Chapitre 4 : Une mise à mort (partie 2)

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Ses semblables hurlèrent de joie. Leurs regards plein d'espoir et d'impatience me fixaient par centaines. Champion ? Qu'est-ce que cela voulait dire ? Allais-je au moins au même endroit que ma sœur ? Comment pourrais-je m'en occuper si j'étais loin d'elle...


Après cela, il me porta jusqu'à la mairie. La brise qui soufflait glaçait mon visage trempé. Quand il ferma les portes dans notre dos, les exclamations enjouées se tarirent et le calme reprit peu à peu place. Partout, sauf en moi. Un mélange de peur, d'angoisse, d'appréhension et de détresse formait un mélange explosif qui me donnait envie de tout casser. Je n'étais malheureusement pas en position de pouvoir le faire.


Après être monté dans des escaliers de bois vernis, il me conduisit dans une salle baignée de lumière - grâce à une baie vitrée debout - dont le style rétro me fit penser à la maison de ma grand-mère. Là, il me déposa doucement sur un canapé en cuir, puis s'assit en face, frottant ses mains d'impatience.


― Maintenant, écoute-moi bien, macaque. Tu es mon nouveau champion et j'ai besoin que tu me rapportes un maximum d'argent, compris ?

C'était la voix caverneuse qui nous avait criée de courir. Pour étouffer les sanglots qui menaçaient de s'échapper, je me contentai de hocher la tête. Je notai tout de même qu'ils semblaient avoir des notions d'économies puisqu'il, voulait que je lui fasse plein d'argent.


― Et pour ça, il n'y a qu'un seul moyen : je vais t'entraîner au combat et tu as intérêt à être douée, sinon tu ne me serviras à rien et je n'aurais plus qu'à me débarrasser de toi.


Je relevai la tête et dévisageai ses prunelles à la fois bleues et vertes. Au fond dansait une excitation grandissante. J'hésitai à lui donner mon accord en échange d'informations sur ma sœur, mais, vu l'assurance avec laquelle il avait menacé de « se débarrasser de moi », je préférai jouer la carte du silence et hocher la tête une nouvelle fois.


― Bien, alors allons-y.


Il me redressa d'un geste sec, puis me poussa à avancer de sa main dans mon dos. Je me laissais faire comme un vulgaire jouet, me retenant tant bien que mal de m'écarter. L'option de la fuite effleura un instant mes pensées, mais je la repoussai immédiatement. Ce n'était pas le moment de faire quelque chose de débile. Ou plutôt re-faire.


Au moment où je franchis la porte, mon estomac se souleva. Je ne l'avais pas vu avant car c'était dans mon dos, mais les toits des maisons – pour la plupart sur pieds - étaient couverts de corps décapités. Uniquement des adultes, mais de tout âge et morts depuis plus ou moins longtemps.


Quand je vis ma mère, que deux anges étaient occupés à clouer en rigolant je ne pus retenir plus longtemps mon dernier repas et le vomis au pied de la créature. Elle se contenta d'avoir un mouvement de recul.


Pliée en deux, je respirai avec difficulté pour contenir le flot de larmes et les haut-le-cœur. Je dus déglutir plusieurs fois pour parvenir à tout refouler au fond de moi. Si je voulais sauver Coco de ces monstres complètement psychopathes et tordus, il fallait que je me prépare à voir un flot d'horreurs. Je me remis alors en marche, le regard rivé au goudron, refusant de voir ma mère et d'imaginer les mouches et autres insectes qui viendraient bientôt tourner autour de son cadavre.

Dès lors que le mot fusa dans mon esprit, quelques larmes douloureuses m'échappèrent. Elle s'écrasèrent sur mes chaussures défoncées. Dire que j'accordais autant d'importance à ce genre de choses il y avait environ une semaine...


L'ange dû soudain en avoir assez de devoir marcher car il m'attrapa et m'emporta dans les airs. Je me recroquevillai avec un petit cri, tentant d'échapper aux vents froids et autres bourrasques. Je me dégoûtais à trouver refuge contre un ange. Mais Colombe avait besoin de moi. Et pour la sauver, il fallait que je reste en forme.


Heureusement, le vol ne dura pas plus d'une minute et je me retrouvais bientôt dans le jard de ma ville. Ici, les arbres pointaient encore fièrement vers le ciel. Et au centre de l'étendue verte trônait un chapiteau rouge et blanc.


L'incrédulité me fit ouvrir la bouche. Que faisait-il ici alors que des maisons bien plus solides avaient été détruites ? Le plus étonnant fut que mon ravisseur s'en approcha comme si tout était normal. Qu'allait-on y faire ? Était-ce là qu'il comptait m'entraîner comme il l'avait dit ?


D'une pression dans le dos, la créature me poussa jusqu'à l'édifice autrefois si populaire. En y entrant, je fus assaillie par une odeur de transpiration mêlée à celle de la peur. Je m'immobilisai de stupeur, face à la découverte d'un autre univers. Sous des spots brûlants s'entraînaient des jeunes de mon âge, armés, et vêtus comme des gladiateurs romains. Je n'avais jamais étudié ou vu de combat de gladiateurs, mais les toges blanches et les sandales « romaines » me faisaient penser à ce type de combat. La peur me noua les tripes. Le nouveau champion que j'étais allait devoir s'entraîner à se battre, et il avait intérêt à être bon, non seulement pour sa survie, mais aussi pour celle de sa sœur.


Mes mains commencèrent à trembler, de même que le reste de mon corps. Je n'avais jamais manipulé la moindre arme et il espérait sincèrement que je parvienne à me battre aussi habilement que les autres jeunes ? Ces derniers s'étaient d'ailleurs stoppés de surprise en me voyant débarquer.


― C'est pas le moment de s'arrêter, bande de mauviettes, tonna un ange du haut de l'estrade.


Aussitôt, les combats reprirent en bas et les discussions enjouées en haut.

― Charlotte !


C'était la créature qui m'avait capturée qui venait de s'exprimer. À cet instant, une petite tête brune nous rejoignis. Il s'agissait d'une gamine d'une dizaine d'années tout au plus. Elle était maigre et pâle, mais son regard sombre flamboyait d'une détermination que je n'avais jamais connue chez moi. Dans ses mains au doigts fins, elle tenait fermement une arme dont les deux extrémités étaient affublées de pointes aiguisées et finement ouvragées.


Voir cette arme aussi belle que mortelle dans les mains d'une fillette aussi petite, me stupéfia. Mais que faisaient exactement ces créatures en apparence si semblables à des anges et pourtant si terrifiants ?


― Charlotte, je te présente ta nouvelle coéquipière, je m'occupe de lui expliquer son nouveau job dans les grandes lignes, et si jamais elle a des questions, tu t'en chargeras. Compris ?


― Bien, Maître.


Elle retourna alors à son entraînement, sans un regard en arrière.

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En ce moment, un peu plus de onze heures, changement de vent. Je suis en train de ressentir ce que j'appelle le syndrome du périphérique, ou syndrome de la caisse de supermarché.  
 
Ce syndrome peut se résumer en cette simple phrase : je ne suis jamais sur la file qui avance !!! Et ceci quoi que je fasse, si la file à côté avance plus vite que la mienne, il suffit que je m'y insère pour qu'elle s'arrête aussitôt ! Je le sais, c'est comme ça, je n'y puis rien changer, je suis né avec ce syndrome, et si un jour vous me voyez dans la même file que vous, hâtez vous d'en changer, vous regretteriez amèrement de m'avoir suivi.
Au supermarché, c'est la même chose. D'un coup d'oeil j'ai repéré la file qui n'est pas excessivement longue, et dont les caddies ne sont pas excessivement chargés. J ' arrive par un mouvement fluide et décontracté à me mettre à la fin de la file, avec mon caddie raisonnablement chargé, je suis assez content de ma manoeuvre, le tapis roulant de la caisse n'est pas très loin, encore deux personnes devant moi, je vais très bientôt disposer artistiquement mes produits sur ce tapis étroit, je commence déjà à sélectionner mentalement ce que je vais déposer d'abord. J'opère quelques modifications dans l'agencement dans le caddy puis je me laisse aller à l'observation de mon entourage. Avec une condescendance amusée, je regarde la file à côté, en me disant que la mémé poudrée, aux cheveux bleus n'est pas rendue la pauvre, pourvu qu'elle n'aie pas des invités ce midi. J'observe le nez un peu long de la caissière qui passe les produits avec sérieux et concentration, les petites clochettes qui saluent chaque passage, ont pris un rythme régulier, quand tout à coup, tout s'arrête. La caissière au long nez, passe et repasse le même produit dans un silence coupable, puis dépose devant elle la boite dont  je ne peux voir, ni les inscriptions colorées, ni le contenu, Un jouet à mon avis, mais je n'en suis pas sûr. La caissière, s'appelle Marie-Claire, c'est écrit sur un badge épinglé sur sa poitrine plutôt normale, ni trop imposante, ni trop plate.Je détourne le regard, espérant avoir été discret. Elle décroche un téléphone prés d'elle et parle à un interlocuteur invisible avec quelques mouvements irrités. Puis elle lit des codes sur la boite, son interlocuteur doit avoir l'ouïe plutôt déficiente, car elle répète à plusieurs reprises des chiffres en haussant un peu la voix. Celle-ci est bien timbrée, un peu haute, mais agréable.Marie-Claire prend un petit air contrarié en raccrochant le téléphone. On vient de perdre dix minutes. La mémé aux cheveux bleus est déjà à ma hauteur, dans la file voisine. Ceci commence à m'agacer prodigieusement, mais je garde malgré tout une attitude  fataliste. Marie-Claire continue à passer les produits suivants, du même client, les ding ding reprennent leur rythme régulier. puis s'arrêtent. Avec un sourire un peu contraint elle parle au client, lui demandant, je crois de patienter un peu, que quelqu'un va venir. Moi, dans cette situation, je laisse tomber, et dis : tant pis, enlevez-le je ne vais pas attendre pour si peu, lui, le client semble y tenir à son machin, il prend une attitude décontractée, prêt à attendre la journée s'il le faut. Je lui donnerais des claques, une tête à claque, voilà, c'est çà, une évidence, je suis sûr qu'il jubile intérieurement de voir ces gens derrière lui, appuyés sur leur caddy.
Un coup d'oeil à côté, la mémé est en train de payer. Derrière elle, il y a trois clients, mais des caddies pleins à ras bord, ce qui n'est pas forcément un signe de longueur à la caisse, il peut y avoir plusieurs produits semblables, qui passent d'un seul coup.... J'ai la tentation de sauter sur la file à côté, mais j'ai trop attendu, il y a deux clients de plus dans la file !!! Tant pis je vais rester avec Marie-Claire, et son nez un peu long, lui va bien quand-même. Elle a dû deviner un regard insistant, car elle me regarde  en souriant. Un peu confus je lui rend son sourire et m'empresse de regarder ailleurs, vers la mémé aux cheveux bleus qui s'en va sans se presser vers la sortie, en poussant son caddy paisiblement. Bon ! On avance ou quoi ? 
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