Chapitre 2 : un secret peut sauver des vies

8 minutes de lecture

Elle me poussa doucement, mais fermement vers notre salon. Colombe nous talonnait, ses petits chaussons frottaient doucement contre le parquet.


― Depuis qu'on habite ici, se contenta-t-elle de répondre.


Je la dévisageai en essuyant mon visage trempé, mais elle se contenta de soutenir mon regard sans ciller. Une fois dans la pièce, je jetai un coup d’œil par la fenêtre. À travers les gouttes de pluie qui battaient les carreaux, j'apercevais les éclairs, véritables losanges de feu, qui continuaient de s'abattre impitoyablement sur toute la ville, provoquant des roulements tonitruants. Mon attention fut ensuite attirée par quelque chose d'inhabituel : la table basse, d'habitude juste devant la télévision, avait été poussée près de l'escalier et le tapis aux motifs scandinaves roulé, puis placé sous l'un des fauteuils. À leur place se trouvait une grande dalle nue d'environ un mètre carré.


― C'était là tout ce temps ? murmurai-je.


― Oui.

Elle s'approcha pour soulever la dalle qui s’avéra être une lourde trappe d'une quizaine de centimètres d'épaisseur. Dire que cette chose avait été là, tout ce temps, que je joue, que je regarde la télé ou que je sois sur mon téléphone, elle était toujours présente, sommeillant en attendant le moment de révéler son secret.


― Venez les filles.


Colombe obéit de suite, même si elle ralentit à mesure qu'elle s'approchait et que son insouciance disparaissait pour laisser place à des traits tendus par la peur. Ses petits bras maigrelets étaient serrés contre son torse, faisant office de protection. Elle détestait le noir et, de ce que je pouvais voir, il n'y avait aucune lumière plus bas. Ma mère la saisit avec fermeté par les épaules et s'agenouilla à sa hauteur.


― Mon ange, c'est comme tout à l'heure. Pense à la bougie bougie en bas et avance.


Le menton tremblant, ma petite sœur hocha la tête, ferma les yeux et entama la descente avec courage. Un éclat plus puissant et surtout plus proche que les autres retentit alors je m'engageai juste après elle, suivie par ma mère qui referma la trappe derrière nous. Je m'aperçus alors que je m'étais trompée, l'intérieur n'était pas tout noir. Tout en bas de l'escalier en colimaçon rougeoyait une douce lueur. Colombe descendit le reste à toute vitesse, faisant grincer les marches métalliques et voler ses boucles d'un blond bien plus clair que le mien.


J'arrivai tout en bas à mon tour et restai stupéfaite. Nous nous trouvions dans une grande pièces aux murs de béton nus, illuminée par une grande et épaisse bougie dont la flamme dansante était la seule lumière. Il n'y avait par ailleurs pas de bruit extérieur et la seule odeur était celle du feu. La bougie se tenait sur une table entourée de six chaises de paille. De vieux meubles. Je m'avançai dans la pièce et tournai sur moi-même pour en avoir une vision plus global. Il y avait en tout et pour tout quatre armoires en bois sombres, deux lits à étages métalliques de part et d'autres de la table, une hotte servant à recycler l'air ainsi qu'un petit couloir sur lequel se détachaient trois portes.


Je demandai à me mère l'autorisation de voir ce qu'il y avait derrière d'un regard. Elle hocha la tête et me tendit une lampe torche. C'était un vieux modèle dont il fallait tourner une moulinette pour parvenir à s'éclairer. À ma surprise, elle fonctionnait parfaitement. Ainsi équipée, je fis un rapide tour des pièces. Une salle d'eau avec un évier et une cabine de douche se trouvait au-delà de la première à gauche, d'étranges toilettes sans chasse d'eau pour la seconde, et enfin derrière la porte de droite se révéla un étroit garde-mangé pourvu d'étagères pleines à craquer de conserves et de bouteilles d'eau.


Ma courte exploration achevée, je retournai dans la grande pièce pour rejoindre ma mère et ma sœur qui lisaient un livre à la lueur de la bougie.


― Maman, pourquoi est-ce que je n'étais pas au courant qu'il y avait un abri anti-atomique sous la maison ? m'enquis-je en croisant les bras sur ma poitrine d'un geste nerveux.


Elle ne me répondit pas, mais s'adressa à ma sœur.


― Colombe, ma chérie ? Je vais aller soigner le genou de Juliette dans la salle de bain. Tu restes là et ne touches surtout pas à la bougie. D'accord ?


― D'accord ! s'empressa de répliquer l’intéressée.


La vue du sang lui retournait l'estomac alors rester dans son coin ne la gênait pas, surtout s'il y avait un livre dans ledit coin. Elle avait apprit à lire en grande section et dévorait bon nombre de livres depuis ce moment. Et, une fois qu'elle avait décidé que l'histoire lui plaisait, elle était capable d'emmener le livre absolument partout avec elle.


Ma mère avait eu le temps de chercher ce qui s'apparentait à une trousse de premiers secours dans l'une des armoires ainsi qu'une bougie et un briquet, puis elle m'entraîna dans la salle de bain. Avant qu'elle n'allume la mèche, le noir autour de moi me semblait épais, presque tangible. Je m'assis ensuite sur le sol de béton froid et tendis la jambe à soigner. Ma mère s'installa en face de moi et sortit du désinfectant. Elle tentait de rester maîtresse d'elle-même, comme à son habitude, mais le tremblement qui agitait ses doigts graciles ne m'échappait pas.


― Pour répondre à ta question, commença-t-elle, c'est ton père qui a fait construire cet endroit. La totalité de l'héritage de tes grands-parents est passé dedans. De même qu'une grande partie de nos économies. 


― Mais pourquoi a-t-il fait ça ?


― Il est persuadé qu'une catastrophe atomique est sur le point de ravager le monde alors il a tout préparé pour que nous puissions nous en sortir.


Je demeurais dubitative. Je savais bien que mon père était le genre d'homme très superstitieux, mais il poussait le bouchon loin avec cet abri. Ma mère secoua l’antiseptique et en vaporisa sur la plaie. La douleur me fit grimacer. Avec une compresse, elle tapota doucement le pourtour de ma blessure pour essuyer le surplus de sang et de désinfectant.


― Maintenant, on va laisser sécher, conclut-elle en rangeant son matériel avec des gestes toujours peu assurés.


― Oui, mais que va-t-on faire pour le reste ? répliquai-je en désignant la pièce de la main.


― On va devoir attendre.


Elle quitta ensuite la pièce d'un pas lent et calme alors qu'en moi tout bouillonnait. Elle voulait qu'on reste sagement à attendre alors qu'au-dessus de nous le monde semblait se détruire ? Je savais qu'elle pensait à notre sécurité avant tout et que nous n'étions pas en mesure de faire grand chose, mais quand même ! Les autres n'avaient pas forcément la chance de posséder un abri anti-atomique.


Un peu énervée par son comportement, je me relevai et me rendis dans la pièce principale. Ma mère parlait à Coco à voix basse alors que ma sœur lisait toujours son livre. C'était pour elle que ma mère n'en faisait pas des montagnes. Elle devait être en train de lui expliquer pourquoi nous allions rester ici jusqu'à nouvel ordre, tout en tentant de ne pas lui rappeler la scène bouleversante dont ma sœur avait été témoin.


Ne sachant que faire, j'enlevai mon manteau trempé et mes chaussures complètement fichues. Dire qu'elles m'avaient coûtées une centaine d'euros ! Au moins ma mère devait être contente : elle détestait les baskets de marque qui faisaient « racaille ». Le reste de mes vêtements était aussi mouillé, mais je m'en moquais bien. Je décidai de m'allonger dans un lit pour soulager mon genou et mes jambes lourdes de peur.


Le matelas était tout mou et je pouvais parfaitement sentir les ressorts s'enfoncer dans mon dos. Là, allongée, bercée par les chuchotements de ma famille et le doux ronronnement de la hotte, mes pensées dérivèrent pour rejouer inlassablement les récents événements. Une peur sournoise me saisit, remontant le long de mon dos comme un gros insecte. Mais que se passait-il concrètement ? Une sorte de fin du monde ? Et qui étaient ces êtres ailés ? Anges ? Démons ? Robots ? Extra-terrestres ? Tant de possibilité et si peu de réponses. Je pouvais juste affirmer qu'ils étaient capable de voler et semblait pouvoir influencer la météo. Le reste, je n'en savais rien.


Et Papa, mes frères et sœurs, Lu, Etienne, Baptou et tous les autres ? Avaient-ils réussi à s'en sortir ? Je le souhaitais de tout mon cœur. Même si je savais qu'il ne fonctionnerait pas, je sortis mon téléphone portable et essayai de l'allumer. L'écran resta désespérément noir. Je le fixai un instant, observant mon reflet aux yeux fatigués, puis le rangeai dans ma poche, comme d'habitude. Je sentis des larmes remonter, signe de ce mélange de fatigue, peur, stress, incertitude, et appréhension.


Au bout d'un moment, ma mère finit par aller chercher des conserves dans la réserve et me demanda de venir autour de la table. Je ne savais pas du tout s'il était l'heure de manger, le temps semblant s'étirer comme un élastique et je n'avais absolument pas faim. Cependant, je les rejoignis tout de même.


À l'intérieur des boîtes se trouvaient des fruits au sucre. Je les mangeai doucement, profitant de leur goût sucré quand Colombe demanda innocemment :


― Maman, il est où papa ?


Aussitôt, ma fourchette s'immobilisa à mi-chemin entre la table et ma bouche. En face de moi, le regard de ma mère resta serein, comme toujours. Ses mains avaient continué à trembler, faisant parfois luire sa bague de fiançailles sous le bougie.


― Mon ange, il est au travail.


― Mais pourquoi il ne mange pas avec nous ? Il fait toujours ça d'habitude, continua-t-elle.


― Tu sais, il a beaucoup de travail aujourd'hui alors il mange avec ses collègues.


Ma sœur n'eut pas l'air vraiment convaincu, mais recommença à manger. Ses petites joues se remplissait rapidement, puis elle mâchait le tout avec une tête de hamster. J'espérai que mon père allait bien et qu'il allait bientôt arriver. Je ne me voyais pas affronter cette épreuve sans lui. Sans son sourire franc, sans la pression de sa main sur mon épaule quand quelque chose n'allait pas, et sans sa complicité.


Le reste de la journée fut long et stressant. Nous n'avions pas grand chose à faire hormis attendre, mais nous entendions parfois d'énormes bruits sourds au-dessus de nos têtes. Nous échangions alors des regards nerveux, emplis de paroles muettes que nous tentions de deviner. Coco était la seule à plus ou moins accepter la situation : elle était plongée dans un nouveau livre de chatons magiques et faisait des pauses uniquement pour se soulager ou demander à ma mère quand rentrerait papa.


La nuit arriva finalement. Enfin, nous le supposions. Ici, sous terre, sans moyen de connaître l'heure, le temps redevenait quelque chose d'abstrait, que nous ne pouvions surveiller. Heureusement que notre horloge biologique fonctionnait encore à peu près. Repas de haricots.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Anneh Cerola

Serais-tu donc parti
En laissant cette place trop vide
Je m'accroche, je m'agrippe
À quelques lambeaux intangibles
Toujours vouloir percer ce miroir
Glace opaque sans tain du désespoir

(Janvier 2017)
1010
829
33
11
Défi
DidineetYona

Ingrédients :

*Mathilde une petite fille
*Caramel un poney
* Giselle montrice d'équitation

Cuisson:

Une journée ensoleillé

Préparation:

* Mettez Mathilde et Caramel dans une écurie.
*Mélangez le tout de façon à que ce soit bien homogène.
*Emmenez les sur la carrière avec Giselle.
*Rajouter un peu de stress.
*Mélanger le tout avec passion jusqu'à obtenir une confiance entre la petite cavalière et son poney.
*Faite reposer le tout trente minute en ballade
* Profitez bien.
3
1
1
0
Défi
Aude Vesselle
Mon interprétation du défi : Virelangue.
13
11
0
0

Vous aimez lire Furet on fire ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0