1

2 minutes de lecture

Tu étais si vivante. Au milieu de la foule, les bras levés et chantant à tue-tête, tu faisais corps avec la musique. Plus rien n’avait d’importance, seul l’instant présent comptait. Même moi je n’existais plus. J’aurais tant aimé voir ça. Toi, dansant avec ton âme, les étoiles dans tes yeux et la musique qui sort de ton cœur. J’aurais dû être là, avec toi, et non dans ce minuscule lit à prier de toutes mes forces que mon estomac cesse de me remonter dans la gorge toutes les cinq minutes. Mais même si je n’étais pas là, je te connais suffisamment pour visualiser chaque émotion sur ton visage.

Tu danses les yeux fermés. Le monde autour de toi s’est volatilisé. Tu ne sens même plus les corps transpirants qui bougent autour de toi. Tu n’entends pas les autres chanter autour de toi. Ton cœur est léger et bat fort. Tes cheveux frisés flottent autour de ton visage. Tu souris. Tu es belle.

Soudain, une petite voix dans ta tête te dit que quelque chose cloche, l’air a changé. Les mouvements ont changé. Les cris ont changé. Alors que tu ouvres les paupières, que ta bulle éclate et que la réalité te frappe en pleine figure, tu vois des gens courir dans tous les sens. La musique s’est éteinte, on te bouscule, la panique te gagne. Elle te prend à la gorge et te serre si fort que tu peux à peine respirer.

Tu entends des coups de feu. Tes jambes réagissent, te portent vers la sortie. Tes mains écartent des corps, cherchent une porte, une issue. Les cris te vrillent les tympans, les coups de feu les éclatent. Tu ne veux pas te retourner, tu ne veux pas voir. Pourtant, à quelques mètres de la sortie, tu ne peux pas t’en empêcher. C’est là que les choses ont déraillé. Quand tu as vu cette violence, cette peur, cette douleur, quelque chose s’est brisé en toi.

Car même si tu as réussi à sortir, à courir dans la rue, à monter jusqu’à ma chambre et à te glisser dans mon lit, une partie de toi est restée là-bas. Tu ne m’as rien dit, mais je savais déjà. Les réseaux sociaux, les journaux, la télévision, tous ont parlé pour toi.

Tu n’as plus jamais rien dit.

Tu étais si vivante.

La seconde suivante, tu t’es éteinte.

Annotations

Vous aimez lire Otter de lune ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0