Arya

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Lorsque sa sœur entra, elle était en train d'observer attentivement une broche en forme d'aigle, faite de fer poli.

-Pose ça, fit Sansa d'un ton sec, déposant sa pelisse sur une chaise en bois près de la cheminée qui ne servait pas à grand chose ces temps-ci. En effet, pour une raison qu'elle ignorait, Sansa n'allumait jamais le feu. Même si le froid se faisait moins violent, il continuait toujours de neiger au dehors et les températures restaient négatives.

-Qui te l'a offerte ?

-Tu pourrais ne serait-ce qu'enlever tes pieds de la table ?

En effet, par l'ennui de l'attendre, elle s'était installée dans une position qui sied mal à une Dame : avachie sur la chaise du bureau, les jambes levées adossées sur le plateau, la broche dans la main. Mais après tout, elle n'était pas une Dame, elle pouvait donc se le permettre.

-Tu n'as pas répondu à ma question.

-Tu n'as toujours pas enlevé tes pieds de là où ils ne devraient pas être.

Elle les ôta puis lui montra de nouveau la broche nichée au creux de sa main, un regard insistant posé sur Sansa.

-D'après toi, fit-elle d'un ton agacé. Il l'a juste oubliée ici.

-Juste oubliée ? Tu es sûre ?

Elle lui lança un regard noir.

-Ça ne te regarde pas. Tu devrais t'entraîner dehors à l'épée au lieu de rôder dans mon bureau.

-Je crois que je suis assez entraînée.

-Père nous a enseigné la modestie.

-Je suis déjà préparée. Je n'ai pas besoin de m’entraîner encore pendant des heures. Ce serait une perte de temps.

Elle se leva et Sansa en profita alors pour s'installer à sa place. Cette dernière se mit à sortir des papiers de ses tiroirs et à les trier, par grandeur certainement. Un geste qui ne servait pas à grand chose mais qui lui permettait du moins d'occuper le temps.

-J'ai entendu des rumeurs.

-Ils ne faut pas se fier aux rumeurs.

-Elles disent que tu es amoureuse de notre cher cousin.

Sa sœur s'arrêta tout d'un coup dans son action. Elle laissa passer quelques secondes, immobile, puis tourna le plus lentement possible son regard vers le sien.

-Où as-tu entendu cela ?

Sa voix était beaucoup plus froide et tranchante qu'il y avait quelques minutes. Elle aurait parié que son teint avait pâli.

-Dans le village. J'y traîne quand je trouve le temps long, alors je me suis rendue dans une auberge pour causer avec quelques hommes et j'ai entendu ceci. Une servante affirmait avoir vu depuis la petite cour sous ta fenêtre lord Arryn t'embrasser.

Cette fois-ci, le teint de Sansa devint aussi blafard que la neige qui tombait dehors. Elle se redressa raidement sur sa chaise et articula d'une voix basse :

-Ils oublieront cette histoire.

-N'en sois pas si sûre. Cette nouvelle est particulièrement intéressante, surtout pour les troubadours qui ne trouvent plus d'inspiration ces temps-ci. On avait déjà vu les Targaryen se marier entre frère et sœur, les Lannister baiser entre eux, mais pour les Stark, c'est tout nouveau.

Une grimace lui tordit le visage.

-C'est lui qui a insisté. Je me suis écartée.

-Mais tu l'as quand même laissé faire quelques secondes. Je ne suis pas là pour te sermonner, grande sœur. Après tout, ce ne sont pas mes affaires. Et puis, un peu de sexe avant une guerre, ça fait toujours du bien.

-Si tu crois que cette histoire va continuer plus loin, tu te trompes.

Ses joues avaient rougi, mais une expression de colère déformait son visage.

-Fais ce que tu veux, ça m'est égal. Mais veille à surveiller ta fenêtre. Au fait, l'armée de notre cher oncle a dépassé Fort-Terreur, ils seront là, au mieux, demain.

-Parfait. Combien d'hommes ?

-Cinquante mille, tout comme le Val. Ils ont avec eux leur propre ravitaillement.

Sansa inspira profondément, la colère laissant place à la satisfaction.

-Je n'imaginais pas qu'en gouvernant le Nord et en affrontant une reine dragon revenue d'entre les morts, je gagnerais le Val et le Conflans en si peu de temps.

-Ne te réjouis pas trop vite. Daenerys a un dragon. On sait toutes les deux comment a fini Cersei.

-Cersei avait exposé ses scorpions sur ses remparts. Elle en avait une centaine. Ils ont tous brûlé avant qu'une seule flèche n'ait pu atteindre le monstre. Mais ce ne sera pas mon cas.

-Tu n'as pas de scorpions. Comment...

-Si, j'en ai un.

Un sourire de satisfaction lui traversait son visage.

-Robert en a apporté un. Nous le cacherons sous les remparts. Et au moment venu, la flèche partira, atteindra le monstre, et elle se retrouvera alors en minorité devant nos troupes.

Au moment où Arya s'apprêtait à répondre, un rugissement retentit et traversa son corps entier en laissant derrière lui des frissons. La jeune fille connaissait ce cri, mais Sansa le connaissait encore mieux. Une expression d'horreur s'était figée sur son visage, son corps s'immobilisa telle une statue. Arya ne l'avait jamais vue ainsi. C'était comme si elle venait d'apercevoir un spectre traverser la fenêtre.

-Ce n'est pas possible, murmura Sansa, la voix basse presque tremblante. Elle est censée être à Port-Réal, elle...

-Il faut croire qu'elle a de l'avance.

Lentement, sa sœur se leva. Elles sortirent toutes deux de la pièce, sans un mot. Elles pouvaient entendre de l'intérieur les cris s'élever d'entre les murailles, les soldats hurler des ordres. Le chaos avait recouvert Winterfell en à peine quelques secondes. Elles sortirent ensemble dans la cour principale et montèrent sur les remparts. En chemin, des soldats Arryn et Stark couraient et se plaçaient, les archers déposant leurs flèches à leur pieds. Lorsqu'elles arrivèrent au dessus de la porte principale, Robert les attendait déjà, le visage préoccupé, entouré de gardes. Elle vit alors, déposé sur la neige, le dragon qu'elle avait essayé d'oublier et sa maîtresse, ses cheveux argentés volant au vent. Elle était seule. Aucun soldat ne l'entourait, aucun banneret n'était placé à ses côtés. Il n'y avait que son dragon et elle. Après quelques minutes, trop longues à son goût, le silence se posa sur le château et la ville d'hiver comme un monstre tentant de tous les rendre fou. La populace s'était enfermée dans leurs maisons. Seuls les poules et les limiers demeuraient dehors. Certains seigneurs étaient rentrés à l’intérieur du château, d'autres étaient restés aux côtés de leurs hommes, sur les murailles, prêts à attaquer. Arya comprit alors ce qu'elle devait faire. Avec un seul dragon à ses côté, la Targaryenne n'était pas là pour faire la guerre, mais pour la déclarer.

-Je descends.

-Tu es folle ? S'exclama sa sœur. Elle est capable de demander à son dragon de te brûler et...

-Elle est là pour parler.

-Tu ne descends pas.

-Je n'ai pas besoin de ton autorisation.

-Je suis ta reine et je t'ordonne de ne pas...

Elle n'entendit pas la fin de la phrase. Elle avait déjà atteint la porte centrale qu'elle entendit sa sœur hurler son nom, mais elle l'ignora. Alors qu'elle traversait le village, elle sentit des regards terrorisés converger sur elle. De longues minutes passèrent avant qu'elle arrive enfin face à Daenerys, plusieurs pieds les séparant.

-Que faites vous ici ? demanda-t-elle, d'une voix posée.

-Je suis venue négocier.

Elle se rappelait trop bien de sa voix, si fraîche et cristalline. Ce qu'elle n'est point.

-Ma sœur ne vous cédera pas sa couronne. Le Nord lui appartient.

-Si elle refuse, il y aura des morts.

C'est le principe d'une guerre,voulut-elle répondre, mais elle s'en abstint.

-Vous n'êtes pas obligée de faire ceci. De tous les rois Targaryen qui ont régné sur Westeros, seuls deux sont venus jusqu'ici. Le Nord a toujours été considéré comme à part.

-Je veux gouverner sur les Sept Royaumes, et pas un de moins.

-Alors vous n'en gouvernerez aucun.

La colère transforma le visage angélique de la jeune reine.

-Je vous propose une paix, vous choisissez la guerre.

-C'est vous qui déclenchez une guerre partout où vous vous rendez. Westeros était en paix sous le règne de notre frère. Cette paix que vous n'avez jamais réussi à instaurer.

-Rendez-vous, et il y aura la paix.

-Joffrey Baratheon a tué notre père. Il est mort. Lord Walder Frey a assassiné notre mère et notre frère, Robb Stark. Il est mort. Lord Bolton a assassiné notre petit frère, Rickon Stark et a violé ma sœur. Il est mort. Vous avez tué notre frère, Brandon Stark. Et vous mourrez. Le Nord se souvient, Daenerys. Il serait temps que vous l'appreniez.

Elle n'attendit pas de réponse. Elle se retourna sans même lui adresser un dernier regard. Tandis qu'elle marchait, elle entendit le dragon rugir. Le bruit lui traversa le corps et résonna à travers les plaines qui encerclaient Winterfell.

La guerre était déclarée.






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