Sansa

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Jon Snow est mort.

C'était la première chose qu'elle avait entendu lorsqu'elle s'était levé ce matin. Au début, elle avait cru que c'était une farce. Ou une fausse nouvelle, comme une rumeur qui circulait entre les peuples qui était factice. Mais la lettre écrite par Tormund lui-même, prouvait le contraire.

Avant même qu'une seule larme ne puisse couler, on lui annonça que l'armée de Daenerys était arrivée et qu'elle s'était posée un peu plus loin, dans les plaines des alentours de Winterfell. Son oncle, lui, était arrivé quelques jours auparavant avec son armée.

Depuis lors, Sansa n'était pas sortie de ses appartements. Pourtant, elle devait aujourd'hui prendre contact avec les officiers d'armée, rassembler le conseil de guerre pour ordonner ses légions et mettre au point les attaques et les défenses du château. Elle devait aussi se rendre aux réserves et discuter avec les intendants. Elle devait faire tellement de choses.

Mais elle n'en avait pas le courage.

Pas après ce qu'elle venait d'apprendre.

Elle n'avait pas vu Arya non plus. Elle avait dû l'apprendre elle aussi.

La pièce était froide mais la jeune reine n'en avait cure. Le froid la soulageait, lui rappelait où elle était et qui elle était. Des objets étaient au sol, certains cassés. Elle ne se souvenait pas comment c'était arrivé. Elle se rappelait juste qu'elle avait hurlé. Peut-être, après tout, avait-elle tout renversé. Ou peut-être pas. Elle n'en savait rien. Elle ne savait plus.

De la fenêtre, elle apercevait la petite cour. Chaque jour, des personnes différentes y étaient présentes : des servantes qui passaient, des seaux d'eau chaudes à la main, des gamins et des poules qui traversaient, des septons qui discutaient, des jeunes garçons qui se couraient après, une épée de bois à la main, riant à grand cœur. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas ri. Elle se demanda si elle le pouvait encore.

La porte s'ouvrit dans un faible grincement perceptible. Le Grand Mestre entra et son regard parcourut la pièce. En effet, il y avait de quoi s'interroger. Des bris de verre jonchaient le sol, les tapisseries déchirées, le bureau, vide. Ses plumes, ses papiers, son encre, renversés sur le tapis. Mais il n'était pas là pour faire l'inventaire de la chambre, et le regard qu'elle lui imposa lorsqu'il s’apprêta à parler le lui montra.

-J'ai un message à faire passer, annonça-t-elle, la voix brisée. Ce devait-être parce qu'elle avait hurlé.

-Pour quelle destination, Votre Grâce ?

-Le Mur. Le papier est à côté de vous, sur le rebord de la cheminée. N'en parlez à personne. Je veux que cela reste entre nous.

-Bien Votre Majesté.

Il s'empara délicatement du papier et l'enroula dans ses mains frêles et vieillies.

-Puis-je faire autre chose pour Sa Majesté ?

Un silence prit place. Son regard inquiet la fixait et le mal-être s'empara d'elle. Elle voulait que personne ne la sache dans cet état. Que personne ne dise qu'elle avait été faible. Pas dans ce moment-là. Pas avant la guerre.

-Ce que vous avez vu ici n'en sort pas.

-Bien sûr, Votre Grâce.

Il fit une profonde révérence et elle crut un moment que son corps allait se briser avant qu'il ne se redresse et parte, refermant lentement la porte derrière lui. Elle aurait voulu lui demander où était Arya, comment elle allait, si les troupes de Daenerys étaient nombreuses, si il y avait assez de place pour abriter tous les hommes du Conflans, mais elle n'en avait pas le cœur. Son esprit restait épars, ne songeant qu'au passé, revenant parfois au présent lorsqu'un bruit se manifestait trop fort. Le jour passa rapidement. Elle était restée prostrée au bord de sa fenêtre, observant le ciel. Qu'il y avait-il à observer ? Rien. Mais peut-être avait-elle besoin de ce rien pour pouvoir continuer. Elle se demanda quelle fut la dernière pensée de Jon avant que son corps ne s'écrase au sol. Pensait-il à Daenerys et au sort qu'elle lui réserverait si elle le rencontrait ? Ou pensait-il à Arya, aux souvenirs du bon vieux temps, lorsqu'elle n'était encore que la pleurnicheuse qui ne pensait qu'à être reine, lui le bâtard de Winterfell et leur sœur une petite fille désobéissante qui voulait devenir chevalier. Elle avait l'impression qu'il s'était écoulé des décennies depuis ce temps-là.

Elle entendit toquer à la porte et sursauta. C'est alors qu'elle s'aperçut que la luminosité avait décliné : la pièce était beaucoup plus sombre.

-C'est ouvert, fit-elle, la voix si basse qu'elle se demanda si la personne derrière la porte l'avait entendue. Mais elle supposa que oui puisque cette-dernière s'ouvrit. Robert entra et referma derrière lui.

-Que fais-tu ici ?

-J'ai appris ce qui s'est passé. Je suis désolé.

-As-tu vu Arya ? se contenta-t-elle de répondre.

-Pas aujourd'hui, non.

Son regard était de nouveau plongé au-dehors, perdu. Elle n'avait pas besoin de compagnie. Elle n'en voulait pas. La solitude lui convenait très bien.

Elle l'entendit approcher. Elle ne chercha pas à savoir la distance qu'il y avait entre eux, et ne voulait pas la connaître.

-Je veux rester seule.

-Tu l'as été toute la journée.

Elle sentit sa main se poser sur le creux de sa hanche, avec toute la douceur dont elle le savait capable. Elle frissonna à ce contact. Elle n'était pas habituée à ce que quelqu'un la désire, l'aime, et elle ne voulait pas être déçue.

-Si tu veux une pute, il y a des d’excellents bordels dans la ville d'hiver.

-Si j'avais envie de pute, cela ferait longtemps que j'y serais allé, murmura-t-il au creux de son oreille, son souffle lui caressant sa peau.

Sa main quitta sa hanche pour se poser sur son ventre. Elle sentait à présent son corps si près d'elle, une chaleur qui la faisait frissonner, un contact qui lui faisait oublier, oublier ce qu'elle avait été, ce qu'elle était et ce qu'elle ne serait jamais, une odeur enivrante de bois frais, un souffle qui parcourait son corps, la faisait trembler.

-Tu as froid ?

Sa voix si douce, légère, semblait flotter dans l'air. Il est mon cousin.

-Je... Robert, je ne peux pas.

Elle se dégagea brusquement, et il ôta sa main. Là où une chaleur vivante s'était répandu un froid intense la recouvrait. La nuit était tombée. Une nuit glaciale. Comme moi. Elle était resté tout de même devant sa fenêtre, le corps de Robert presque collé à elle. Cette présence à la fois la rassurait mais la faisait souffrir. Elle ne savait ce qu'elle désirait, ce qu'elle voulait en ce moment même, elle ne savait rien, elle ne savait plus.

-Pourquoi ?

Sa voix sonnait à présent plus douloureuse, nouée. Elle le faisait souffrir et lui donnait de faux espoirs, tout cela par sa faute. Les gens souffraient toujours par sa faute.

-Pas maintenant.

-Alors quand ? Nous allons peut-être mourir Sansa.

Elle sursauta à l'appel de son nom. Cela faisait longtemps qu'elle ne l'avait pas entendu par quelqu'un d'autre que sa sœur.

-Tu es enchaînée à tes propres règles, ajouta-t-il, sa voix se réduisant à présent à un murmure qu'elle seule pouvait entendre. Et plus le temps passe, plus elles te font souffrir. Libère-toi-en. Tu es la reine, seule toi peux le faire.

-Robert, tu es mon cousin.

Elle se tourna vers lui, le visage le plus froid possible. Elle ne rencontra que douceur et chaleur.

-Je le sais. Mais je me fiche bien de ce que les autres pourront penser.

Il posa ses deux mains autour de son visage, tendrement. Sansa savoura un instant ce moment. Elle se sentait aimée, pour la première fois depuis longtemps. Mais il lui offrait un cadeau qu'elle ne pouvait accepter.

-Moi pas.

-Tu devrais penser à toi au lieu de penser aux autres. L'armée de Daenerys est à tes portes. Demain, ils attaqueront. Veux-tu passer ta dernière nuit à te morfondre sur tes erreurs et sur ton passé ? Ton passé n'aura rien de nouveau à te dire. Ne l'oublies pas, mais ne lui accordes pas trop d'importance non plus. Tu as vécu des choses horribles, qui t'ont fait grandir, souffrir. Ce soir, oublie-les. Ferme les yeux.

Elle voulut répliquer que c'était elle qui donnait les ordres, elle la reine. Mais elle ne voulait briser ce moment. Il avait certainement raison. C'était peut-être sa dernière nuit.

Elle obéit.

-A présent, laisse-toi aller. Tu n'as rien à craindre.

Il la porta jusqu'à son lit et l'allongea, doucement. Elle sentit ses lèvres toucher les siennes, une saveur exquise qui l'emporta dans les profondeurs de ses sens, ses mains parcourir son corps, lui ôter le tissu qui la séparait de lui, son corps plongeant dans le sien, ne faisant plus qu'un. Elle gémit, se cambra, mais la douceur de sa peau la détendit. Elle s’aventura dans les délices charnels inexploités, ceux qu'elle n'avait jamais connu.

Alors elle oublia.

Elle oublia la guerre, les dragons, les armées postées devant son château, les rumeurs, les douleurs. Elle s'abandonna à lui, lui donna tout ce qu'elle possédait.

Elle voulut que ce moment dura une éternité.

Pourtant, lorsqu'elle ouvrit de nouveau les yeux, le soleil s'était déjà levé.

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