Chapitre 2 : un secret peut sauver des vies (partie 2)

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Ma mère alla ensuite débarbouiller ma sœur dans la salle d'eau pendant que je me mettais en pyjama. Mes vêtements avaient séché, mais je n'avais pas oublié tout ce qui s'était passé souscette pluie diluvienne.


Mes souvenirs se focalisèrent sur l'enfant tentant de réanimer sa mère inconsciente voire morte alors que, tout autour de lui, les arbres s'abattaient violemment ; et également sur le cadavre calciné que j'avais piétiné. Peut-être un homme, peut-être une femme, je n'en savais rien. Assaillie de culpabilité car je lui avais marché dessus, je n'avais pas pu me résoudre à le regarder plus longtemps.


Ces trois personnes n'étaient sûrement pas les seules dans ce genre de cas, en ce moment même, pendant que je me changeais pour aller me reposer et que j'avais l'estomac bien rempli. Ce dernier se souleva face à ma lâcheté et un dégoût envers moi-même et ma famille. Encore une fois, je me rappelais que nous n'aurions pas pu faire grand chose pour ces gens.


J'étais en train de gommer ces atrocités derrière une excuse qui m'arrangeait bien. En réalité, je me trouvais lâche. Rien. Je n'avais rien d'un héros et ma seule tentative pour aider le petit garçon s'était soldée par un échec. Cependant, j'aurais pu le prendre sous mon aile et le ramener ici. Avec un toit, de quoi manger et une famille presque complète.


C'est à ce moment que ma mère revint avec ma sœur en chemise de nuit. Elle la déposa dans le lit face au mien et entama sa prière du soir avec elle. Je ne l'avais pas encore vu, mais il y avait un christ sur le mur qui faisait office de cage d'escalier. Son visage tordu par la douleur me semblait être le reflet du mien.


Une fois leur basse litanie achevée, ma mère me tendit une bougie et un briquet. Au cas où j'avais besoin de me lever pendant la nuit. Elle se blottit ensuite contre ma sœur, bien chaud sous une couette dont la tête de son doudou – un petit lapin jaune qui semblait avoir vécu plusieurs siècles - émergeait à peine. Colombe ne pourrait pas sûrement dormir seule dans le noir complet, même avec son doudoud. D'un regard, ma mère me fit comprendre qu'il était temps d'éteindre.


Mon cœur se serra à la pensée de l'obscurité qui allait bientôt nous engloutir, semblable aux nuages qui en avaient fait de même plus tôt. D'un souffle rapide, je congédiais cette petite flamme chaleureuse qui avait tenu bon toute la journée. Elle emporta avec elle toute la lumière s'apparentant à celle du jour, emmenant également les souvenirs joyeux, colorés et enivrants.


Dans mon lit, les yeux clos, tout ce que j'avais vu se rejouait en boucle, comme sur un écran de cinéma. Les scènes étaient floues, saccadées, dominées par les êtres ailés qui m'apparaissaient comme gigantesques. En temps normal, j'écoutais de la musique pendant mes insomnies, c'était la seule manière que j'avais trouvé pour m'aider à dormir, mais c'était actuellement impossible. Je passais alors mon temps à me tourner et me retourner, aucunement bercée par les souffles paisibles et réguliers de ma mère et de Colombe maintenant endormies.


Agacée par l'incapacité de mon cerveau à se mettre en veille, je me tournai sur le côté et tapotai le sol jusqu'à sentir le briquet sous ma main. J'allumai ensuite ma petite bougie dont la flamme éclaira notre abri de ton chaud. Elle ne parvint cependant pas à me réchauffer comme je l'avais espéré.


Dans le lit de l'autre côté de la pièce, ma mère et ma sœur dormaient en se serrant fort l'une contre l'autre. Jalouse de l'affection à laquelle avait droit ma cadette, je me détournai rapidement et commençai à fouiller dans les placards pour trouver de quoi m'occuper en attendant le sommeil. Dans un carton, je finis par découvrir des cahiers neufs et de nombreux crayons de mine, gomme, feutres et autres affaires scolaires. Je pris un cahier à spirales tout noir ainsi qu'un stylo de la même couleur et retournai m'asseoir, plaçant la couette sur mes épaules.


Bien au chaud, je commençai alors à coucher sur le papier tout ce qui me tracassait. Cela me prit du temps, mais un poids sur mes épaules avait disparu. Pas entièrement malheureusement. Néanmoins, je parvins ensuite à m'endormir, ayant au préalable caché le cahier et le stylo dans la taie de mon oreiller.


À partir du lendemain, le temps sembla s'effacer pour laisser place à un flot d'heures indénombrables. Durant ce qui me sembla être une semaine nous vécûmes sans soucis, malgré la peur qui nous tenaillait et cette vie souterraine qui nous oppressait. Mais nous ne pouvions pas nous plaindre : nous avions de quoi manger, un système qui transformait l'eau usagée en eau potable, de quoi nous occuper sans électricité...


Dès que quelque chose me tracassait, je l'écrivais dans mon cahier. Ma mère avait fini par le remarquer, mais n'avait rien ajouté à part un regard surpris. C'était d'ailleurs dans ce « journal » que j'avais consigné l'une de mes plus grandes peur : que mon père soit mort. En effet, nous n'avions pas eu de nouvelles de lui et l'idée commençait peu à peu à se frayer un chemin dans nos esprits déstabilisés par cette vie souterraine imposée. Bien sûr, je pensais également à tous mes amis, cousins/cousines ou connaissances, mais j'avais surtout besoin d'un père pour me guider au travers de cette épreuve.


Il n'y avait qu'un seul point positif à noter : Colombe et moi nous étions rapprochées. En temps normal, nous ne nous entendions pas très bien, peut-être parce que je la traitais comme le bébé qu'elle serait toujours pour moi, mais au fil des moments, elle venait de plus en plus vers moi. Parfois pour me demander de la coiffer, parfois pour que je lui lise une histoire, ou encore venir dans mon lit après un cauchemar... Tout ça me faisait réellement plaisir, ainsi qu'à notre mère.


Cette « nuit » cependant, malgré avoir tout tenté, je ne parvenais pas à m'endormir. Quelque chose que je ne comprenais pas me tracassait au point de me tenir éveillée. À la lueur de ma bougie, j'observai mon entourage jusqu'à tomber sur l'éclat métallique des escaliers. Aussitôt, je compris. Il fallait que je sorte, que je vois ce qu'il se passait de mes propres yeux puisque ma mère ne semblait pas prête à affronter la réalité. Certes, je ne me considérais pas comme quelqu'un de courageux ou d'audacieux, mais j'avais besoin de voir.


D'un geste nerveux, je balayais la couette et m'habillai. Je m'apprêtais ensuite à monter quand quelque chose me retint. Le cœur lourd, je me tournais vers ma mère et ma sœur paisiblement endormies. À pas feutrés, je vins déposer un baiser sur leurs fronts et repartis vers la sortie. Une bougie en main, je montais doucement les marches jusqu'à atteindre la dalle. Alors, je pris quelques instants pour respirer profondément, posai la bougie, puis poussais dessus de toutes mes forces.

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En ce moment, un peu plus de onze heures, changement de vent. Je suis en train de ressentir ce que j'appelle le syndrome du périphérique, ou syndrome de la caisse de supermarché.  
 
Ce syndrome peut se résumer en cette simple phrase : je ne suis jamais sur la file qui avance !!! Et ceci quoi que je fasse, si la file à côté avance plus vite que la mienne, il suffit que je m'y insère pour qu'elle s'arrête aussitôt ! Je le sais, c'est comme ça, je n'y puis rien changer, je suis né avec ce syndrome, et si un jour vous me voyez dans la même file que vous, hâtez vous d'en changer, vous regretteriez amèrement de m'avoir suivi.
Au supermarché, c'est la même chose. D'un coup d'oeil j'ai repéré la file qui n'est pas excessivement longue, et dont les caddies ne sont pas excessivement chargés. J ' arrive par un mouvement fluide et décontracté à me mettre à la fin de la file, avec mon caddie raisonnablement chargé, je suis assez content de ma manoeuvre, le tapis roulant de la caisse n'est pas très loin, encore deux personnes devant moi, je vais très bientôt disposer artistiquement mes produits sur ce tapis étroit, je commence déjà à sélectionner mentalement ce que je vais déposer d'abord. J'opère quelques modifications dans l'agencement dans le caddy puis je me laisse aller à l'observation de mon entourage. Avec une condescendance amusée, je regarde la file à côté, en me disant que la mémé poudrée, aux cheveux bleus n'est pas rendue la pauvre, pourvu qu'elle n'aie pas des invités ce midi. J'observe le nez un peu long de la caissière qui passe les produits avec sérieux et concentration, les petites clochettes qui saluent chaque passage, ont pris un rythme régulier, quand tout à coup, tout s'arrête. La caissière au long nez, passe et repasse le même produit dans un silence coupable, puis dépose devant elle la boite dont  je ne peux voir, ni les inscriptions colorées, ni le contenu, Un jouet à mon avis, mais je n'en suis pas sûr. La caissière, s'appelle Marie-Claire, c'est écrit sur un badge épinglé sur sa poitrine plutôt normale, ni trop imposante, ni trop plate.Je détourne le regard, espérant avoir été discret. Elle décroche un téléphone prés d'elle et parle à un interlocuteur invisible avec quelques mouvements irrités. Puis elle lit des codes sur la boite, son interlocuteur doit avoir l'ouïe plutôt déficiente, car elle répète à plusieurs reprises des chiffres en haussant un peu la voix. Celle-ci est bien timbrée, un peu haute, mais agréable.Marie-Claire prend un petit air contrarié en raccrochant le téléphone. On vient de perdre dix minutes. La mémé aux cheveux bleus est déjà à ma hauteur, dans la file voisine. Ceci commence à m'agacer prodigieusement, mais je garde malgré tout une attitude  fataliste. Marie-Claire continue à passer les produits suivants, du même client, les ding ding reprennent leur rythme régulier. puis s'arrêtent. Avec un sourire un peu contraint elle parle au client, lui demandant, je crois de patienter un peu, que quelqu'un va venir. Moi, dans cette situation, je laisse tomber, et dis : tant pis, enlevez-le je ne vais pas attendre pour si peu, lui, le client semble y tenir à son machin, il prend une attitude décontractée, prêt à attendre la journée s'il le faut. Je lui donnerais des claques, une tête à claque, voilà, c'est çà, une évidence, je suis sûr qu'il jubile intérieurement de voir ces gens derrière lui, appuyés sur leur caddy.
Un coup d'oeil à côté, la mémé est en train de payer. Derrière elle, il y a trois clients, mais des caddies pleins à ras bord, ce qui n'est pas forcément un signe de longueur à la caisse, il peut y avoir plusieurs produits semblables, qui passent d'un seul coup.... J'ai la tentation de sauter sur la file à côté, mais j'ai trop attendu, il y a deux clients de plus dans la file !!! Tant pis je vais rester avec Marie-Claire, et son nez un peu long, lui va bien quand-même. Elle a dû deviner un regard insistant, car elle me regarde  en souriant. Un peu confus je lui rend son sourire et m'empresse de regarder ailleurs, vers la mémé aux cheveux bleus qui s'en va sans se presser vers la sortie, en poussant son caddy paisiblement. Bon ! On avance ou quoi ? 
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