La maison de terre

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Melody avait posé le lourd sac des vampires et tracé un très grand carré. Au sol, elle dessina plusieurs espaces. Même si Josh la pressait, elle prit soin de différencier une pièce pour la cuisine, deux chambres, une salle de bain et un salon.

Mary sortit d’une besace deux très longues capes faites de lin nervuré d’iris. Elle passa la sienne et jeta la seconde à son compagnon. Le soleil commençait à les incommoder.

« Dépêche-toi… siffla Mary. Je n’aime pas passer toute la journée là-dessous… »

La gamine ne les écoutait pas. Ils lui avaient donné un défi de taille : creuser une maison. Elle dessina le symbole d’Uruz sur chaque angle.

Il s’écoula une bonne demi-heure et le soleil achevait de s’extraire de l’horizon lorsqu’elle termina ses préparatifs. C’était prêt ! Josh et Mary attendaient, assis un peu plus loin. Ils veillaient à n’exposer aucune partie de leur corps au jour. Les capes des deux vampires scintillaient pour repousser la lumière.

« J’y vais ! » souffla l’enfant.

Elle arma son concentrateur et s’agenouilla à l’extérieur du futur nid de terre. La main sur le médaillon, le médaillon sur une rune, elle récita une courte formule de construction. Ce n’étaient pas les mots qui étaient importants, mais leur musicalité et la façon dont ils résonnaient avec sa magie.

Le terrain trembla et commença à se creuser. Melody s’affaissa légèrement, mais tint bon. Les deux créatures la fixaient. Jamais ils n’auraient imaginé que la petite se mettrait réellement à la tâche ni qu’elle y parviendrait. Concentrée, elle ne faisait pas attention à ce qu’ils disaient.

Ils disposaient à présent d’un trou de deux mètres de fond, partagé en cinq pièces, avec un joli escalier pour y descendre. Les murs étaient épais, solides. La terre ne s’était pas retirée, Melody l’avait compressée, au sol et sur les côtés.

La petite sorcière se releva et frappa dans ses mains.

« J’ai réussi !

— Il n’y a pas de toit.

— Attends… »

Elle se pencha au bord du trou et inclina les angles droits qui formaient les murs pour les faire se rejoindre en de petits dômes bruns, bien lisses et bien solides. Même s’il valait mieux ne pas trop marcher dessus quand même. Mary se rua à l’intérieur. Elle vérifia les plafonds avant d’ôter sa cape.

« Parfait. À tout à l’heure. On repart au coucher du soleil. »

Josh dévala l’escalier et baissa sa capuche. Il émit un grondement appréciateur. Sa compagne était déjà dans leur chambre.

« J’ai pas fait les lits… s’excusa la petite en le rejoignant dans le hall d’entrée.

— Ça ira très bien. Pas besoin d’un lit. À tout à l’heure. Dors, on marchera plus vite.

— J’ai oublié le sac dehors ! »

Melody remonta et attrapa le bagage. Elle s’arrêta net. Le soleil s’était levé sur la campagne, mais, trop concentrée sur sa construction, elle ne l’avait pas vu. Le paysage qu’elle découvrit la laissa bouche bée, fascinée, émerveillée.

Ils avaient vraiment beaucoup marché durant nuit. Elle distinguait, au loin, les nuages noirs qu’elle avait connus toute sa vie. Ils prenaient fin à la frontière où elle avait abandonné la pluie. Ici, le ciel était bleu. Comme dans ses livres. Il n’y avait pas que du gris et de la boue à perte de vue. À la place, une flore verte, magnifique, encore très proche du sol, prenait à cœur la reconquête des terres.

La gamine s’assit en haut de l’escalier et se mit à pleurer. C’était beau.

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