Chapitre 15. La visite officielle

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Idriss ne s’était pas trompé. Depuis l’annonce du retrait américain, les choses vont de mal en pis, aux Nations Unies. Chaque jour apporte son lot de mauvaises nouvelles. Plusieurs pays se sont engouffrés dans la brèche ouverte par les Etats-Unis et ont eux-aussi suspendu leur financement et leur participation à l’organisation internationale. Israël, d’abord. Puis la Corée du Sud, et les Philippines. Enfin, quelques semaines plus tard, la Jordanie, le Panama, le Soudan du Sud et la Bosnie-Herzégovine. Tous étroitement liés aux Etats-Unis ou fortement dépendants de l’aide étrangère américaine. Washington n’aura pas hésité longtemps à utiliser ce moyen de pression pour précipiter la décision de ses alliés les plus fragiles.

Comme prévu par mon supérieur, ces retraits en cascade n’ont pas manqué d’avoir un impact direct sur le fonctionnement de l’institution. Avec un budget amputé d’un tiers, de nombreux postes ont dû être sacrifiés, à commencer par les contractuels, dont j’ai la chance de ne pas faire partie. Le plus difficile aura sans doute été de dire au revoir à Erika, dont le poste n’a pas pu être sauvé. Les adieux ont été particulièrement déchirants. Cruels. Outre son statut de contractuelle, Erika était également la seule américaine de l’équipe, hormis Idriss, protégé par sa double nationalité américano-syrienne. La newyorkaise était donc la plus vulnérable de l’équipe, désormais amputée d’un membre. Depuis, l’ambiance s’en retrouve lourdement plombée. Et la tension est palpable parmi ceux qui, pour le moment du moins, restent employés par l’institution. Par plusieurs fois, Louise et Idriss se sont disputés à grands cris, Louise reprochant à mon chef de ne pas s’être suffisamment démené pour préserver le poste d’Erika. Ce qui est parfaitement injuste, de mon point de vue, bien que je comprenne la colère de la vétérane britannique, intraitable sur les questions de défense des droits du personnel.

En plus des conflits interpersonnels, il nous faut gérer les inquiétudes des Etats qui restent engagés sur la voie du multilatéralisme et celle de ceux qui dépendent très largement de l’aide humanitaire apportée par les Nations Unies. Sans compter la piraterie diplomatique croissante de certains pays qui voient dans le retrait américain une opportunité d’accroître leur influence au sein de l’organisation. Parmi eux, plusieurs pays européens et sud-américains qui n’hésitent pas à négocier ouvertement des postes clés au sein des différents organes de l’institution en échange d’une hypothétique hausse de leur contribution budgétaire.

- La Pologne qui réclame la présidence de la commission climat et environnement, non mais on est en plein délire ! peste violemment Ewelina après un coup de fil d’Idriss avec Varsovie, pour lequel elle a servi d’interprète. Ils ne doutent vraiment plus de rien, eux et leurs centrales à charbon !

Le lobbying est encore plus flagrant du côté sud-américain, les gouvernements brésilien, colombien, argentin et chilien faisant des coudes pour tenter d’obtenir un tête-à-tête avec le secrétaire-général pour discuter d’une éventuelle relocalisation du siège des Nations Unies dans leurs pays respectifs. C’est également l’un des objectifs à peine dissimulé de la visite officielle de la délégation uruguayenne qui arrive demain à New York, comptant parmi ses membres mon bel Alvaro. Sa visite coïncide avec celle de mon amie Maria, que j’ai également bien hâte de revoir, ne serait-ce que pour me changer les idées et oublier un tant soit peu l’atmosphère délétère du bureau.

*

La scène est un peu surréaliste. Elle se déroule dans le bureau d’Idriss, que moi et Sanjay accompagnons pour l’occasion. La délégation uruguayenne est arrivée pile à l’heure, soucieuse de préserver la réputation du pays d’être la « Suisse de l’Amérique latine ». Elle se compose de deux membres seulement. La directrice générale du ministère du climat, une petite femme au regard noir et perçant et aux sourcils foncés qui trahissent le fait qu’elle ne soit pas naturellement blonde, en dépit de ce qu’elle espère faire croire, arborant fièrement une crinière dorée qui tombe en lourdes mèches sur ses frêles épaules. L’autre représentant de l’Uruguay, c’est Alvaro. Mon Alvaro. Vêtu pour l’occasion d’un costume gris anthracite qui lui va à ravir, soulignant à merveille sa carrure sportive, sa silhouette musclée, son torse évasé. La blancheur immaculée de sa chemise moulante fait ressortir son teint hâlé et l’ombre brune de sa barbe bien taillée qui dévore son visage viril en contournant soigneusement ses lèvres rouge brique. Jamais je n’aurais pensé me retrouver ainsi attablé avec mon ami et amant régulier, encore moins en présence de mon supérieur et de la sienne, pour évoquer la position uruguayenne à la prochaine conférence pour le climat, si tant est qu’elle ait lieu.

Idriss se charge de faire les présentations, sans savoir que cela n’est pas nécessaire, en ce qui me concerne. Puis nous en venons à la discussion. La représentante du ministère est venue les bras chargés de bonnes nouvelles : l’Uruguay a l’intention de faire preuve de bienveillance dans la crise que traverse l’institution – comprendre : la contribution uruguayenne sera maintenue à son niveau actuel – mais aussi de bonne volonté quant à la rectification de la méthode de calcul des émissions du pays. Ce qui, soyons honnête, ne va pas changer grand-chose pour un pays de moins de quatre millions d’habitants sans la moindre industrie d’envergure et dont l’électricité provient de gigantesques barrages hydroélectriques.

Lorsque ce sujet est abordé, je sens un léger coup de pied, envoyé par Alvaro, qui se fend d’un regard suggestif à mon égard et me lance un rapide clin d’œil. Déstabilisé, je ne suis pas sûr de bien comprendre. Fait-il allusion au fait que je suis en partie responsable de ce réalignement uruguayen sur l’état de l’art de la science climatique ? Et si oui, comment le sait-il, c’est censé être un secret bien gardé ! Ou bien souhaite-t-il simplement profiter de la technicité de la discussion pour dévoyer mon attention et pimenter un peu la réunion, pour faire monter la température de quelques degrés en prévision de la soirée torride que, lui comme moi, avons l’intention de passer ensemble ?

Dans tous les cas, je ne reste pas insensible à ses avances, et réponds de mon côté en frottant doucement ma jambe contre la sienne, le plus discrètement possible, priant pour que personne ne s’en rende compte, surtout pas Idriss, que j’essaye de convaincre depuis près d’un an que je ne suis pas un incorrigible pervers sexuel. Avec succès, jusqu’à aujourd’hui en tout cas. Mon pied remonte lentement le long du mollet galbé d’Alvaro, et s’approche dangereusement du pli de sa cuisse épaisse, ferme, légèrement tendue, sans doute sous l’effet de cette caresse incongrue.

Dans ces circonstances, il m’est particulièrement difficile de me suivre le fil de la conversation, et, en dépit de mes meilleurs efforts, je décroche complétement à mesure qu’une gigantesque érection s’élève dans mon pantalon. Mon esprit divague, et je me remémore notre ultime rencontre, brûlante de désir, fumant presque dans la fraicheur d’une nuit d’hiver à Buenos Aires. Perdu dans mes pensées, je ne me rends même pas compte quand Idriss déclare l’entretien terminé et que la représentante du ministère uruguayen se lève pour lui serrer la main, visiblement satisfaite par les échanges avec notre service. Il me faut alors revenir à moi et réveiller mes instincts de gymnaste afin d’enchainer les contorsions les plus habiles et ainsi parvenir à me lever sans exhiber la bosse qui déforme mon entrejambe. Sur le chemin de l’ascenseur, alors que nous accompagnons la délégation uruguayenne vers la sortie, mon sexe retrouve patiemment sa taille d’origine, et moi la pleine possession de mes moyens. Nous échangeons une ultime poignée de main avec les deux sud-américains, tout sourires. Avant de se retirer, Alvaro me susurre discrètement à l’oreille.

- On se retrouve ce soir, Loïc !

Sa voix grave et suave me retourne à la fois le cœur et l’estomac. Et me fait frissonner de désir. Je reste indiscutablement sous son charme, deux ans après notre première rencontre.

*

Posté sur la terrasse, les yeux rivés sur l’horizon vertical que dessinent au loin les tours de Manhattan, de l’autre côté de l’Hudson, je prends mon mal en patience en attendant que mes invités arrivent. Tout est prêt, comme d’habitude. Le vol de Maria a certes été quelque peu retardé, mais elle a bel et bien atterri à JFK il y a plus d’une heure, désormais, elle ne devrait donc plus trop tarder. Alvaro, lui, a dû s’acquitter d’encore quelques réunions, sa cheffe ayant souhaité profiter de son passage à New York pour rencontrer une bonne demi-douzaine de services de l’institution, sans qu’on puisse lui en vouloir. Le ciel prend une teinte cramoisie à mesure que les minutes passent. Je crains qu’il ne fasse bientôt trop frais pour prendre l’apéritif à l’extérieur. Dommage. Je rapatrie les verres et ramequins à la cuisine, un peu déçu de ne pas pouvoir frimer en servant à mes amis un verre de champagne avec vue sur les gratte-ciels de New York. Tant pis pour eux, ils n’avaient qu’à être à l’heure.

Finalement, Maria arrive la première. La sonnette retentit dans tout l’appartement, et j’ai le plaisir de découvrir son visage radieux m’adresser un grand sourire sur le petit écran en noir et blanc de l’interphone. Mon cœur se remplit de joie à la voir débarquer avec ses lourdes valises. Elle passera la semaine chez moi. Nous célébrons nos retrouvailles par une étreinte chaleureuse, qui nous porte de mon palier jusqu’au seuil de ma porte, profondément émus de nous revoir pour la première fois depuis la COP de Buenos Aires, près d’un an auparavant. Si, lors de notre première année de séparation, nous n’avions pas gardé un contact suffisamment régulier pour être rassurés quant à la solidité de notre amitié, il n’en va pas de même de cette seconde année, lors de laquelle nous avons communiqué incessamment. Moi, pour me plaindre de ma rupture d’avec Filip, puis pour lui compter les exploits réalisés avec Simon. Elle, pour se morfondre de son célibat, d’abord, puis, plus récemment, pour me parler d’un nouveau collègue du service environnement de Genève avec lequel elle entretient une relation plus ou moins régulière, et plus ou moins officielle.

- Tu dois faire attention, lui conseillé-je d’un ton avisé, tu sais bien comment ces choses-là peuvent vite déraper…

- Ah non mais ça n’a strictement rien à voir mon cher Loïc, assène Maria, visiblement amusée. Ce n’est pas mon chef ! Il me reste un semblant de morale, moi, quand même.

- On en reparlera quand Hristov tu mutera de force à New York avec deux semaines de préavis pour avoir enfreint le code de conduite des fonctionnaires.

- Oh, ça ne me déplaira pas ! Tu sais bien que je suis comme un poisson dans l’eau, moi, dans cette ville…

Nous partons d’un grand éclat de rire et je lui propose de la servir en champagne avant qu’Alvaro ne nous rejoigne. Histoire de lui donner un peu d’avance, et donc d’augmenter mes chances de me retrouver seul et sobre avec Alvaro, pendant qu’elle cuvera son vin pétillant dans la canapé. Machiavélique ? Peut-être. Inconsidéré ? Je ne crois pas. On a toute la semaine à passer ensemble, Maria et moi, tandis qu’Alvaro repart dès le lendemain. Il faut quand même avoir le sens des priorités, de temps en temps.

Après une rapide demi-heure pendant laquelle Maria et moi discutons tranquillement dans le canapé, la sonnette retentit de nouveau. C’est Alvaro. Mon cœur s’emballe. Je sautille de joie jusqu’à l’interphone et lui ouvre la porte du bâtiment, trop heureux de voir son beau visage se dessiner sur l’écran, rendu plus ténébreux et séduisant qu’il ne l’est déjà par le noir et blanc.

Je le découvre quelques instants plus tard dans l’embrasure de la porte. Il a quitté son costume bleu marine pour une tenue plus décontractée, un simple pantalon claire et une chemise à rayures beige et bordeaux. Il m’offre une bouteille de vin uruguayen et un splendide sourire, et je n’ai pas longtemps à réfléchir pour savoir laquelle de ces deux offrandes me fait le plus plaisir. Je le prends dans mes bras, et en profite pour respirer le parfum de son cou alors que Maria s’agite dans mon dos pour pouvoir embrasser Alvaro à son tour. Je cède ma place à contre-cœur, heureux malgré tout de voir les deux amis enfin réunis. Il ne faut pas oublier qu’à l’origine, c’est de Maria dont Alvaro était l’ami, et que je ne suis arrivé que tardivement dans l’équation. La conversation bascule tout de suite de l’anglais à l’espagnol, prend quelques décibels à l’occasion, et l’écho de nos rires se met à résonner dans la quasi-totalité du bâtiment.

Très vite, la soirée bat son plein. Nous n’avons pas réellement besoin de nous échauffer. L’alchimie fonctionne toujours aussi bien entre nous trois. Les rebondissements de la vie sentimentale de Maria occupent une bonne partie de la conversation. Il est vrai que c’est elle qui a le plus à raconter. Alvaro, lui, reste discret sur le sujet, et avoue simplement ne voir personne « en ce moment ». Pour ma part, je suis bien obligé d’évoquer Simon, rapidement, sans m’attarder sur le sujet et sans donner trop d’importance à notre relation, pour ne pas étonner Maria, qui connait bien l’existence du jeune irlandais, sans effrayer Alvaro, que je refuse de me voir filer entre les doigts pour la soirée, quel qu’en soit le possible motif. Non pas qu’il y a une quelconque raison de fuir, d’ailleurs : Simon et moi ne sommes pas ensemble, encore moins uniquement promis l’un à l’autre. Cette idée irait complètement à l’encontre de l’idéal du bel irlandais, particulièrement attaché à sa liberté. Nous passons simplement du bon temps tous les deux, sans pour autant s’interdire d’aller voir ailleurs, bien au contraire.

Alors que je sers le plat principal, Maria remet sur la table un sujet évoqué à Genève, lors de notre première soirée passée tous les trois, et enterré depuis.

- Qu’est-ce qui est arrivé l’idée de passer une semaine au ski dans les Alpes, tous les trois ? Je me permets d’insister, parce que j’ai comme l’impression que, depuis que vous avez traversé l’Atlantique tous les deux, vous n’êtes plus très motivés pour retourner en Suisse…

N’ayant jamais été moi-même accro aux sports d’hiver, je laisse couler sans faire de vague. Mais Alvaro a l’air de trouver l’idée formidable – elle lui était complètement sortie de la tête après toutes ces années. Je me rallie donc à la cause, plus séduit par l’idée de passer une semaine dans un chalet en montagne avec Alvaro que par la perspective de descendre les pistes à toute vitesse au péril de ma vie. Nous promettons à Maria d’organiser le fameux voyage en pays suisse dès l’hiver prochain. Et terminons le repas l’esprit léger, le ventre un peu moins.

Une fois repus et suffisamment avinés, la soirée glisse inévitablement vers une atmosphère plus festive. Maria sélectionne une playlist pas franchement de bon goût, mais indiscutablement entrainante, et moi et Alvaro la rejoignons dans le petit espace dénué de meuble de mon salon, transformé en piste de danse pour l’occasion. Les minutes filent, et, à mesure que Maria s’épuise à force de mouvements suggestifs sans doute passibles de peine de mort par lapidation dans plusieurs pays du Golfe, moi et Alvaro redoublons d’efforts pour éviter que notre attirance mutuelle ne se manifeste avec trop d’évidence dans nos mouvements respectifs. Puis, après un peu plus d’une heure passée à se déhancher de la sorte, Maria est rattrapée par la fatigue du voyage et le décalage horaire. Elle s’assied péniblement sur le canapé et ferme les yeux, prétendant faire une micro-sieste « pour être de nouveau d’attaque dans vingt minutes », de laquelle elle ne réveillera sans doute pas avant une heure avancée du matin suivant.

- On devrait lui trouver une couverture, non ? suggéré-je à Alvaro. Elle risque de prendre froid, sinon.

Il me suit dans la chambre, où je mets mes armoires sens dessus dessous dans l’espoir d’y dégoter un plaid suffisamment grand pour couvrir intégralement Maria, ce qui n’est pas difficile vu le gabarit réduit de la belle espagnole.

- Tu as un balcon ? me demande Alvaro, visiblement impressionné, en pointant du doigt la porte fenêtre de la chambre qui donne sur la terrasse.

- Oui, vas-y, tu vas voir, il y a une super vue sur Manhattan, surtout la nuit !

Alvaro ne se fait pas prier, et sort sur la terrasse. Je trouve enfin une couverture digne de ce nom et vais en envelopper Maria, prenant soin de bien la border, pour qu’elle ait bien chaud. Profondément endormie, mon amie ne se réveille même pas en étant manipulée de la sorte. Je me dirige donc de nouveau vers la chambre, et retrouve Alvaro sur la terrasse, plongée dans l’obscurité. Son impressionnante carrure aux larges épaules se détache délicatement dans la faible lumière de la lune et de la ville, comme une tâche plus noire encore que le ciel sans étoiles, une ombre musclée dans l’horizon bleu nuit. Appuyé contre la rambarde, il contemple le paysage nocturne fascinant qu’offre Manhattan. Je le comprends parfaitement. Même après l’avoir regardé tant de fois avant d’aller dormir, je dois avouer qu’on ne s’en lasse pas.

Je m’approche d’Alvaro, et me poste à ses côtés, en silence. Je lui jette un regard en coin. Et admire son profil, sa mâchoire carrée, son nez droit et fier, ses lèvres sombres, qui s’étirent légèrement aux commissures sous l’effet d’un demi-sourire. Il se tourne vers moi, et m’accorde un rapide baiser sur la joue. Avec une délicatesse que je ne lui connais pas. Pas encore, du moins. Nos précédents ébats ont toujours été passionnés, et, inutile de le nier, souvent trop alcoolisés. Cette fois, lui et moi sommes aussi sobres qu’on peut l’être après un dîner entre amis. Ce qui se ressent immédiatement à la douceur de ses gestes. A celle de sa main, qui effleure la mienne, file le long de mon bras, se glisse dans mon dos, avant de se poser enfin sur la courbe de mes fesses. Pour y rester quelques instants. Alvaro me serre contre lui. M’emprisonne entre ses bras puissants, m’embrasse le front. Moi, j’enfouis mon visage contre son torse bombé. Je m’enivre de son parfum viril. J’en ai presque le vertige. J’ai l’impression de flotter à quelques centimètres du sol. Heureusement, la tiédeur de ses lèvres qui se joignent aux miennes me ramène sur terre. Je redécouvre sa bouche brûlante, la caresse de sa langue, la tendre piqûre de sa barbe brune.

Sans interrompre notre baiser, je promène ma paume sur sa large poitrine, devinant la rondeur ferme de ses magnifiques pectoraux sous le tissu de sa chemise. Je commence à en défaire les boutons. Un à un. Et de la sorte, libère son torse poilu, contre lequel je me réfugie un instant des ardeurs de sa bouche qui demande incessamment la mienne. Mes lèvres se posent sur sa peau nue. J’y trouve un téton durci par la fraîcheur de la nuit printanière, et, je l’espère, par l’excitation. J’y applique un baiser, puis la pointe de ma langue. Je l’entends gémir, plus haut, sous l’effet de mon lèchement. Je continue à téter frénétiquement sa poitrine velue, au point où ça en devient presque obscène.

Je décide alors de m’en écarter, et retrouve le visage de mon bel uruguayen, le regard sombre plongé dans le mien, mais rendu illisible par la pénombre. D’une main, il saisit mon visage et y appose une caresse attendrie. De l’autre, il déboutonne son pantalon, et dégage à l’air libre son sexe déjà presque dur. Un dernier baiser sur ses lèvres rouge brique, et je m’agenouille à ses pieds, le visage face à sa queue qui m’avait tant manqué. Je l’embrasse. La respire. Emprisonne son gland rond et gonflé entre mes lèvres, puis le fais tournoyer dans ma bouche à l’aide de ma langue. Enfin, j’avale le reste de son membre épais, jusqu’à ce que mon nez s’écrase contre son pubis dont le poil dru est coupé à ras. Je commence alors mes va-et-vient sur son sexe, qui se tend à mesure que mes lèvres tentent de se rapprocher le plus possible de sa naissance. Alvaro est d’ailleurs bien décidé à m’aider du mieux que possible dans ma vaine tentative, accompagnant mes gestes de ses mains puissantes, toutes deux agrippées à mon visage, la paume plaquée sur mes joues et les doigts refermés sur ma nuque.

Après quelques minutes, Alvaro doit commencer à prendre froid, car il me fait signe d’arrêter. Je me relève, retrouve ses lèvres l’espace d’un instant, couvre son torse nu de la chaleur de mon corps, puis l’invite à rentrer dans la chambre, où nous serons indéniablement plus à notre aise pour la suite du programme.

Je ne fais dos à Alvaro que l’espace d’un court instant, le temps pour moi de refermer la porte fenêtre, mais je sens déjà sa présence envoutante se manifester, par ses mains qui se pressent sur mes hanches, et épousent la forme de mes fesses. Sans même me laisser le temps de me retourner, il défait l’agrafe de mon jeans et abaisse mon pantalon à mes chevilles. Puis mon caleçon. Et dénude ainsi mon derrière, qu’il caresse avec envie.

- Il m’a manqué, celui-là, me murmure-t-il à l’oreille en venant titiller mon trou d’un de ses doigts.

Je ne prends pas la peine de répondre, et me contente de faire un pas un arrière pour coller mes fesses contre sa queue encore humide de ma salive. Alvaro se frotte un court instant sur mon derrière, mais le juge sans doute trop peu lubrifié, car il s’accroupit très vite derrière moi pour y passer généreusement sa langue, s’attardant sur mon trou qui vibre puissamment sous l’effet de cette caresse, encore inédite de la part du bel uruguayen.

- Tu as une capote ? me demande Alvaro, en se redressant.

- Pas besoin ! Je suis sous PrEP maintenant, lui avoué-je en souriant, remerciant au passage Simon pour cette brillante idée (en mon for intérieur, je vous rassure).

Alvaro ne répond rien, mais sa joie n’est pas difficile à deviner, à en juger par la chaleur de son gland gonflé de désir qu’il dépose immédiatement sur mon trou encore trempé de sa salive.

Sans le moindre effort, Alvaro s’insère en moi, nos anatomies toujours aussi parfaitement compatibles. Il pousse malgré tout un discret rugissement de plaisir, pas mécontent de découvrir pour la première fois la tiédeur nue de mon derrière. Je sens pour ma part une étrange sensation, presque comme une décharge électrique, se répandre lentement le long de mes cuisses et dans mon bas-ventre. La sensation se répète lorsqu’Alvaro exécute sa première saillie en moi. J’ai un petit cri de surprise, que mon bel amant interprète comme une manifestation de douleur, qu’il tente d’apaiser en couvrant mon cou de baisers, et en me serrant très fort contre son torse musclé. Je ne trouve pas à m’en plaindre. Et répète ma fausse complainte à chacun de ses mouvements dans l’espoir que l’étreinte ne s’arrête jamais.

Après quelques minutes, Alvaro semble faiblir. Soudain, il me soulève pour me porter jusqu’au lit, sans pour autant se retirer de mon derrière. Il me dépose à plat ventre sur le matelas, passe la main sous mon ventre pour venir se saisir de ma queue raidie par l’excitation, et commence un double mouvement de va-et-vient, de sa main sur mon sexe, et de son sexe sur mon trou. Le plaisir que je ressens alors est à peine descriptible. Alvaro est, à ma connaissance, la seule personne sachant me prendre sans m’infliger la moindre douleur. Chacun de ses coups de reins provoque en moi un tremblement de plaisir d’une intensité ahurissante. Il me faut donc redoubler d’efforts pour ne pas hurler de bonheur – principalement par considération pour Maria. Complètement abasourdi, je me laisse porter par le rythme imposé par Alvaro, dont j’entends à peine les grognements, plongé dans un état second. Le temps est suspendu, j’en oublie même de respirer. J’ai le souffle court. Il s’en faut de peu pour que je ne manque pas d’air.

Finalement, ce n’est que quand je sens la semence d’Alvaro jaillir en moi par longs jets puissants que je reprends pleinement conscience. La tête toujours un peu étourdie. Alvaro se retire avec précaution, et, manifestement pas encore complètement épuisé, me retourne sur le dos pour accéder à ma queue, qu’il avale sans autre forme de procès. Je suis alors de nouveau subjugué par le plaisir, et cède rapidement sous les assauts de sa langue, venant jouir abondamment contre la joue barbue du bel uruguayen. A voir la surprise sur son visage, je doute que ce dernier soit coutumier du fait. Il semble quelque peu déboussolé, sans savoir que faire de mon jus qui perle sur son poil brun et dru. J’ai un petit rire attendri, et embrasse une dernière fois ses lèvres pleines et foncées. Mon cœur se serre déjà à l’idée de le voir partir, inexorablement . Il retournera à Montevideo le jour suivant. Heureusement que Maria sera là le reste de la semaine, sans quoi il serait particulièrement difficile de me changer les idées seul après de tels ébats.

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