Les vampires

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Il pleuvait toujours et il faisait nuit. Melody pleurait à chaudes larmes, mais elle continuait d’avancer. Maintenant qu’elle était partie, le petit confort de sa table lui manquait. Elle n’avait pas froid, car son sortilège la protégeait aussi contre cette morsure-là, mais le noir absolu dans lequel elle évoluait la terrorisait.

Heureusement, depuis un mois maintenant, ses parents lui avaient offert son concentrateur à elle. Un médaillon, un très vieux bijou qui appartenait à son arrière-arrière-grand-mère. L’artefact, fait d’or et d’iris, avait été fabriqué à la main par son ancêtre.

Il était grossier dans ses formes, mais superbe dans ses détails. Chaque génération l’améliorait en gravant de nouveaux enchantements sur l’arme. L’iris était un peu terni, mais il véhiculait la magie à merveille. Melody ignorait la valeur de l’objet. Elle savait seulement qu’il était unique et spécial. Ceux de ses amis n’étaient pas aussi doux, aussi chauds, au contact de sa peau. Celui-ci lui semblait lié à elle et elle s’y accrochait avec d’autant plus de force.

Grâce à l’artefact, elle avait généré un charme lumineux. À l’école de sa mère, les enfants s’aidaient de runes, de papiers et de crayons pour jeter des sorts. Là, elle l’avait lancé comme une grande. Un halo rosé flottait au-dessus d’elle et éclairait à dix pas. Elle ne pouvait pas faire mieux. L’enchantement tressautait, parfois, quand les sanglots de Melody la secouaient trop fort. Elle se taisait alors en se mordant la lèvre, sans oser respirer, comme si son souffle pouvait balayer la sphère de couleur.

D’un coup, la pluie cessa. Melody stoppa net et se retourna. D’où elle venait, il pleuvait toujours. La séparation était évidente. Devant elle, il pleuvait. Là où elle était, il ne pleuvait plus. Ce n’était pas comme ça d’habitude. D’ordinaire, l’averse se levait progressivement.

L’enfant se demanda si elle devait arrêter le sort-rempart, mais, même si elle était fatiguée, elle décida que non. Elle craignait que l’eau se remît à tomber sur elle alors que sa protection ne fonctionnait plus.

Est-ce qu’elle pouvait se reposer ici ? Sa mère lui disait qu’elle ne pouvait pas utiliser la magie en dormant… mais elle lui avait aussi assuré qu’elle était trop jeune pour créer un sort-rempart contre l’acide… Sa mère n’avait pas toujours raison.

La gamine s’éloigna un peu de l’averse qui ne voulait pas, même au sol, attaquer cette partie du paysage. La terre y était sèche et quelque chose s’enroulait autour de ses pieds, comme une caresse. Elle se pencha et constata, étonnée, qu’il s’agissait d’une petite pousse. Ce devait être du lierre. Elle n’en avait jamais vu ailleurs que sur les murs de sa maison et dans les grottes des loups-garous.

Pourtant, rien ne pouvait se développer ici. Avec la pluie, tout était brûlé. Peut-être que c’était une plante miraculeuse ? Peut-être qu’elle n’aurait pas dû la voir ?

Elle s’écarta tout en douceur et prit ses distances, loin de la pluie, loin du lierre. Elle recula sur quelques mètres avant de percuter quelque chose.

« Je t’avais bien dit qu’il y avait de la lumière ! »

Melody sursauta et tenta de se dégager. Une main ferme et glacée se referma sur son bras. Elle sentait, à travers son sortilège et sous ses vêtements, le froid lugubre de la femme qu’elle eut bientôt sous les yeux. La gamine, terrorisée, découvrit un visage livide, encadré de longs cheveux noirs et tachés de sang. Du sang encore chaud, elle en était certaine. La petite hurla et l’autre la bâillonna, ses doigts sur sa bouche et son menton.

« Hé ! Du calme ! Je ne mords pas… »

Deux longues canines se dévoilèrent pour sourire à cette plaisanterie. Deux dents à l’extrémité rouge. La langue de la vampire passa doucement sur ses crocs pour les nettoyer. Elle gronda d’amusement quand, dans le noir, la voix de son compagnon répondit :

« Disons plutôt que nous avons déjà mangé… »

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Le réveil avait été douloureux et le pire avait été ta première gorgée de sang prise sur une humaine consentante. Tu aurais voulus mourir sur le coup, préférant la mort au statut de prédateur que tu étais devenu. Car si devenir son calice, évoluait parmi eux et être à elle pour toujours ne te dérangeait pas. L’idée de devenir l’un d’eux t’avait toujours rebuté et pourtant tu l’étais devenu. Tu te souviens encore de l’avoir implorée de laisser le soleil te prendre, te consumer en cendre et du regard qu’elle t’avait lancés. Cela t’avait fait l’effet d’un électrochoc, elle était prête à te laisser faire cette chose horrible en sachant que cela détruirait et qu’elle devrait rester pour donner un héritier à son peuple. Alors, tu avais pris sur toi, tu avais accepté cette condition pour elle. Parce que cela avait toujours été elle et que cela ne changerais pas. Tu as appris à contrôler tes nouveaux dons et tes nouvelles pulsions pour ne pas mettre en danger le secret de son...votre peuple. Tu restes humain, celui que tu étais avant mais juste tu ressens avec plus d’intensité et cela te bouleverse toujours. Humain, tu pensais être celui qui l’aimait le plus mais c’était faux, c’était elle et c’est encore elle, prête à tout pour toi. Tu ne renonceras pas à cette vie mais tu respecteras les humains à qui tu prends du sang et si l’un d’eux devient ton calice, tu te comporteras comme elle se comportait et se comporte encore. Tu ne veux pas perdre l’étincelle d’humanité en toi, devenir un monstre comme certains d’entre eux. Tu crois en la coexistence et tu feras tout pour qu’elle perdure.
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