Robert

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Cela faisait des heures qu'il marchait avec son armée. Il n'y avait rien autour de lui, que des étendues de neiges à pertes de vue et des montagnes, rétrécies par la distance. Le vent du Nord qui fouettait ses étendards s'attaquait aussi à sa peau et le faisait grelotter. Malgré sa toute nouvelle pelisse de fourrure de lapin, le seigneur du Val avait froid. Je ne suis pas le seul. Ses seigneurs, à l'arrière, se blottissaient du mieux qu'ils pouvaient dans leur manteau ou leur cape. Une vapeur s'élevait de chaque soldat qui marchait dans cette atmosphère figée par le froid

Vingt jours qu'ils chevauchaient vers le Nord. Vingt jours, chacun pire que le précédent. Les premiers temps étaient les plus doux, lorsqu'ils descendaient les montagnes du Val, déjà prises par endroit entre la glace. Puis le vent commença à frapper, un vent gelé qui rendait les bêtes malades. Plus ils avançaient, plus la marche se faisait difficile. La neige s'était épaissie, les vents et les tempêtes se levaient plus souvent. Certains hommes étaient tombés dans des ruisseaux pris sous une glace fine et étaient morts, par le froid qui sévissait. Les feux qu'ils allumaient la nuit s'éteignaient quelques heures après. Ses hommes étaient épuisés. Et moi qui croyait connaître le froid dans le Val.

A ses côtés chevauchait Lord Royce, vêtu de son incroyable armure argentée recouverte d'une pelisse de zibeline. Ses favoris avaient poussé depuis qu'il était revenu du Nord mais son caractère restait le même à la grande exaspération de Robert. Il n'était pas bien bavard et ne goûtait point aux plaisirs de l'humour. Il a fini par ressembler aux Stark à force de les côtoyer. Et si je reste trop longtemps là-bas, je risque de finir de même. A l'arrière montaient Lord Belmore, Lord Grafton, Lord Cobray, et Lord Vanbois tous aussi vieux que l'était son père à sa mort. Déjà que je trouvais le Nord ennuyeux, mais avec cette compagnie, je risque plus de mourir de folie que de froid. Il allait entamer la conversation avec lord Royce quand il entendit des cris, plus loin devant

-Gardez les rangs! Laissez passer!-. Il comprit vite pourquoi.

Devant ses yeux s'étendait Winterfell. Ce château couvrait des hectares dans sa superficie. Ses murs intérieurs étaient hauts d'au moins cent pieds, les murs extérieurs de quatre-vingts. La bâtisse abritait, en son intérieur, plusieurs tours, rondes ou carrées, plus grandes les unes que les autres, et un bois sacré, dont on apercevait déjà le feuillage bistré de l'arbre-coeur. Il n'en avait jamais vu. Aucun barral n'avait réussi à prendre racine dans les Eyriés. Ils l'avaient remplacé par des pins.

-La légende dit que Brandon le Bâtisseur érigea Winterfell après l'hiver long d'une génération qu'on nomme la Longue Nuit, pour devenir la forteresse de ses descendants, les rois de l'Hiver, commenta lord Royce.

-Ils auraient pu choisir un endroit plus chaud.

-Les Stark ne sont pas frileux.

Devant l'énorme construction, la Ville d'Hiver paraissait immobilisée sous la neige. Lorsqu'ils s'avancèrent sur la route principale qui donnait sur l'entrée du château, plusieurs Nordiens sortirent de chez eux, curieux. Les regards qu'ils recevaient n'étaient en aucun point bienveillants, mais plutôt mauvais et noirs.

-Qu'ont-ils tous à me regarder comme si j'étais leur bourreau ?

-Les Nordiens n'aiment pas les étrangers. Ils ont encore en mémoire l'arrivée de Daenerys et de ses dragons.

-Je n'ai pas de dragons. Ils n'ont pas à avoir peur.

-Mais vous avez une armée de cinquante mille hommes. Lorsque vous êtes paysans, que vous ne connaissez rien des conflits politiques, voir une aussi grande armée peut faire peur.

Lorsqu'ils arrivèrent sous l'énorme porte en fer, il aperçut la bannière Stark flotter contre les murs, battant contre les pierres sous la force du vent.

-Le gouverneur de l'Est et ses seigneurs ! Cria une voix.

Dans la cour qui les attendait, il aperçut Sansa, une couronne d'argent sur sa tête. Toujours aussi belle. Une jeune fille se tenait à ses côtés, une main sur le pommeau d'une épée. Probablement Arya, sa soeur. Ses seigneurs étaient debout derrière elle. Il descendit de son cheval et se dirigea vers la reine, qui l'accueillit à bras ouvert. Il l'enlaça puis lorsqu'il se détacha, elle annonça :

-Bienvenue à Winterfell, messire.

-Merci de nous accueillir dans votre majestueuse demeure, Altesse.

Elle esquissa un sourire.

-Lord Arryn, je vous présente ma sœur, Arya.

-Madame, fit-il en lui baisant la main.

Lord Royce le rejoignit à ses côtés.

-Votre Majesté. C'est toujours un plaisir de revenir dans le Nord.

-Vous et vos hommes serez à l'abri derrière nos remparts. Vous pouvez y rester le temps qu'il vous plaira. Les tempêtes n'ont pas du trop vous gêner, l'hiver se fait doux ces temps-ci.

Elle appelle cela doux.

-Nous avons perdu quelques hommes et plusieurs bêtes, mais rien de très... contraignant.

-Vous avez de la chance d'avoir pu arriver jusqu'ici. D'ordinaire, les neiges bloquent les routes et emprisonnent les camps.

-Il faut croire que les dieux sont avec nous. Pourvu qu'ils persistent.

La Grande Salle était beaucoup plus chaude, illuminée par le grand feu de cheminée placée à l'arrière des sièges royaux. Derrière une longue table de bois sombre et ancien, étaient placés le trône des Stark, sur lequel s'installa la Reine du Nord. A ses côtés était positionnée une chaise décorée de l'emblème Arryn. Il s'aperçut alors que c'était la place la plus exposée à la chaleur. Ses seigneurs et ceux du Nord s'installèrent sur des bancs de chaque côté de la salle.

-Nous sommes heureux d'accueillir le Val entre nos murs. Vous et vos hommes y êtes les bienvenus. Notre armée, rassemblée, compte à présent près de dix milles hommes, bien plus que n'en aura jamais Daenerys Targaryen. J'ai demandé à tous mes bannerets et leurs armées de se replier sur Winterfell. Lord Glover.

L'interpellé se leva et s'inclina.

-Comment puis-je aider Sa Majesté ?

-Vous êtes venu avec vos bannières et quelques loyaux nobles de votre maison. Mais où sont vos troupes ?

-Moat-Coallin est fragile Altesse. Nous devions garder la forteresse. Nous possédons que très peu d'hommes et...

-Moat-Coallin comporte autant d'hommes qu'en ont la maison Manderly et Karstark réunies. Quelles niaiseries comptez-vous me faire encore avaler ?

-Nous en avons perdu lors des batailles et...

-Quelles batailles ? Vous êtes restez chez vous tandis que les marcheurs blancs massacraient nos armées.

-J'avais juré d'obéir au Roi du Nord. Pas à une inconnue venue du Sud.

-Et il n'y a pas si longtemps que cela, vous avez juré loyauté et obéissance à la Reine du Nord qui se trouve devant vous. J'ai demandé des hommes, mais n'en vois aucun. Si vous n'êtes pas capable de ramener vos troupes, alors vous ne pouvez remplir vos devoirs de seigneurs. Je crois que vous avez un frère qui serait ravi de siéger à votre place.

Il grimaça.

-Vous aurez vos hommes au plus vite, Votre Majesté. Navré pour ce dérangement.

Il s'inclina et partit à grands pas.

-Mestre Duwin, combien de temps pouvons-nous tenir avec nos provisions ?

-Deux ans Votre Majesté. En ajoutant les vivres de lord Arryn, nous pourrons tenir plus de quatre ans, si rien n’entraîne la perte de nos réserves.

-Parfait.

Elle se leva.

-Le conseil est terminé. Si de nouveaux messages nous arrivent, je vous le ferai savoir au plus vite.

Elle se dirigea vers la porte et partit, suivie de sa sœur. A vrai dire, Robert ne savait point quoi faire. Il ne connaissait en rien le château.

-Lord Royce! L'interpella-t-il alors qu'il s'apprêtait à sortir de la salle.

-Mon seigneur.

-Vous connaissez Winterfell. Je...

-La Reine vous attend, mon seigneur.

-Comment...

-Lady Arya vous attend derrière cette porte.

Comment sait-il tout cela, maugréa-t-il. Mais à peine ouvrit-il la bouche pour répliquer que lord Royce avait déjà tourné les talons.

Lorsqu'il ouvrit la porte, Arya Stark était là, comme prévu. Elle monta un escalier en pierre et il la suivit.

-Le château est grand messire, on peut s'y perdre facilement. Mais je pense que d'ici-là, vous apprendrez à le connaître.

-Il fait froid ici.

-Tout le monde finit par s'y faire. Sa Majesté a choisi les appartements les plus chauds pour vous. J'espère que vous vous y plairez.

Elle s'arrêta devant une porte.

-Elle vous attend.

Il ouvrit la porte et trouva Sansa debout, regardant par une grande fenêtre qui donnait sur une grande cour. La pièce possédait une cheminée, mais aucun feu n'y brûlait. Elle est folle ma parole.

-Votre Majesté.

-Lorsque nous nous sommes vus pour la dernière fois, vous n'étiez qu'un gamin capricieux lové entre les jupes de votre mère.

-Il est vrai. J'avais écrasé votre château de neige. Vous m'aviez giflé.

Elle esquissa un sourire.

-Vous l'aviez mérité.

-Vous vous êtes embellie, madame. Je n'ai jamais vu reine aussi belle.

-Pourquoi voulez vous vous battre pour une cause qui n'est pas la vôtre ?

-Elle l'est. Avant de prendre Winterfell, Daenerys prendra les Eyriés. Je sais que mon armée seule ne peut se battre contre des milliers d'immaculés et un dragon. Alors autant joindre nos armées. Ensemble, nous serons plus forts.

-Cersei avait une aussi grand armée qu'elle. Elle les a tous massacrés.

-Nous ferons autrement.

-Comment ?

Elle le regardait à présent, de ses yeux verts profonds. Ils brillaient.

-Je ne veux pas voir Winterfell brûler. Je ne veux pas voir mes hommes massacrés. Je ne veux pas entendre des cris de terreur. Mon devoir est de les protéger et... je n'en serais même pas capable...

Il s'approcha alors et posa ses deux mains sur ses joues. Comme sa peau est douce.

-Je vous ai connu autrefois plus courageuse. Vous êtes Sansa Stark de Winterfell, et vous détruirez Daenerys. Le Nord entier est à vos pieds. Ils se battront jusqu'à la mort pour vous. Vous possédez une plus grande armée qu'elle. De plus loyaux seigneurs. Votre peuple vous aime. Vous dirigez d'une main de fer le nord, mais vous êtes aimée. Ce que Daenerys n'est pas. Soyez plus maligne qu'elle. Vous l'avez toujours été. Montrez lui qui est la Reine du Nord.

Elle posa sa main sur la sienne. Il y eut un bref silence avant qu'il ne rajoute:

-Si je ne croyais pas en vous, je ne serais pas venu jusqu'ici.

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