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Je me souviens de nos discussions sans fin dans les cafés parisiens, de ces heures passées en dehors des salles de classes, où, autour d’une tasse fumante, nous avons appris, peu à peu, à nous connaître. J’ai commencé à te suivre dans les rues de Paris, à t’écouter me raconter ton enfance, ton présent et tes projets. Nous nous sommes promenées dans les parcs, les musées, les galeries, nous appropriant cette ville si grande où nous avions toutes deux décidé de poser nos valises, attirées par cette image de ville lumière, ville de l’amour, ville de tous les rêves.

Je me suis fait une place dans un coin du studio de danse, où je te regardais bouger ton corps au rythme de la musique. Ce sport artistique ou cet art sportif n’était qu’un prétexte pour que je puisse t’observer en silence et quitter les murs gris de mon appartement. Au fil du temps, les seuls moments où nous ne voyions plus étaient la journée, lorsque tu étudiais et que je travaillais, et quand nous dormions, bien qu’il nous arrivait de plus en plus souvent de s’installer momentanément chez l’une ou chez l’autre.

Ta brosse à dents s’était faite une place sur le lavabo, ton thé préféré était rangé dans mon placard, tes vêtements se mélangeaient aux miens dans les tiroirs. Il m’était désormais impossible d’ignorer la place que tu prenais dans ma vie. Et dans mon cœur. Pourtant, malgré les évidences placées sous mes yeux, l’idée de t’avouer mes sentiments et d’imaginer qu’ils puissent être réciproques me semblait aberrante.

Pour les fêtes de fin d’année, nous sommes retournées chacune dans nos familles. Habituée à te trouver toujours dans les parages, ces deux semaines loin de toi m’ont paru interminables. Tu hantais mes pensées, j’étais dépendante de toi, même la magie de Noël ne parvenait pas à t’effacer de mon esprit. Au vu des nombreux messages que tu m’envoyais, je ne pense pas me tromper en disant qu’il en était de même pour toi, bien que sur le moment je n’y croyais pas et pensais simplement que tu t’ennuyais. Mais au retour des vacances, il a bien fallu que je me rende à l’évidence : ce que je n’osais espérer, imaginer, était une possibilité que je pouvais toucher du doigt, saisir à pleines mains et protéger au fond de mon cœur.

C’était chez toi. Dans ton appartement, à peine plus grand que le mien. Le ciel était noir, les étoiles éclipsées par les illuminations de la ville. Tu étais sous la douche. Je réfléchissais trop. Je voulais t’embrasser, te tenir la main. Je voulais plus mais j’avais peur de ce plus. Et si je me trompais depuis le début ? Et si je ne te plaisais pas du tout ? Et si je n’avais pas été assez prudente ? Que j’avais dit quelque chose qu’il ne fallait pas, fait quelque chose qu’il ne fallait pas, sans m’en rendre compte ? J’avais besoin de savoir où tout ça nous menait, ce qu’on était.

J’étais encore plongée dans mes pensées, les yeux dans le vide, lorsque tu es sortie de la salle de bain, vêtue d’un pyjama informe. Tes cheveux mouillés tentaient de se redresser sur ta tête. Putain que t’étais belle. On s’est lovées dans le lit et on a parlé toute la nuit. De tout et de rien, mais surtout de tout.

Tu savais que je sortais d’une dépression, qu’il m’arrivait encore de voir son ombre dans la nuit. Tu m’as demandé si je voulais bien en parler. T’expliquer. Te raconter. Alors je l’ai fait.

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Défi
Jacques IONEAU
Ce texte, co-écrit par carolinemarie78 et Jacques Ioneau, en réponse au défi "Imaginaire", est une suite de Fleur de nave : "https://www.scribay.com/text/337348389/fleur-de-nave" .
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Anna Greensayer
Voici un calcul simple :

Harcèlement + Injustice - Un "grand" homme.

10 ans après, on y applique également le calcul suivant :

Un beau détective + Un policier qui sort de l'académie - 420 de Q.I

Impossible mais non.

= Flandre
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Victor Bouvier


Il vit un profond calvaire dans cet enfer
Banal qu’est cette inhumaine planète terre.
Attendant que sa peine soit exécutée
Il doit porter sa croix, solitaire oublié.
Au milieux de ces Hommes, il se sent bien seul.

Eux, d'ailleurs, tissent succinctement son linceul,
Lors de leurs dégoulinantes veillées passées
A se bourrer, ne pouvant y participer,
Ange déchu, risquant de s’électrocuter.
Corneille déçu aux artères écœurées,

Le vermeil poison, la virulente sangsue,
S'éparpille dans ces veines bleutées. Perdu
Dans ces folles nuées de possibilités
Il ne sait comment agir, rester éveillé
Toujours sur ces gardes, sortant ces rêches griffes.

Son destin ne cesse de le gifler, nocif,
Alors obnubiler par l'espoir, il encaisse.
Il les voit sans les voir, tous tenus en liesse,
Pauvres chiens drogués par cette rouge fontaine
De jouvence, profit, aveuglés par la haine,

Haine quotidienne. La sale violence
Etend rapidement ses tentacules fourbes.
Fourbes et viles sont les divines puissances
Qui règnent sur ce monde d'ondes et de courbes.
Courber l’échine, s’échiner à en pleurer

Le soir, saignant, devant son enfant affamé.
Il lit dans les métro, sur les suants visages
De ces êtres, la désillusion des rêves
Enfantins, des palpitants, colorés, paysages
Imaginaire. Mais sombre est sa vie de rêve.

Le jour est devenu nuit depuis qu'il s'enlise,
Que les barres d'immeubles sont devenus grises,
Blanchâtres, à en faire pâlir un croc mort.
Devant son noir miroir, il regarde la mort
L'enlacer. Il avale des médicaments

Pour mentir puisque c'est la loi, le monde ment,
Tout le monde tente de se voiler la face.
Alors il cherche à faire partie de la masse
Pour être tranquille, libre. Lui fils de rien,
Il veut devenir fils du bon dieu, fils de chien.
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