Le Lapin

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Un halo rose les devançait, comme la veille. Il faisait passer leur chemin du retour de l’ombre à la lumière, au fil de leurs pas. Les vampires parlaient entre eux, mais ils avançaient au rythme de Melody. La gamine ne prêtait plus attention qu’à son nouvel ami qui se lovait contre elle. Elle le nomma Perle, parce que sa fourrure avait la couleur d’une perle blanche.

Perle était une petite lapine toute jeune, mais déjà dodue. Melody se demanda comment elle avait pu survivre sur ces terres avant l’arrêt de la pluie. L’enfant inventa près de quatre histoires différentes, toutes plus farfelues les unes que les autres. Quand elle entama la cinquième, en chantant cette fois, Mary grogna :

« On a compris l’idée. Tais-toi. »

Melody pinça les lèvres et cessa de parler, le nez dans les poils de sa nouvelle amie.

Ils regagnèrent la maison de terre. De l’extérieur, seuls les dômes bruns dépassaient du sol, d’une cinquantaine de centimètres. Dans la nuit, même avec son sort de lumière, Melody aurait pu les manquer. Mais les vampires y voyaient très bien. Josh posa sa main sur son épaule et la guida jusqu’au bas de l’escalier, puis dans sa chambre. Elle se hissa sur son matelas de bulles roses et s’y blottit. Le lapin ne l’avait pas quittée. Elle eut juste le temps d’entendre les quelques mots des deux créatures au-dessus d’elle, avant de s’endormir :

« C’est incroyable… Le lapin reste avec elle.

— C’est parfait. »

*

La fillette se réveilla d’elle-même au petit matin. Perle gémit puis s’étira contre elle, sans s’écarter.

Melody la prit dans ses bras, se leva et se rendit au salon. La lumière qui passait par l’escalier tissait de pénombre l’intérieur de la maison. C’était assez pour distinguer les choses, mais pas suffisant pour incommoder les vampires. Les créatures jouaient aux cartes, assises sur deux larges rochers qu’elles avaient dû charrier jusque-là.

« J’ai cru que tu ne te lèverais jamais, pesta Mary.

— J’ai bien dormi », répondit l’enfant en bâillant.

Josh émit un son grave, du fond de la poitrine. Ils avaient l’air à cran.

« Quelque chose ne va pas ?

— C’est toi qui as gardé le lapin.

— Perle, corrigea-t-elle. Oui. C’est grave ?

— C’était notre repas. »

Melody sursauta. Non ! Ils ne pouvaient pas manger Perle !

« Mais non ! C’est horrible !

— Et qu’est-ce que tu veux que l’on mange ? On se nourrit de sang ! On en a besoin pour vivre !

— Vous lui en prenez un tout petit peu et après vous me la rendez ?

— Non. Ça va le tuer.

— Déjà, Perle est une fille. Ensuite… Je ne veux pas qu’elle meure, moi… »

Elle se mit à sangloter en serrant la lapine dans ses bras. Elle recula de quelques pas. Mary gronda et se redressa, les dents découvertes. Josh fit un geste pour l’apaiser, une main sur son épaule qu’elle dégagea d’un mouvement violent.

« Si on ne mange pas, on va finir par te sauter dessus et boire ton sang », expliqua-t-il à mi-voix, alors que sa compagne marchait au fond de la pièce, comme un fauve.

Melody se détourna et s’enfuit vers sa chambre. Elle s’arrêta avant de l’atteindre et revint lentement sur ses pas. Dans le salon, Mary avait plaqué Josh contre le mur et marmonnait dans leur langue, violente. Une rumeur sourde, animale, dans laquelle l’enfant ne distinguait aucun mot.

« Si vous buvez mon sang, vous me tuez ? » demanda la gamine d’une toute petite voix.

Les créatures s’écartèrent vivement l’une de l’autre et Mary recommença son manège.

« Un humain a assez de sang pour que l’on puisse boire tous les deux sans le tuer, répondit Josh, à mi-voix.

— Et un sorcier ?

— C’est pareil pour nous. »

Melody passa la porte, hésitante.

« Vous n’allez pas me transformer en vampire, si vous le faites ?

— Non. Si on te change en vampire, on ne pourra plus boire ton sang. Peut-être plus tard, si tu le veux.

— Pourquoi je voudrais être un vampire ?

— Parce que j’ai plus de trois cents ans et que je ne suis pas près de mourir. »

Josh ne souriait pas. Il avait le regard posé sur le lapin qui se cachait dans le cou de Melody. Mary s’était glissée dans l’encadrement de la porte, derrière elle.

« Qu’est-ce qu’il va se passer, si vous me prenez du sang ?

— La première fois que l’un de nous deux te mordra, tu vas avoir envie de rire et te sentir très bien sans pouvoir bouger. On ne te prendra qu’une quantité de sang sans conséquence pour toi. Mais on en aura besoin régulièrement. Une fois le matin, une fois le soir.

— Pourquoi je vais me sentir bien ?

— Pour les vampires qui tuent, c’est le dernier cadeau que nous offrons à nos proies. »

Melody ne savait pas si elle devait le croire… si elle voulait le croire. Elle avait peur de leurs dents, peur d’avoir mal. Mary gronda à nouveau. Un long grondement qui ne s’arrêtait plus.

« C’est le lapin qui meurt ou toi qui nous nourris.

— Et je suis votre garde-manger… »

Ce qu’ils avaient dit la veille paraissait plus clair. Elle serra les dents et pinça les lèvres. La petite lapine lui tenait chaud. Elle soupira et ferma les yeux en prenant une décision de grande pour protéger le plus faible.

« D’accord. Mais vous ne faites pas de mal à Perle.

— Promis… » grogna Mary.

Elle se jeta sur elle, attrapa la bestiole par les oreilles pour l’écarter et planta ses canines dans la veine palpitante du cou de Melody.

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