Robert

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-Une très bonne nouvelle, Votre Grâce. Nous sommes en nombre supérieur.

Cependant, il ne la vit pas sourire. Ses cheveux auburn étaient rassemblés en tresses et tombaient dans son dos, telle une cascade. Elle s'était équipée d'une armure noire qui lui donnait un air de chevalière, mais un long jupon lui couvrait les jambes. Elles n'avait pas l'intention de se mêler au combat, mais voulait tout de même rester auprès de ses hommes, jusqu'à la fin. Sa pelisse était posée sur une chaise en bois, à côté, et il se demanda comment elle pouvait combattre le froid avec tant de ferveur.

-Il faut éliminer son dragon avant qu'il ne puisse égaliser le rapport de forces, se contenta-t-elle de répondre.

-Comment ? Fit lord Tully.

-Nos ingénieurs les plus doués ont pu construire un scorpion, l'informa Lady Arya, aux côté de la reine. Nous n'en avons qu'un, il faudra en faire très bon usage.

Des cernes noirs tiraient les traits de son jeune visage. Tout comme sa soeur, voire plus, la disparition de Jon l'avait profondément attristée.

-Il a été placé sous les remparts, caché, afin qu'elle n'en soupçonne l'existence, ajouta Sansa. Selon nos espions, elle a l'intention de nous affronter de face. Si son dragon arrive du Sud, nous aurons large champ pour viser. La prendre par surprise est notre meilleure chance de la vaincre.

-Qui tirera ? Voulut savoir lord Royce.

-Je vous laisse le choix. On m'a laissé entendre que le Val était réputé pour ses archers, je vous laisse choisir le meilleur. Elle lui adressa un bref regard en coin. Il esquissa un sourire. Il nous reste moins d'une heure. Tous vos hommes sont-ils en place, mon oncle ?

-Oui, votre Grâce. Je compte diriger mes hommes sur le champ de bataille.

Elle hocha la tête. Son oncle avait certainement besoin d'un acte héroïque pour effacer son honneur perdu durant la guerre des cinq Rois.

-Bien. Lord Arryn, vous m'accompagnerez sur les remparts et dirigerez vos archers. Arya...

-Je serai à l'intérieur, avec nos hommes.

Les deux sœurs se fixèrent intensément, puis Sansa acquiesça légèrement, avant de faire face à toute l'assemblée de seigneurs, nordiens, du Val et du Conflans qui lui faisaient face.

-Bonne chance à tous. Les dieux seront avec nous. Le Nord... (Elle prit une grande inspiration). … se souvient.

-En votre nom, nous nous battrons jusqu'à notre dernier souffle, fit Lord Royce.

Tous acquiescèrent puis chacun partit de son propre côté. Sansa sortit et monta sur les remparts. Robert suivit. Deux hommes du Nord et deux du Val les encadraient. En haut, des ordres fusaient de toutes parts. Des chaînes de mercenaires armés de piques marchaient en cadence le long des murailles. Les archers révisaient une dernière fois leur arc et leur flèches. La plus grande partie prenait place au rempart principal, au-dessus de la grande porte. Winterfell possédait deux enceintes qui la protégeaient des ennemis : la première était plus petite et son chemin de ronde plutôt étroit, la seconde était beaucoup plus massive. Les archers s'étaient placés sur les deux. Des seaux d'huile attendaient patiemment lorsqu'ils arrivèrent, le longs des créneaux. Mais ce qui l'émerveilla le plus était l'énorme scorpion, décoré de feuilles d'arbre-coeur sculptées dans le bois. Robert s'approcha et effleura ces ornementations.

-Mes hommes ont voulu le décorer ainsi, pour implorer la miséricorde des dieux, expliqua Sansa. Espérons qu'ils l'entendent.

-Oui. Espérons, murmura-t-il.

Son regard se porta sur l'armée qui leur faisait face. Elle était déjà en place. Des rangs entiers de mercenaires de la Compagnie Dorée, et d'Immaculés pour la plupart. Puis il reconnut le lion doré des Lannister et le cerf des Baratheon.

-Qui dirige les armées d'Accalmie ?

-Gendry Baratheon, leur nouveau seigneur. Arya a massacré tous les mannequins de bois que l'on avait pour s’entraîner au combat lorsqu'elle a apprit la nouvelle.

-Ils étaient...

-Gendry voulait qu'elle soit sa Dame. Mais Arya n'a jamais été une Dame.

L'armée de Daenerys n'impressionnait pas tant Robert, au contraire de la sienne. Devant la forteresse, des milliers d'hommes se tenaient, aussi droit que les immaculés. Les bannières Stark, Arryn et Tully flottaient ensemble, rythmées par le vent glacial qui soufflait sur la plaine. Cela faisait un bout de temps qu'il n'avait pas neigé, et le sol n'était recouvert que d'une fine couche de givre. Chaque homme s'était fabriqué des crampons avec les bouts de piques qu'ils avaient trouvés de la dernière guerre, pour éviter de glisser. Il doutait que l'armée ennemie ait fait de même. Un homme du Val arriva sur leur droite. Robert reconnut Ronnie, un archer très compétant qui avait accompagné Lord Royce dans toutes ses batailles.

-Votre Majesté, fit-il en s'inclinant. Je me charge du scorpion.

-Très bien. Je vous fait confiance. Tirez lorsque vous avez le dragon dans votre champ de vision. J'espère que vous en avez déjà vu un.

-Oui, Votre Majesté. J'étais là lors de la bataille contre les marcheurs blancs.

-Parfait. Bonne chance. Ne ratez pas votre cible.

Il fit une courte révérence puis avec l'aide de deux hommes à ses côtés, ils tirèrent la chaîne qui permettait de tirer le trait. Soudain, comme il y eut comme un souffle qui imposa le silence de toute part.

La peur monta d'un cran. Le souffle du vent fut le seul bruit que Robert put entendre, à part peut-être ses propres battements de cœur. Sansa se tenait à ses côtés. Il la sentait aussi raide que lui. Les deux armées se tenaient face à face, silencieuse, rangées parfaitement. Il put apercevoir son oncle à la tête de ses hommes. Un peu plus loin, lord Royce, puis plus loin encore, les seigneurs nordiens, accompagnés de leur bannerets. La tension montait à mesure que les minutes passaient. Les archers attendaient, immobiles, leur carquois posé aux côté de chacun. Le silence le rendait nerveux.

-Qu'est-ce qu'ils attendent ? murmura-t-il, n'osant monter la voix trop fort.

-Leur signal, répondit Sansa, la voix aussi tendue que la sienne.

Il sut à quoi elle faisait référence. Il supposa que Ronnie aussi puisqu'il respira tout à coup bruyamment. La vie de milliers d'hommes pesait sur ses épaules. S'il ratait le dragon, tout était fini, et Robert et Sansa seraient certainement les premiers à cuir sous le feu de la bête.

Robert tapota nerveusement la poignée de son épée. Son regard parcourait son armée qui s'étendait sur des kilomètres devant le château. L'attente devenait insupportable. Il s’aperçut que des nuages gris avait recouvert le soleil, diminuant considérablement la luminosité. Il s'apprêtait à dire quelque chose, certainement pour se rassurer lui-même, quand tout à coup il aperçut Sansa se raidir et son regard fixer le ciel. Une forme avançait au loin. Il ne lui fallut que quelques secondes pour se rendre compte qu'il s'agissait du dragon.

Il n'en avait à ce jour jamais vu.

Son souffle se coupa.

A mesure que les secondes passaient, la forme grandissait. La main gantée de Sansa se glissa dans la sienne. Sous l'effet de la peur, il la serra plus fort encore. Ronnie avait commencé à se préparer pour viser. Les battements de son cœur s'étaient accélérés. La forme qui se jetait sur eux grandit considérablement et il put même apercevoir sa couleur.

Noir, comme les cendres.

Il était énorme.

Et plus il approchait, plus il paraissait plus énorme et plus grand.

La main de Sansa se resserra davantage dans la sienne. Il allait arriver derrière son armée. Il était proche. Trop proche. Il se demanda ce que Ronnie fabriquait. Qu'attendait-il pour tirer ? Il surprit sa main à trembler. Il allait fondre sur eux, tous les brûler. L'attente du trait parti pour traverser la bête fut plus insupportable encore que le silence qui s'était posé sur Winterfell. Il vit la bête, plus énorme encore, puis il ferma les yeux, imagina le feu qui en découlerait.

Les battements de son cœur furent la seule chose qu'il entendit.

Sa main serrée contre celle de sa reine fut la seule sensation physique qu'il éprouva.

Il ne voulait pas mourir. Pas maintenant. Guerrier, si vous m'entendez, épargnez-moi la douleur et la souffrance. Mère, si vous m'entendez, offrez votre miséricorde, je vous en prie. Que les Sept m'entendent. Que les Sept aient pitié.

Il n'entendit que le rugissement aigu qui le traversa comme une épée. Il rouvrit les yeux. Ronnie avait tiré. Le trait n'était plus accroché au scorpion, et d'énormes quantités de sang giclait de l'énorme corps de l'animal.

Personne n'osa bouger lorsque le dragon se tortilla de douleur.

Personne n'osa prononcer un mot quand son corps tomba mollement dans les airs, au moment où son cri résonna à travers les plaines enneigées.

Un bruit sourd retentit lorsque la bête s'écrasa contre sa propre armée.

Des cris.

Des hurlements.

Le dragon était mort.

Son corps était inerte.

Des acclamations de victoire retentit dans ses armées. Il aperçut Sansa sourire. Il ne put s'empêcher de faire de même. Les dieux m'ont entendu.

-Archers ! Vociféra-t-elle.

Sa main lâcha la sienne. Elle s'avança au bort des créneaux.

-ENCOCHEZ ! Hurla-t-elle.

Des centaines d'hommes sur les remparts encochèrent leurs flèches dans un bruit de bois qui choquait entre eux.

-BANDEZ ! LÂCHEZ !

Des centaines de flèches plongèrent en sifflant de toutes leurs plumes comme des serpents ailés. Elles avancèrent comme un nuage sombre puis à leur arrivée sur terre, des centaines d'hommes tombèrent. Des immaculés. Des mercenaires. Des archers eux-même, prit par la surprise qui n'avaient même pas eu le temps de décocher quelque chose. Pas plus tôt se furent-elles envolées que d'autres se présentèrent.

-ENCOCHEZ ! BANDEZ ! LÂCHEZ !

Et ainsi de suite et ainsi de suite et ainsi de suite.

-TREBUCHET ! Hurla-t-elle, et crrrrac ! Entendit-il, et pouf ! Tandis qu'une centaine de chausse-trapes hérissées de pointes d'acier prenaient l'air en virevoltant.

-CATAPULTES ! Lança-t-elle, et puis : ARCHERS ! TIR A VOLONTE !

Se sentant inutile, Robert s'empara d'un arc posé contre les pierres et positionna un carquois à ses côtés. Encocher, bander, lâcher. Des hommes hurlaient. Des archers ennemis commençaient enfin à tirer, leurs flèches atteignant certains de ses hommes. Encocher, bander, lâcher. Robert n'attendit pas de voir où elles frappaient. A peine avait-il décoché la seconde que ses doigts cherchaient la suivante. Encocher, bander, lâcher. Il ne sut combien il en avait tirées avant de ne rencontrer que du vide là où il était censé y avoir des flèches. Il s'aperçut alors que des immaculés se ruaient sur les armées nordiennes, rapidement suivis par des mercenaires. Des cris et des hurlements montaient dans l'air comme un chant funeste. Les premiers rangs de son armées se défirent. Les immaculés étaient redoutables, et avançaient beaucoup plus vite qu'il ne se l'était immaginé. Robert aperçut un énorme bélier traverser l'armée ennemie pour essayer de se frayer un passage parmi ses hommes.

-Sansa ! Cria-t-il pour se faire entendre dans le chaos qui régnait.

Elle tourna la tête.

-Je descends !

-Quoi ? Non !

-Je n'ai plus de flèches ! Je serai plus utile aux côtés de mes hommes !

Alors, sans qu'il ne s'y attende, elle s'avança vers lui et s'abandonna à un long baiser. Il le lui rendit, plus passionnément encore. Lorsqu'il se détacha, il lui murmura, tout bas :

-Ce n'est pas un adieu.

Il savait qu'elle l'avait entendu. S'éloigner d'elle était la chose la plus douloureuse qu'il eut à faire. Alors qu'il lui tournait le dos, il sentit son regard lui peser. Il ne voulut tourner la tête. Sa place était en bas, il le savait, il allait revenir de toute manière. Du moins, il l'espérait.

Sur le chemin, il croisa un groupe de soldat, des lances à la main. Il leur ordonna de s'arrêter.

-La reine est au-dessus de la grande porte. Encadrez-là et protégez-là ! Il se peut qu'ils arrivent à entrer.

Le groupe de soldats se dirigea vers l'endroit indiqué. Tandis qu'il descendit, il récita une dernière prière aux Sept.

Dans l'espoir qu'ils l'entendent une nouvelle fois.

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