans les ténèbres.


La journée du lendemain fut paisible et semblable aux autres. Cependant, au fil des heures défilant invisiblement ici-bas, le motif de ma sortie me revint peu à peu en mémoire et me poussa à me poser des questions.


Je voulais voir, c'était maintenant chose faite. Mais j'aurais dû en profiter pour passer chez Lu qui habitait à une dizaine de minutes à pied, puis au boulot de mon père, encore cinq minutes plus loin.


Au dîner, quand je regardais Colombe, une décision s'imposa à moi. Pour faire disparaître ce regard perdu dans le vide et empli de tristesse, j'irais retrouver mon père.


Le noir vint, emportant avec lui ma mère et ma sœur dans un sommeil paisible et sans cauchemar.
J'attendis encore, puis accomplit mon rituel du carnet, au cas où ma mère serait encore plus éveillée qu'il n'y paraissait. N'ayant constaté aucun mouvement suspect, je me changeais donc et me dirigeait le plus discrètement possible vers la trappe.


Encore une fois, ce fut l'odeur qui m'assaillit en premier. Je remarquai ensuite les couleurs chatoyantes de l'aube ou du crépuscule grâce au plafond manquant. J'étais incapable de savoir si nous étions le matin ou le soir, notre horloge biologique n'était visiblement plus ce qu'elle était...


Je restais quelques instants ici, assise sur le canapé éventré et couvert de poussière, à regarder les nuages ondoyer à mesure que le soleil semblait décliner. Aussitôt que la nuit commença à déposer son voile sur la ville, je me mis en route.

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