Chapitre 1 : la fin du monde a commencé un jour de merde

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Quelques mois plus tôt...



Les poumons en feu à cause du sprint que je venais de faire, j'arrivai tout de même avec plus de vingt minutes de retard au lycée.

Tout ça à cause de mon stupide réveil qui n'avait pas sonné. Qui plus est, il pleuvait des cordes en ce début de mois d'avril. Je m'apprêtai à frapper à la porte de la salle, mais fis finalement demi-tour vers les toilettes. Il fallait que je vérifie que mon maquillage n'ait pas trop coulé, et puis je n'étais plus à une minute de retard près.

Une fois devant le miroir, je poussai un profond soupir. Je ressemblais à un panda, sans parler de mes cheveux blonds qui dégoulinaient le long de mon manteau. Heureusement que j'étais passée par là. J'arrangeai mon maquillage avec les moyens du bord et essorai mon épaisse tignasse en vitesse avant de la relever en chignon.

Et dire qu'il m'avait fallut plusieurs minutes pour réussir à faire deux traits d'eye-liner identiques...

Je traversai la cours en vitesse et toquai à la porte de ma salle une fois devant.

― Entrez ! tonna la voix de ma professeur de français.

Je pénétrai dans sa salle aux murs vert pomme. Madame Lemerle se tenait devant son tableau, les mains sur les hanches et les sourcils froncés. En rogne dès huit heures, pour changer.

― Bonjour madame, excusez-moi pour le retard.

― Et pourquoi n'êtes-vous pas à l'heure comme les autres, mademoiselle ? s'enquit elle.

― J'ai eu une panne de réveil.

J'entendis plusieurs rires étouffés et me retins tant bien que mal de sourire.

― Quand je vous disais que votre comportement était inadmissible pour des élèves de première, gronda-t-elle alors que je me dirigeais vers ma place juste devant son bureau. Je dis ça pour vous, ce n'est pas moi qui passe un examen à la fin de l'année !

Tout ça pour un réveil qui n'avait pas sonné... Je pivotai discrètement la tête vers mes amis dispersés à travers la salle tout en sortant mon cahier et ma trousse.

― Allez, on s'y met, mademoiselle de Lys !

Je reportai mon attention sur la petite dame qui braillait presque dans mon oreille. Son regard noir était perçant derrière ses culs-de-bouteilles.

― Bien, à présent que tout le monde m'écoute, continua-t-elle, je vais vous rendre vos commentaires sur le prologue de Pantagruel. Encore une preuve de votre incapacité à travailler en autonomie.

Je n'osais imaginer ma note...

― C'est vraiment honteux pour des élèves de littéraires. Il faudrait peut-être penser à vous secouer les puces pour le bac !

Elle plaqua ma copie sur ma table, me faisant sursauter. Treize. Ce n'était pas assez pour mes parents, mais je savais relativiser. Ce n'était pas si catastrophique avec elle ! Elle était tellement stricte qu'elle avait fini par être interdite de correction du baccalauréat.

Je me tournai vers Lucie, ma meilleure amie, l'interrogeant du regard. Elle souleva cinq doigts avec un sourire fière. Je pouffai. C'était vraiment un cas ! Mais je ne pouvais que constater un progrès dans son travail, c'était quand même le double de la dernière fois.

― Comme vous n'avez pas l'air d'avoir compris ce texte, je vais faire une explication rapide.

Madame Lemerle était de retour devant le tableau. Elle décapuchonna son feutre à l'odeur si entêtante, écrivit son plan et commença son explication.

Quand la sonnerie retentit, j'avais la main en compote d'avoir pris autant de notes. Elle avait tendance à dicter vite et sans se répéter, un véritable calvaire.

J'attendis Lucie devant la porte et nous allâmes vers notre salle de DNL*.

― Tu sais pas ce que j'ai fait hier avec Etienne ! s'exclama-t-elle, sautillant presque.

― Non, dis moi, répondis-je avec un regard curieux.

Lucie était une fille de moins d'un mètre cinquante, mais débordante de vie. Elle adorait, entre autres, me montrer les nouveautés sur Sephora, me parler de son copain, Etienne, et se teindre les cheveux au gré de ses pulsions capillaires.

Ma mère ne l'aimait pas car elle la trouvait trop « superficielle ». « Vulgaire » m'avait-elle même dit une fois ! Mais, je m'en moquai. Lucie était mon amie pas la sienne. Et de toute façon, elle n'aimait pas les trois-quarts des élèves de ma classe. Elle les trouvait stupides et était persuadée qu'ils étaient de futur chômeurs parce que nous étions en section littéraire.

Oui, elle avait réprouvé mon choix, pour elle il fallait se tourner vers la filière scientifique pour espérer trouver un bon métier plus tard. Tant pis. Elle me forçait déjà à faire de l'allemand et la section européenne, hors de question qu'elle régisse toute ma vie !

― Donc, commença mon amie, on regardait un film et il me parlait des études. Du coup, je lui ai dit qu'on envisageait une coloc et là, il me dit « mais tu sais que si on se retrouve dans la même ville, on habitera ensemble t'as pas le choix ». J'ai failli lui demander de m'épouser tout de suite !

J'éclatai de rire. Si cela venait vraiment à arriver un jour je n'en serais pas du tout surprise : depuis qu'on avait croisé Etienne, une seule fois, au cinéma, ils étaient inséparables.

Les lattes du vieux plancher de notre lycée grinçaient sous le poids de tous les élèves qui traversaient le couloir. À ma gauche, Lu avait sortit son téléphone et me montrait un parfum qu'elle voulait s'acheter.

Nous arrivâmes peu après dans notre salle où nous attendait monsieur Bazin. Une fois à nos places, tout au fond, Lu commença à jouer à Candy Crush pendant que je sortais mes affaires.

― Rangez tous ! On va voir si vous suivez bien mon cours, nous annonça le monsieur replet, un sourire sadique au visage.

Et merde ! Ces contrôles semblaient faciles, mais il était toujours très exigeant sur nos connaissances et la qualité de notre anglais. Mon problème était que ce n'était une langue que je maîtrisais.

Lu pâlti sous son fond de teint et me jeta un regard désemparé.

―Tu as révisé ?

― Non, avouai-je.

Je savais pourtant qu'il fallait toujours que je relise mon cours avant de venir ! Une fois le sujet donné, je ne perdis pas un instant et écrivis tout ce dont je me souvenais sur un brouillon.

Après une heure de torture à chercher le vocabulaire qu'il me manquait, en vain, je déposai ma copie d'un geste rageur sur le bureau et sortis.

― Tu boudes ? s'enquit mon amie, moqueuse.

― Ça se voit que s'est pas toi qui te fais crier dessus si tu rentres avec moins de seize, grognai-je.

Elle rigola même si elle savait très bien que mes parents étaient très stricts. Une fois elle avait dû venir chez moi pour notre TPE et avait rencontré ma mère. Depuis ce jour, nous allions toujours chez elle.

Pendant la pause, nous allâmes chercher un café à la machine. Comme à mon habitude, je pris un café noisette avec le plus de sucre possible. Je posai mes mains sur le gobelet brûlant avec un soupir de bonheur. Les boissons chaudes étaient mon pêché mignon.

― On retourne dehors ? me demanda Lu.

― T'as vraiment envie que tes cheveux frisent à cause de l'humidité ?

― OK, on va attendre devant la salle ! J'envoie juste un message à Etienne pour lui dire où on est.

Je souris, ça m'aurait étonné qu'elle ne le prévienne pas. Il nous attendait déjà quand nous arrivâmes devant la salle. Lu lui sauta au cou en riant. Il l'embrassa, me fit la bise et sortit son jeu de Una. Nous y jouions très souvent lorsque nous étions tous les trois, parfois quatre avec son meilleur ami.

La sonnerie retentit bien trop vite à mon goût. Etienne nous abandonna après avoir fait un dernier câlin à mon amie. Notre professeur d'histoire nous fit entrer aussitôt. Je m'assis à ma place, loin de Lu à notre grand regret. Monsieur Constant faisait parti de ses professeurs qui trouvaient encore judicieux d'installer les élèves par ordre alphabétique. Le nom de famille de Lucie étant Visson elle se trouvait tout au fond.

Je sortis mes affaires et commençai à dessiner dans mon cahier en attendant que tous les élèves soient présents. Sous mon crayon naquit bientôt un personnage de jeu vidéo tout rond et rose. Une idée de courte bande dessinée traversa mon esprit. Je la notai dans la marge et poursuivit mon croquis. Plus tard, je rêvai de travailler dans l'animation. Pour ma mère ce n'était pas envisageable, mais je pouvais facilement passer des heures à travailler sur ma tablette graphique ou même sur mes aquarelles.

Le cours commença sans que je m'en rende compte, j'étais bien trop absorbée par la petite histoire qui prenait forme sous mes traits. J'entrepris ensuite de tout repasser au feutre fin et de passer à la coloration avec de simple crayon de couleurs.

Le professeur nota le cours au tableau, je le pris en note rapidement, puis me tournait vers mon voisin, Baptiste. C'était un de mes plus bons amis, mais il ne me dérangeait jamais et surtout pas quand je dessinai. Il était très timide malgré son style grunge et sa grande taille qui en intimidait plus d'un.

― Regarde ! J'ai fait Kurby, lui chuchotai-je.

Un sourire étira ses lèvres quand je lui montrait ma petite création.

― T'as déjà fait mieux, m'affirma-t-il.

― Si tu le dis, mais je l'aime bien moi !

Il haussa les épaules et se tourna vers le propre dessin qu'il était en train d'esquisser. Lui visait plutôt les Beaux Arts et j'étais certaine qu'il l'accepteraient. Ses traits étaient précis, son geste souple et le simple croquis d'une femme assise dans un café laissait présager un superbe ciel crépusculaire aux couleurs chattoyantes.

Je le fixai le reste de l'heure. Voir les autres créer m'avait toujours plu, que se soit de la musique, de la peinture, de l'écriture...

Enfin la sonnerie se fit entendre. Je demandai à Batou de m'envoyer une photo du dessin s'il l'avait fignoler se soir, puis rejoignis Lu.

― Heureusement que j'aime bien l'histoire, sinon je me serrais bien fait chier !

― Ou tu aurais joué à un de tes jeux stupides, regardé les parfums super chers sur Sephora ou encore convaincu Etienne de t'emmener au cinéma ce week-end, soupirai-je, amusée.

Son regard s'écarquilla.

― Tu sais que tu es un génie, toi ? murmura-t-elle avec des étoiles dans les yeux.

Et mince... J'avais encore fourré Etienne dans de beaux draps !

Nous sortîmes rapidement du lycée pour que Lu ne rate pas son bus. Elle arriva seulement quelques instants avant qu'il ne démarre. Je traversai ensuite et allai m'asseoir sous l'abribus. Je sortis mon téléphone, puis commençai à lire les différents messages que j'avais reçu. Un étrange bruit parvint soudain à mes oreilles.

Très grave et continu, il semblait provenir de partout et nulle part à la fois. Une légère dissonance perça cette basse et gagna en puissance à chaque instant. Elle s’amplifia jusqu'à ce que le bruit devienne un capharnaüm insupportable.

Je plaquai fermement mes mains contre mes oreilles pour faire barrage au maximum, tout comme toutes les personnes autour de moi, piétons ou conducteurs. Au moins, je n'étais pas la seule à l'entendre. Une femme sur le trottoir d'en face leva sa tête vers le ciel et sa bouche manqua de se décrocher de sa mâchoire.Elle semblait clouée de peur ou de stupeur. À mon tour, je levai mon visage et restai totalement interdite face à ce que j'y vis.

*DNL signifie Discipline Non Linguistique : c'est une matière comme l'histoire ou le sport mais dans une langue étrangère. Dans le cas de Juliette, elle fait de l'histoire-géographie en anglais.

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