Chapitre 2

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Quand je me réveillai, j’étais allongée sur le sol, totalement nue et dans le noir total. Prise de panique, je tentai de me lever et mon crâne heurta quelque chose de dur, ce qui me renvoya immédiatement au sol. Trente-six chandelles dansaient devant mes yeux et je me massai le crâne pour essayer de dissiper la douleur diffuse que j’avais ressentie et qui me laisserait sans aucun doute une belle bosse. Lorsque le choc fut plus ou moins encaissé, je me plaçai prudemment à genoux et je me redressai doucement les bras tendus au-dessus de moi, jusqu’à toucher une plaque en bois. Dans cette position inconfortable, je l'ai parcourue sur une très courte distance jusqu’à buter contre un angle relié à une autre plaque en bois. J’étais enfermée dans ce qui me semblait être une caisse ! Mon cœur cognait contre ma poitrine et des larmes envahissaient mes yeux. Non, mais c’était quoi ce délire ?! Un cahotement me fit retomber sur mes fesses et quelque chose vint buter contre mon pied. Apeurée, je le tâtais du bout des doigts. La texture était froide et métallique. Je reconnus immédiatement une lampe de poche que l’allumais d’un clic sur le bouton. La lumière me fit plisser les yeux tant elle me semblait vive dans ce noir d’encre.

En effet, j’étais bel et bien dans une caisse en bois qui devait faire environ un mètre sur deux. D’autres objets étaient dispersés autour de moi. Un pack de six bouteilles d’eau, de la nourriture en boite, une litière pour chat, du papier WC, un rouleau de sachets en plastique, une couverture en polaire, et la lampe torche que je tenais entre mes mains tremblantes. Oh mon dieu, mais c’était quoi tout ça ? Totalement perdue et apeurée, j’allais me blottir dans un coin de la caisse et je laissais couler mes larmes sans aucune retenue. Je pleurai pendant un temps indéfini et sans discontinuer, jusqu’à ce qu'elles finissent enfin par se tarir.

Malgré toute l’eau que je venais d'évacuer, j’avais désormais une furieuse envie de faire pipi. Je me redressai et observais la litière que se trouvait un peu plus loin à mes pieds. Le petit bac bleu rectangulaire était rempli à ras bords de petits gravillons blancs. Honteuse, je m’en approchai avant de m’accroupir au-dessus de la litière pour uriner. Ce fût à cet instant précis que toute l’horreur de la situation s’imposa dans mon esprit. J’étais prise au piège, tel un animal en cage en route vers je ne sais où. Sans aucuns repères et totalement seule. Mon dieu, qu’allais-je devenir ? Qu’allaient penser maman et papa, ainsi que le reste de la famille quand ils ne me verraient pas rentrer ce soir ? Si on était encore ce soir, car je n’avais aucune idée de jour ou de l’heure qu’il pouvait bien être en ce moment, ma montre ayant disparu de mon poignet, tout comme mes vêtements. Je m’essuyais et me reculais pour observer le gravier qui avait formé une boule là où j’avais fait pipi. Je n’avais pas de petite pelle pour l’enlever, j’ai donc enfilé un sac sur ma main et j’ai saisi cette boule de gravier agglomérée que j’ai enfermée bien hermétiquement dans le plastique. Tout comme ma tante Monique le faisais avec les cacas de son chien dans la rue. Je l’ai placé ensuite dans un second sac, que j’ai abandonné dans un coin.

Saisie d’un frisson qui me traversa tout entière, je me suis emparée de la couverture que j’ai secouée afin de la déplier et deux choses en sont tombées que je n’avais pas repérée jusqu’alors. Une pile de rechange pour la lampe torche et un petit carnet rouge tout abimé. Hormis des taches, il n’y avait aucune indication au sujet de sa contenance sur la jaquette. Intriguée, je m’enroulai dans le plaid et je m’installai dans un coin, avec le petit livre dans une main et la torche dans l’autre.

Sur la page de garde figurait le titre suivant « Le guide de l’Île ». C’était écrit à la main d’un trait rond très scolaire qui ressemblait à celui d’un jeune enfant. Sur la double page suivante je découvrais le dessin joyeux et enfantin d’une île ensoleillée où figuraient pleins de petites silhouettes souriantes qui en entouraient une plus grande. Je tournais la page sur laquelle figurait cette phrase : « Sur l’île, les enfants et les adultes vivent en parfaite harmonie et en totale communion avec la nature ». Des petits animaux plus ou moins reconnaissables avaient été griffonnés çà et là sur les deux pages pour agrémenter le tout. Plus loin, je pouvais lire : « Pour arriver sur l’île, une semaine de voyage peut être nécessaire. » Un dessin beaucoup plus sombre que les précédents venait ponctuer cette phrase. La page était totalement colorée en noir avec en son centre le dessin grossier d’une caisse en bois brun, d’où une petite main semblait émerger d’un interstice. Cette vision fit palpiter douloureusement mon cœur dans ma poitrine. Je ne parvenais pas à y croire, on m’emmenait sur une île ! J’étais clairement dans la merde. Comment allait-on me retrouver sur cette île déserte qui nécessitait jusqu'à une semaine complète de voyage ?! Aussi comment pourrais-je m’enfuir d’une île entourée d’eau, moi qui n’étais pas une très bonne nageuse ? Je me sentais désormais totalement coincée et la panique commençait à me couper le souffle. Il me fallait de l’air !

Je lançai le livre a l’autre bout de la caisse, comme s'il m’avait brulé les doigts et me dégageait du plaid. Armée de ma lampe de poche je suis partie à la recherche d’un interstice que je ne trouvais pas. Désemparée, je commençai alors à donner des coups de pieds contre l’une des parois en hurlant comme une démente. Mais rien ne se passa. C’était du solide et je n’étais pas assez forte. J’avais le tournis et la voix rauque à force d’avoir gueulé comme ça, je me sentais exténuée. Je m’emparai d’une bouteille d’eau que je vidais au quart en m’étouffant presque, puis retournais m’asseoir sur le plaid après avoir ramassé le carnet. J’avais le cœur lourd a l’idée de lire la suite et de ce que je pourrais y découvrir sur mon avenir prochain.

A contre-cœur, j’allais continuer ma lecture quand je me suis sentie très fatiguée. Mes paupières se fermaient malgré moi et je devais lutter pour les garder ouvertes. Quand je me suis sentie partir mon dernier réflexe a été d’éteindre la lampe torche en métal que je tenais fermement dans ma main afin de préserver la pile. Ensuite le noir m’enveloppa tout entière et m’emporta dans le néant.

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Et puis j'ai pleuré tout l'automne
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Et puis j'ai pleuré tout l'hiver
Le froid qui gelait mes sanglots
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