Chapitre 9. Le nouveau poste

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Le clarté du matin perce à travers les stores ajourés et diffuse dans la chambre sa lumière blafarde. Un peu morne et grise. Comme le ciel, en ce mois de février. Depuis quelques heures déjà, la ville ronronne. New York ne dort soit disant jamais, mais le quartier s’avère être plutôt calme, voire même franchement somnolant, entre minuit et six heures du matin. Dehors, l’air doit être glacial. Les vagues de froid se succèdent sur la côte est des Etats-Unis, et une tempête de neige est annoncée pour le weekend suivant.

Mais, en ce qui me concerne, je ne suis pas à plaindre : je n’ai pas froid du tout. C’est le troisième matin consécutif que je me réveille blotti contre la tiédeur du corps endormi de Filip. Lui n’est pas dérangé par la lumière du jour. Il pourrait continuer à dormir pendant des heures, si le bruit insupportable du réveil ne l’extirpait pas de son lourd sommeil à huit heures précises. Moi, la moindre variation de luminosité me réveille automatiquement. Ça ne m’aide pas à prolonger mes nuits en semaine, ni à faire la grasse matinée le weekend. Somme tout, je dors peu. Mais cela me confère un avantage incontestable. En effet, pendant ces quelques minutes, heures parfois, passées en solitaire dans lumière naissante du jour, j’ai tout le loisir d’admirer le visage serein de Filip sans qu’il ne puisse m’en faire le reproche, alors que lui termine paisiblement sa nuit.

Ce beau visage un peu rond, bien que moins déjà que quand lors de notre première rencontre, dans le hall d’entrée du bâtiment officiel des concours des Nations Unies à Genève. Il garde sa douceur, malgré tout. Et se fait plus félin. Comme un lion assoupi. La peau couleur pêche. La crinière dorée en bataille sur l’oreiller. Le menton à fossette, cachée dans l’ombre d’une barbe gris cendré. De longs cils blonds-roux déposés gracieusement sur la paupière inférieure. Les ailes du nez battant légèrement au rythme lent de sa respiration. C’est une véritable œuvre d’art, son visage.

Autre qualité indéniable de mon bel endormi, et pas des moindres, sa prédisposition naturelle pour les érections matinales. Ma main qui palpe discrètement la bosse formée à son entrejambe peut en témoigner. Je jette un coup d’œil à mon téléphone, pour vérifier l’heure. Plus que quelques minutes avant la fatidique sonnerie du matin, et Filip semble encore en proie à un profond sommeil. Je décide donc de lui offrir un réveil en douceur.

Je décolle ma tête de l’oreiller, et, avec toute les précautions possibles, je me glisse délicatement sous la couette, et disparais dans la pénombre. J’y découvre son corps presque nu, de plus en plus athlétique, grâce à l’abonnement à la salle de sport fourni dans le paquet de rémunération des Nations Unies, simplement vêtu du joli petit slip bleu marine qu’il portait déjà avant nos ébats passionnés de la veille. L’épaisseur de sa queue est clairement visible à travers le tissu. Doucement, prenant garde à ne pas le réveiller, je décolle l’élastique de son slip de son bas-ventre et libère son sexe déjà à moitié relevé. Dont l’odeur désormais légendaire me met dans un état second.

J’y dépose mes lèvres préalablement humectées, et goûte le parfum puissant de son gland, qui enfle lentement dans ma bouche, sans que j’aie besoin de faire le moindre effort. Puis, avec douceur et sans précipitation, je commence un lent mouvement de va-et-vient le long de sa queue, qui se raidit peu à peu, jusqu’à prendre la forme tant espérée. Large et droite, remplissant ma bouche jusqu’à la naissance de ma gorge. Je jubile en silence dans la pénombre étouffante de la couverture. Et redouble d’efforts. Mes gestes se font plus amples, plus dévoués. Et j’arrache à mon amant endormi quelques gémissement semi conscients. Quand je le sens suffisamment habitué à ma bouche, je fais glisser son slip à mi-cuisse et m’adonne à ma tâche avec plus d’ardeur.

Filip se tend encore un peu, et, sans vraiment s’en rendre compte, sa main passe de son flanc à ma nuque, où elle s’enfonce dans mes cheveux décoiffés par la nuit passée contre l’oreiller. Je continue à le sucer de la sorte pendant quelques minutes, jusqu’à ce que le réveil sonne et par la même, sonne le glas de ma besogne silencieuse.

Le corps de Filip se secoue légèrement. Sa main quitte brièvement ma nuque pour atteindre la table de chevet et éteindre l’alarme. Puis revient à son emplacement initial. Et m’applique une légère poussée, pour m’indiquer qu’il est temps pour moi de reprendre ma fellation matinale. J’y retourne donc, cette fois sans retenue aucune, et reçois en retour des gémissements plus prononcés, visiblement éveillés.

Soudain, Filip se défait de la couverture et me découvre affairé sur sa queue. Ses yeux sont encore emplis de sommeil mais son visage rayonne et son sourire éclatant me fait chavirer. Par excès de zèle, je m’efforce d’avaler un peu plus de son membre, et me retrouve avec son gland coincé contre le fond de ma gorge, me décrochant un rapide grognement qui le fait bouillir de plaisir. A partir de ce moment-là, je n’ai plus grand-chose d’autre à faire que de garder la bouche grand ouverte et de le laisser imprimer le rythme de ses saillies à sa guise. Ses mains fermement placées sur ma nuque me maintiennent en place. Et très vite, je le sens frémir. Ses mouvements se font plus saccadés. Il emplit et vide ma bouche à une cadence accélérée. Puis son ventre se contracte. Son sourire se transforme en grimace. Et, après quelques minutes de cet étrange ballet, il se vide en moi, laissant échapper de longs et puissants jets chauds et salés dans ma bouche avide.

Il plonge son regard gris et doux dans le mien, et me gratifie d’un sourire magnifique. Je cède à son charme, crânement, et avale sa semence sans la moindre hésitation, sans le moindre remords.

- Bonjour Loïc, me dit-il d’une voix encore un peu rocailleuse. Tu as bien dormi ?

J’acquiesce, le sourire aux lèvres et une érection monumentale au fond du caleçon. Des réveils comme ça, j’en veux tous les matins, pour le restant de mes jours.

*

Une rapide café, un changement de cravate de dernière minute, un baiser sur la joue à Filip qui traine encore en slip dans le salon, et me voilà parti, plongé de force dans la frénésie des matins newyorkais. Les taxis, les Uber et les bus se disputent la priorité sur la chaussée, dans une symphonie de klaxons et de sirènes à laquelle il faudra très certainement s’habituer. Le ciel est gris, mais haut. Les immeubles immenses projettent leur ombre glaciale sur le sol où les femmes et les hommes grouillent comme des fourmis. A chaque carrefour, chaque intersection, la foule exposée aux quatre vents s’amasse sur le rebord du trottoir, nerveuse et grelottante, attendant avec impatience que le feu passe au vert pour pouvoir traverser.

A première vue, la foule ne fait qu’un tout relativement homogène, mais, à y regarder de plus près, les contrastes sont saisissants. Entre les riches et les pauvres. Entre les blancs et les autres. Manteau de fourrure, iPhone dernier cri, silhouette fine, port altier et démarche dynamique pour les uns. Doudoune bon marché, téléphone à l’écran craquelé, surpoids et visage fatigué pour les autres. Sans compter les sans domicile fixe, leurs guenilles tachées, mobiles prépayés et traits déformés par l’alcool, la drogue et le froid mordant. En tout cas, une chose semble rassembler ces êtres humains d’horizons pourtant si différents : la passion pour le café à emporter, dont presque tous tiennent un gigantesque gobelet à la main. Nonchalamment. Sans jamais vraiment le porter à leurs lèvres, d’ailleurs, comme si l’utilité principale de la précieuse boisson chaude était de se protéger les doigts des engelures plutôt que de se réveiller.

Finalement, après quelques minutes de marche au milieu de cette foule étrange, je m’engouffre dans une bouche de métro et emprunte la ligne qui m’amène directement au bureau. Arrivé sur place, je constate que l’édifice n’a rien à voir avec celui de Genève. Il s’agit d’un gratte-ciel de taille moyenne, à la façade recouverte de grès doré et donc vraisemblablement construit à la belle époque des buildings art-déco, dans les années 20, juste avant la crise de 1920. Le bâtiment est relativement bien entretenu, avec un myriade de petites fenêtre, toutes éclairées, que j’imagine donner chacune sur de minuscules bureaux individuels.

Je passe la sécurité, autrement plus équipée qu’à Genève, au vu des armes semi-automatiques arborées par les armories à glace qui servent de gardes dans le hall d’entrée. Je récupère une nouvelle carte d’employé à la réception, dont la puce permet d’ouvrir les portillons de ce nouveau bâtiment et d’accéder à la photocopieuse. Puis, suivant les instructions d’une charmante réceptionniste afro-américaine, me dirige vers les ascenseur et monte au vingt-troisième étage.

*

J’y suis accueilli par une magnifique blonde, la silhouette élancée et le visage d’une beauté peu commune, qui répond au doux nom d’Ewelina. Une polonaise, donc. A l’anglais impeccable et à la tenue irréprochable, d’un raffinement tel qu’il est presque déplacé pour un lundi matin au bureau. Ewelina me dit être l’assistante de mon nouveau chef. Cette information ne parvient pas tout à fait jusqu’à mon cerveau, obnubilé par sa beauté et son aura. Si Ewelina n’est que l’assistante, j’ai hâte de voir le chef et le reste de l’équipe.

Le service climat du siège des Nations Unies à New York s’occupe principalement des négociations internationales en matière de lutte contre le réchauffement climatique, et prépare les conférences internationales pour le climat, les fameuses ‘COP’, qui réunissent une fois par an tous les gouvernements que comptent cette terre damnée dans un seul et même lieu pour tenter de parvenir à un accord plus ambitieux que celui de l’année précédente. Sans succès majeur, pour le moment, il faut bien l’admettre. Chaque continent accueille l’événement à tour de rôle, selon un système de rotation parfaitement huilé, avec l’espoir, naïf et vain, de réussir à dégager un consensus parmi les grandes nations de ce monde sur la sauvegarde de la planète, de son environnement, de sa biodiversité et de la race humaine. Le slogan des COP qui se succèdent inlassablement semble ainsi être « cette fois, c’est la bonne », et les conclusions officielles de la conférence peuvent généralement être résumées par le cruel aveu d’impuissance suivant : « puisque ce n’était pas pour cette fois, ce sera forcément pour la prochaine ». Autant vous dire qu’on n’est pas sortis de l’auberge.

J’entre dans le bureau de mon futur chef, accompagné par la sublime Ewelina. La pièce est plus petite et plus sobre que ce à quoi je m’attendais. Et moins lumineuse, aussi. Les chefs ne sont pas aussi bien traités qu’à Genève, visiblement. Mon nouveau supérieur est au téléphone, debout, appuyé sur le rebord de son bureau. Il s’agit d’une vieux trentenaire, ou d’un jeune quarantenaire, c’est selon, au teint hâlé et à la barbe noire, la silhouette élancée et la tenue plutôt décontractée, un simple pantalon de feutre gris et un chemise blanche, élégante. Il s’appelle Idriss Benbellah, comme l’indique la petite plaque dorée placée sur son bureau à la vue de ses visiteurs, ainsi que le diplôme cum laude de Yale accroché au mur près de sa table de réunion.

Ewelina lui fait signe de raccrocher, et Idriss s’exécute, s’excusant auprès de son interlocuteur et lui promettant de le rappeler dans la journée. Puis, se tournant vers moi, il m’adresse un large sourire et une franche poignée de main.

- Loïc ! Bienvenu ! dit-il dans un français impeccable, avant de poursuivre en anglais. Catherine et Hristov m’ont dit le plus grand bien de toi, je suis très heureux qui tu aies pu nous rejoindre si vitre !

Je n’en doute pas une seconde… Techniquement, Catherine est encore ma supérieure, puisqu’elle dirige le département climat et environnement, duquel le service climat d’Idriss dépend. Mais il me semble difficile à croire qu’elle sache véritablement qui je suis et donc qu’elle soit capable de dire quoi que ce soit sur moi, en bien ou en mal. Et ça ne risque pas de changer de sitôt, puisque, vu la distance et son implication générale dans les affaires courantes des services, je n’aurais pas à la recroiser de sitôt. Hristov non plus, fort heureusement.

Idriss m’invite à m’asseoir sur l’une des chaises qui font face à son bureau. Ewelina m’accompagne, et prend place à côté de moi. Et plutôt que de m’expliquer mes missions, il décide de se présenter, et de présenter Ewelina. Insistant plutôt sur les aspects personnels que professionnels. Je suppose que c’est une manière très américaine de briser la glace et de faciliter la cohésion au sein de l’équipe. Drôle d’approche. Mais qui n’est pas pour me déplaire. J’apprends ainsi qu’Idriss est d’origine syrienne, naturalisé américain depuis longtemps, et marié avec un français depuis une bonne dizaine d’année. « Encore un gay », me dis-je à moi-même, « ce n’est pas possible, ils sont vraiment partout, dans cette institution ». Enfin, celui-là est marié, et devrait donc éviter de me tomber dessus. Il arbore fièrement une alliance d’or blanc à l’annulaire et nous montre à Ewelina et moi une photo de lui et son mari, dans un petit cadre posé près de son ordinateur. Grand, brun et le cou épais, il ne me ressemble pas du tout : je peux donc être tranquille.

Idriss me demande d’où je viens en France, je réponds que je suis breton, et il part dans une longue tirade sur ses vacances à Quiberon, quelques années auparavant. Mais, qu’on se rassure, son mari est dijonnais, le monde n’est pas si petit que ça. Et les bretons pas si nombreux.

Ewelina, pour sa part, est bien polonaise, comme je l’avais imaginé. Ce que j’étais loin d’imaginer, en revanche, c’est qu’elle avait plus de quarante ans et quatre enfants. Je l’imaginais avoir mon âge et certainement pas avoir survécu à quatre grossesses, avec un corps pareil. A voir mon visage interloqué, Ewelina jubile, visiblement habituée mais pas encore complètement lassée à ce qu’on s’émerveille de sa beauté et de sa silhouette tout droit sorties d’un magazine de mode en papier glacé.

Idriss et Ewelina m’expliquent le fonctionnement de l’équipe. Idriss me dit essayer de ne pas « diriger de loin, à coups de mails et de coups de fil, depuis son bureau », pour reprendre ses mots, mais bien de participer directement aux activités du service. Ewelina l’assiste dans ses tâches. J’intégrerai un petite équipe de trois personnes, qu’Idriss convoque d’ailleurs sur le champ autour d’un café pour poursuivre les présentations.

Je fais donc la rencontre de mes nouveaux collègues dans des circonstances autrement plus agréable que lors de mon premier jour à Genève. Erika se présente la première, et prétend être « l’archétype de la newyorkaise juive n’ayant jamais quitté Manhattan », la tenue simple mais le maquillage sophistiqué, le visage clair encadré par de longs cheveux bruns et soyeux. Puis c’est au tour de Sanjay, un jeune indien un peu timide mais résolument brillant, spécialiste de la comptabilité en matière d’émissions en gaz à effet de serre. Louise, enfin, termine la ronde de présentation. Britannique d’une cinquantaine d’année, à la tenue excentrique et à la personnalité sombre et cynique, qui me semble être assez antipathique au premier abord mais qui au final se révèle plutôt bienveillante, et censée dans ses propos, qu’elle ne mache pas, loin de là. Ça change un peu de la bienséance habituelle, et ce n’est pas pour me déplaire.

Toujours est-il qu’après ces quelques minutes partagées avec l’équipe, je me sens tout de suite à l’aise et oublie quelque peu le souvenir douloureux de ma première expérience à Genève. Une fois la réunion terminée, Erika, Sanjay et Louise m’accompagnent à notre bureau collectif. Je n’ai que quelques minutes pour m’installer, et déjà les premiers mails arrivent .

Le premier est de Maria, qui me souhaite bonne chance pour mon premier jour. J’ai un pincement au cœur en pensant à mon amie, restée à Genève. Le deuxième est de Catherine – il semblerait donc qu’elle se rappelle de moi, finalement – qui me dit qu’elle sera ravie de continuer de travailler avec moi depuis Genève, et qu’elle a été impressionnée par mon ascension rapide au sein de l’unité de Hristov. Tu m’étonnes. Moi le premier, Catherine.

Le reste de la journée passe dans le calme et la bonne humeur générale. Erika, Sanjay et, dans une moindre mesure, Louise, se plient en quatre pour me mettre à l’aise et m’informer des dossiers en cours. Nous préparons activement la prochaine COP, organisée par l’Argentine à Buenos Aires, qui aura lieu cet été. Je reçois mes premières tâches. Idriss et Ewelina passent régulièrement dans le bureau pour discuter. Idriss, pour parler du travail. Ewelina, pour parler de sa vie personnelle. Sans que personne ne trouve à s’en agacer. Après l’avoir écouté pendant de longues minutes, je la trouve toujours aussi sympathique mais peut-être pas aussi intelligente que belle. Mais bon, peu importe, au final. La dynamique de groupe semble plutôt bien fonctionner, chacun remplit un rôle bien particulier. Et comme ça, ça m’évite d’être le plus stupide de la bande.

*

Vers dix-huit heures, je décide de terminer la journée et de rentrer chez moi. Ou, pour être plus exact, chez Filip. En effet, cette solution d’hébergement n’est censée être que temporaire. Mon beau Filip a gracieusement accepté de me laisser m’installer chez lui pour quelques semaines, en échange de quelques câlins et baisers dont je m’accommode très bien, mais je me suis malgré tout engagé à trouver un appartement rapidement. Le sien, de toute manière, est trop petit pour nous loger confortablement, tous les deux. Sur le chemin du retour, profitant d’avoir un siège dans le métro toujours aussi bondé, je poursuis mes recherches immobilières quotidiennes, filtrant les innombrables offres que propose la ville par le prix plafond que je me suis fixé. Ce qui restreint très nettement mes options.

Après quelques minutes passées à écumer le web, je dois me rendre à l’évidence : je ne trouve rien qui me semble valoir la peine d’être ne serait-ce que visité. Vite découragé, je referme mon téléphone et scrute la tableau d’affichage du métro, pour vérifier que mon arrêt n’est pas passé. Heureusement, c’est le prochain.

*

Filip rentre deux bonnes heures après moi. Il travaille pour le service des relations avec la presse, et le secrétaire-général – le chef suprême de l’institution – a donné une conférence de presse en début de soirée, après une importante réunion du conseil de sécurité. D’où la surcharge ponctuelle de travail pour mon hôte, qui se remarque à ses traits tirés. Après s’être défait de son manteau, de sa veste de costume et de sa cravate, Filip s’affale sur le canapé, lessivé. Il tend son visage vers moi, fatigué mais toujours aussi ravissant, et me réclame un baiser. Je lui donne sans hésiter, trop heureux de retrouver la douceur de ses lèvres encore fraiches après qu’il ait marché quelques minutes dans la nuit glacée.

- Alors, me souffle-t-il, ton premier jour, raconte-moi !

- Pour l’instant, super. Le chef a l’air sympa, et les collègues aussi. L’ambiance est très différente de celle de Genève.

- En mieux ?

- On ne peut pas faire pire, de toute façon. Mais oui, en mieux.

- Tu es avec Benbellah, non ?

- Oui c’est ça, tu le connais ?

- Pas personnellement. Mais je n’en ai entendu que du bien. Il est très humain, comme chef, apparemment, pas comme le suppôt de Satan, le bourreau dénué d’âme, la chèvre coupeuse de tête à la voix de crécelle qui me sert de cheffe.

- Ghislaine a encore frappé ? demandé-je, amusé par la haine profonde qu’il voue à sa supérieure, dont il ne me dit que du mal depuis plusieurs jours.

- Elle est invivable, crache-t-il avec dégoût. Elle a encore passé sa journée à hurler. Sur moi, sur toute l’équipe, même sur l’attachée de presse du secrétaire-général. Elle n’a peur de rien, de personne. Elle sait qu’elle criera toujours le plus fort, et est persuadée que ça lui assurera d’être toujours gagnante, en fin de compte. C’est une putain de psychopathe.

- Elle a l’air, oui…

- Je te la présenterai, si tu veux.

Il me décroche un sourire éclatant, qui, comme toujours, provoque en moi une folle envie de l’embrasser, voire plus encore. D’ailleurs, je ne peux pas me retenir beaucoup plus longtemps. Et d’un geste soudain, viens plaquer ma bouche contre la sienne. Ma main se pose sur sa cuisse, puis glisse sournoisement vers son entrejambe. Le tâte tendrement.

Et, à mesure que notre baiser se fait plus intense, je défais l’agrafe de son pantalon. Très vite, Filip semble oublier la fatigue de sa journée de travail, et laisse son sexe se dresser fièrement vers le plafond, formant une bosse de taille croissante et, à mon humble avis, très respectable dans son slip. Je l’en libère, afin qu’il puisse enfler plus encore. D’un geste expert, Filip abaisse le zip de mon pantalon, et vient caresser mes fesses à travers le tissu de mon caleçon, qu’il fait rapidement glisser pour dénuder mon derrière.

J’enjambe le beau flamand, et me presse contre son torse, dont je devine les muscles à travers sa chemise. Nos lèvres se retrouvent, sans jamais s’épuiser de s’embrasser. Je sens la pointe de sa queue me frôler le trou. Son gland déjà humide trouve tout naturellement le chemin qui lui est réservé. Et vient appuyer de sa rondeur tiède sur mon trou qui palpite d’envie et se détend progressivement. Pragmatique, Filip décide d’ajouter une peu de salive à son membre brûlant, et, alors que je me cambre légèrement pour lui faciliter le passage, il s’insère en moi. Doucement, mais d’un seul trait. Sans qu’il lui soit nécessaire de forcer. Il est vrai que je suis de plus en plus entrainé, puisque nous mettons ce rituel à exécution chaque jour depuis mon arrivée à New York.

Lentement, Filip commence ses va-et-vient, et la sensation de plénitude que me procure sa queue se diffuse dans tout mon corps par ondées successives. Je me laisse balancer au rythme de ses saillies. Amplifiant parfois légèrement ses gestes en allant à contrecourant de ses mouvements. Pour le surprendre. Le faire saliver un peu plus encore. Je gémis juste ce qu’il faut pour l’encourager à augmenter la cadence. Je commence à le connaître. Très simple, presque familière, déjà, notre étreinte n’en reste pas moins délicieuse, et il ne m’en faut pas beaucoup plus pour jouir copieusement sur sa chemise, quelques minutes plus tard. Me voir tâcher son accoutrement de travail de la sorte semble d’ailleurs piquer mon amant blond dans son orgueil, puisqu’il se vide en moi quelques secondes plus tard, faisant jaillir dans mes entrailles de longs jets puissants et tièdes, dans un long soupir de soulagement rauque.

*

Quelques minutes plus tard, nous gisons l’un contre l’autre sur le canapé, le pantalon à mi-cuisse, repus l’un comme l’autre de de plaisir.

- Dis, Loïc, qu’est-ce que tu penses de cet appart-là ?

Il me tend son téléphone. Je regarde l’annonce, il s’agit d’un bel appartement meublé, moderne et lumineux, dans un quartier huppé et plutôt proche de mon bureau. Et du sien, par conséquent. Puisque nous travaillons à quelques minutes l’un de l’autre, seulement. Les photos m’emballent franchement. Le prix, en revanche, beaucoup moins. Le loyer est bien mille dollars plus cher que ce que j’avais l’intention d’y consacrer.

- Parfait, mais « un peu » cher, dis-je d’un ton ironique, en appuyant sur le « un peu ».

- Pas tant que ça, surtout si tu acceptes de prendre un colocataire.

- Arrête tes bêtises ! D’une, je n’ai pas vraiment envie de vivre avec un inconnu. De deux, il n’y a qu’une chambre.

- Ah, d’accord, rétorque-t-il, faussement vexé. Donc si j’étais ton colocataire, tu voudrais faire chambre à part ?

- Qu’est-ce que tu es en train d’essayer de me dire, Filip ? demandé-je, devinant peu à peu où il veut en venir et souhaitant qu’il le dise sans ambigüité.

- J’essaye de te demander d’emménager avec moi, idiot.

C’est dit. Et ça a le mérite d’être clair. Les flamands sont censés être directs, après tout. Mon cœur fait un bond dans ma poitrine. Il m’a pris par surprise. Mais, vu la sensation de bien-être et de bonheur qui se répand lentement en moi, jusqu’à la moindre extrémité de mon corps, le moindre orteil récalcitrant, je crois bien que je vais devoir dire oui.

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