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Le train se met doucement à avancer, le quai s’éloigne. Petit à petit, les immeubles s’espacent jusqu’à disparaître, laissant place à des champs verdoyants qui s’étendent à perte de vue. Le wagon est presque vide. Je n’ai toujours pas retenu notre destination, mais elle ne semble pas attirer grand monde. Je sais simplement que nous partons vers l’Est.

Assise à côté de moi, ta tête repose sur mon épaule. Je n’arrive pas à voir si tu dors ou pas, mais je n’ose pas bouger, par peur de te réveiller si jamais tu as enfin accepté la proposition du marchand de sable. Nos mains sont entremêlées, posées sur ma cuisse. En les contemplant, je me perds dans les souvenirs qui défilent au rythme des paysages que nous traversons.

Je n’avais jamais été touchée avant toi. J’évitais tout contact avec les autres. Je réclamais des câlins à outrance à mes amis, mais c’était tout. Tout contact qui n’était pas de mon initiative était prohibé. Je refusais de tenir la main à qui que ce soit. Je détestais les massages. Que quelqu’un me touche me terrifiait, je me sentais violée dans mon intimité. Je me réservais toute entière pour toi, même si j’ignorais qui tu étais.

Résultat, chaque fois que je sentais ta peau m’effleurer au début de notre relation, je paniquais. Je ne connaissais pas cette sensation, je ne savais pas comment réagir. Il a fallu un temps monstrueux avant que tu ne puisses me tenir la main. Chaque baiser me semblait être un trésor d’une valeur inestimable. Les barrières que j’avais dressées durant toutes ces années ont demandé de longues semaines pour être détruites malgré toute l’envie que j’avais de te toucher.

Il me semblait qu’à la seconde où je me laisserai aller, qu’au moment où je t’accorderais enfin ma confiance, tu t’évaporerais. Mais j’ai fini par tomber dans tes bras. Et tu es restée.

Je me souviens avoir imaginé serrer une main dans la mienne pendant des années, comme l’ancre d’un bateau qui l’empêche de dériver. Parfois, j’entrelaçais mes doigts et j’imaginais tenir la main de quelqu’un d’autre. Et voilà que je marchais à tes côtés, mes doigts mêlés aux tiens.

Le soleil perçait à travers les nuages, réchauffant mon visage. Une légère brise faisait danser tes cheveux dressés comme une crinière autour de ta tête. J’ai fermé les yeux pour apprécier les derniers rayons de la journée. Tu t’es arrêtée, me retenant par la main. J’ai ouvert les yeux, tu me regardais, surprise.

— Qu’est-ce qui se passe ?

— Je t’aime.

On était là, plantées au milieu du trottoir, au-dessus de la Seine, comme figées à un croisement. J’ai cru mal entendre, le vent me jouait sûrement des tours. Tu t’es mise à rire. Un rire merveilleux, joyeux. Je ne savais pas comment réagir, je te regardais comme une idiote, indécise. Tu as lâché ma main pour te rapprocher du parapet, tu t’es penchée vers le vide et tu l’as rempli avec ton cri.

— JE T’AIME !

Tu sautais, dansais sur place. Parce que c’est comme ça que tu es. Tu célèbres chaque émotion. Peu importe qu’elle te fasse peur, qu’elle te fasse mal, tu l’accueilles à bras ouverts. C’est ta façon de savoir que tu es vivante.

Mais je te regarde aujourd’hui, tu ne parles toujours pas, c’est tout juste si tu respires. Tu as oublié que tu es en vie. Et je ne sais pas comment te le rappeler.

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Défi
Jacques IONEAU
Ce texte, co-écrit par carolinemarie78 et Jacques Ioneau, en réponse au défi "Imaginaire", est une suite de Fleur de nave : "https://www.scribay.com/text/337348389/fleur-de-nave" .
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Anna Greensayer
Voici un calcul simple :

Harcèlement + Injustice - Un "grand" homme.

10 ans après, on y applique également le calcul suivant :

Un beau détective + Un policier qui sort de l'académie - 420 de Q.I

Impossible mais non.

= Flandre
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Victor Bouvier


Il vit un profond calvaire dans cet enfer
Banal qu’est cette inhumaine planète terre.
Attendant que sa peine soit exécutée
Il doit porter sa croix, solitaire oublié.
Au milieux de ces Hommes, il se sent bien seul.

Eux, d'ailleurs, tissent succinctement son linceul,
Lors de leurs dégoulinantes veillées passées
A se bourrer, ne pouvant y participer,
Ange déchu, risquant de s’électrocuter.
Corneille déçu aux artères écœurées,

Le vermeil poison, la virulente sangsue,
S'éparpille dans ces veines bleutées. Perdu
Dans ces folles nuées de possibilités
Il ne sait comment agir, rester éveillé
Toujours sur ces gardes, sortant ces rêches griffes.

Son destin ne cesse de le gifler, nocif,
Alors obnubiler par l'espoir, il encaisse.
Il les voit sans les voir, tous tenus en liesse,
Pauvres chiens drogués par cette rouge fontaine
De jouvence, profit, aveuglés par la haine,

Haine quotidienne. La sale violence
Etend rapidement ses tentacules fourbes.
Fourbes et viles sont les divines puissances
Qui règnent sur ce monde d'ondes et de courbes.
Courber l’échine, s’échiner à en pleurer

Le soir, saignant, devant son enfant affamé.
Il lit dans les métro, sur les suants visages
De ces êtres, la désillusion des rêves
Enfantins, des palpitants, colorés, paysages
Imaginaire. Mais sombre est sa vie de rêve.

Le jour est devenu nuit depuis qu'il s'enlise,
Que les barres d'immeubles sont devenus grises,
Blanchâtres, à en faire pâlir un croc mort.
Devant son noir miroir, il regarde la mort
L'enlacer. Il avale des médicaments

Pour mentir puisque c'est la loi, le monde ment,
Tout le monde tente de se voiler la face.
Alors il cherche à faire partie de la masse
Pour être tranquille, libre. Lui fils de rien,
Il veut devenir fils du bon dieu, fils de chien.
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