Sansa

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Elle leva les yeux vers le visage gravé dans l'énorme tronc gris. Les fentes de ses yeux rouges et sa bouche sanglante semblaient la dévisager. Bran passait ses journées ici. Elle n'avait jamais su ce qu'il y faisait. Prier ? Elle en doutait. Peut-être voyageait-il à travers les terres, peut-être observait-il les rois se recueillir, à travers l'histoire. Elle ne le saurait jamais.

Elle ferma les yeux. Elle n'avait pas prié depuis longtemps. Une douce brise lui caressa le visage. Elle se rappela du contact des mains de Robert sur ses joues. Elles étaient si douces.

-Je ne savais pas que tu priais encore.

Elle lâcha un hoquet de surprise.

-Si tu pouvais arrêter de faire ça, cela pourrait m'arranger.

Elle l'entendit lâcher un petit rire.

-J'ai vu tellement de dieux à Braavos que maintenant, je me dis que s'il n'y avait qu'un dieu, nous aurions tous le même.

-Je ne prie plus depuis longtemps.

-Pourquoi ? Tu ne faisais que cela lorsque tu étais petite.

-Lorsque j'étais petite, je priais pour être autre part. Je ne me rendais pas compte de ce que j'avais. A Port-Réal, je me rendais tous les jours dans le bois sacré. C'était le seul endroit où ils me laissaient en paix. Je me suis mariée la première fois devant les Sept Dieux, la deuxième devant l'Arbre-Coeur. Quelles que soient les divinités qui puissent exister, ils ne m'ont jamais accordé miséricorde. J'ai fini par croire qu'il n'y en avait pas.

Après quelques minutes de silence, Arya reprit la parole.

-L'armée de Daenerys se dirige vers le Nord.

-Déjà ?

-Il faut croire qu'elle n'aime pas attendre.

-Nous avons vaincu les morts. Nous vaincrons un dragon.

-Nous ne pourrons pas. Pas en l'affrontant de face.

-Nous ne pouvons faire autrement.

Elle sentit le regard insistant de sa sœur sur elle. Elle se tourna pour la regarder.

-Sansa, j'étais là lorsqu'elle a brûlé Port-Réal. Le feu de Drogon ne laissait rien derrière lui. Rien que des cendres et des corps calcinés.

-La pierre ne brûle pas.

-Harren le Noir disait de même. Regarde à quoi ressemble Harrenhal à présent.

Elle s'approcha plus près et reprit :

-Tu es rusée. Ne l'affronte pas de face. Attaque-la par derrière.

Elle s'éloigna. Au moment où elle allait la perdre de vue, elle l'appela. Cette dernière se retourna.

-Et si nous perdons ? Si elle brûle Winterfell, qu'elle s'empare du Nord et qu'elle me tue, qu'adviendra-t-il de toi ?

-Il ne t'arrivera rien. J'ai promis de te protéger, et je le ferai.

-Personne n'a jamais su me protéger.

-Alors je serai la première.

-Je ne veux pas te voir mourir. Pas maintenant. Pas après tout ce qui s'est passé.

-Tu sais très bien que c'est inévitable.Dans la guerre, seule la mort est gagnante.

Lorsque Sansa entra dans la pièce il y faisait froid. Et pour cause: le feu s'était éteint . Il l'est depuis un bon bout de temps déjà. Elle n'aimait pas les brasiers. Cela lui faisait penser au sort qu'allait subir Winterfell. Elle avait froid, mais peu lui importait. La mort était plus glaciale encore.

Des tas de parchemins s'entassaient sur son bureau. Des lettres, des messages, toutes sortes de documents que Sansa n'avait aucune envie de lire. Elle posa sa pelisse sur le dossier de sa chaise et gagna la fenêtre où elle observa la cour. Des servantes riaient avec les marchands. Des gamins couraient entre leurs jambes. Parfois, elles voulaient faire partie de l'une d'entre elles. Aucune raison de se préoccuper des affaires du royaume, des guerres, des provisions, des alliances. Pouvoir faire des choses sans être jugée. Elle rêvait d'une vie sans embarras.

Quelqu'un frappa à la porte.

-C'est ouvert.

Robert entra. Il s'était revêtu d'une pelisse plus chaude que Sansa lui avait fait déposer dans ses appartements.

-Votre Majesté.

-Je crois que les formules de politesses sont terminées, Messire. Vous êtes mon cousin.

-Il est vrai. Alors permettez-moi de vous tutoyer.

Elle ne put s'empêcher d'esquisser un sourire. Lorsqu'il était là, elle avait l'impression que tous ses problèmes disparaissaient. Il la rendait heureuse, et elle aimait cela.

-Resteras-tu ? Si on gagne, resteras-tu avec moi ?

-Encore faut-il gagner.

-Imaginons que nous gagnions.

Il s'avança d'un peu plus près.

-Ce que ma reine m'ordonne, je fais.

-Je ne suis pas ta reine.

-Tu l'es.

Il s'était avancé à présent. Il se trouvait seulement à quelques centimètres d'elle. Elle se souvint du contact de sa peau sur la sienne. C'était si doux.

-Je suis la reine du Nord. Pas de l'Est, murmura-t-elle.

-Tu le seras si je le souhaite.

Son visage était à présent près du sien. Son odeur sentait le feu de bois et la chaleur, tout ce qu'elle ne possédait pas. Il posa ses mains autour de son visage. Elle sentit son souffle caresser sa peau, son odeur grisante émaner de son corps. Elle ferma les yeux, se laissa faire, se glissant dans cette sensation dont elle ne voulait se défaire, ce bonheur qu'elle n'avait jamais vraiment connu. Elle sentit ses lèvres toucher les siennes. Elle s'ouvrit à lui, se laissa emporter. Elle ne pouvait se défaire de cette sensation, de cette envie qui la prenait et la saisissait. Les battements de son coeur s'accélérèrent, la chaleur de son corps augmenta. Leurs langues se touchèrent, une émotion forte s'introduisit en elle. Son corps s'était inévitablement collé au sien. Ses mains parcoururent les muscles de son dos, son odeur s'inséra en elle, elle ne pensait plus qu'à lui, à leurs âmes fusionnant, à cette chaleur qui émanait d'elle, cette sensation exquise nouvelle, qu'elle ne connaissait pas et qui s'introduisait en elle. Il est mon cousin.

Soudain, elle se détacha avec brusquerie, perdant cette chaleur qu'elle avait découvert. Il la fixa avec un regard d’incompréhension. Elle avait tout perdu. Comme si la violence de la vie, ce froid qui la maintenait vivante étaient revenus, avec brusquerie.

-On... on ne peut pas. Nous sommes cousins et...

-Et alors ? Je t'aime Sansa, et rien ne pourra me faire changer d'avis.

-Je... je ne suis pas sûre Robert.

-Je t'en prie..

Il posa sa main sur sa joue mais elle la repoussa.

-J'ai dit non. N'insiste pas.

Elle détourna son regard sur la cour. Ou peut-être regardait-elle le vide.

-Tu es esclave de tes propres règles.

-Tu devrais partir.

-Si je meurs, tu le regretteras.

-Tu ne mourras pas.

-Cela, tu ne le sais pas.

-Si je suis ta reine, alors obéis moi. Partez, Messire.

Il n'insista pas plus. Il sortit dans un silence qui emplit Sansa de tristesse. Elle avait mal.

De toutes les douleurs qu'elle avait ressenties, celle-ci était la pire.

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