Chapitre 1

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Je marchais droit devant moi dans la rue d’un pas ferme et décidé, sans avoir de destination précise en tête. Je fulminais intérieurement au sujet de la dispute qui venait de se produire quelques minutes auparavant. J’avais claqué la porte et j’étais partie comme ça, sans même un regard en arrière. Si seulement j’avais su quelles seraient les conséquences de ce geste...

Je grommelais entre mes dents sous le coup de l’énervement, tout en glissant la main dans ma poche pour en sortir mon lecteur MP3. Les écouteurs aux creux des oreilles, la musique se déversait en moi avec une puissance presque envoûtante.

J’avais la haine contre mes satanés parents qui ne comprenaient rien de rien et qui prenaient toujours la défense de mon petit frère avec qui, cela dit en passant, la guerre était désormais déclarée ouverte ! J’en avais ras le bol de prendre pour lui à chaque fois qu’il faisait une bêtise et de ne pas avoir le droit de me défendre, alors que ce n’était pas ma faute. Je soufflai d’exaspération et shootait dans un petit caillou qui se trouvait sur mon chemin, emplie de frustration.

Un pas après l’autre, j'avançais à vive allure sur le trottoir pendant un temps indéfini. J’étais en totale introspection, bercée par les mélodies qui s’enchainaient les unes après les autres. Lorsque je suis enfin sortie de la transe dans laquelle je me trouvais jusqu’alors, je m’arrêtais brusquement.

Mon regard balayait le paysage qui s’étendait autour de moi et je ne reconnus rien. Des frissons me parcoururent l’échine alors que je m’apercevais que le jour était sur le point de tomber. Ben merde alors, je m’étais perdue ! Comment cela pouvait-il être possible ? Moi qui connaissais le quartier comme ma poche ! Je jetai un coup d’œil à ma montre et n’en revenait pas. Plus de deux heures s’étaient écoulées depuis mon départ précipité de la maison, j’avais marché pendant tout ce temps, perdue dans mes pensées sans faire attention à la route empruntée à tel point que je m’étais perdue ! Sans téléphone portable bien entendu, puisque dans la précipitation je ne l’avais pas emporté avec moi.

D’un pas hésitant je fis demi-tour en fourrageant mes mains dans mes poches à la recherche de quelque chose qui pourrait m’être utile. Résultat de mon butin, une misérable pièce de 10 cents qui brillait entre mes doigts, un vieux mouchoir usagé et, un ticket de caisse décoloré, c’était tout. “Putain, fait chier !” M’exclamais-je alors tout haut. La fatigue commençait à se faire sentir et je ralentis un peu le pas, tout en continuant tout droit pour arriver à un embranchement.

En y réfléchissant bien, je me suis souvenue que j’avais emprunté celui de gauche, donc j’ai continué dans cette direction jusqu’à l’embranchement suivant duquel je n’avais plus aucun souvenir. Le trou noir. J’observais, hésitante, les deux chemins qui s’ouvraient à moi en me remuant les méninges, quand une voiture s’arrêta doucement derrière moi. Je me reculai afin d’observer la personne qui se trouvait à l’intérieur.

La vitre du côté passager se baissa et la conductrice se pencha, souriante, au-dessus du siège vide qui se trouvait à côté d’elle. Rassurée du fait que cela soit une femme, je me rapprochais de la voiture ce qui me permis de mieux la voir. Elle était brune et ses cheveux étaient courts. Entre deux âges, elle souriait de ses petites dents blanches parfaitement alignées.

— Bonjour ! Tu vas bien ? Que fais-tu toute seule ici, tu es perdue ?

— Bonjour, et bien euh. Oui, je suis un peu perdue. Pourriez-vous m’expliquer le chemin pour retourner vers Anderlues ?

— Vers Anderlues ! Mais c’est à environ 10 kilomètres d’ici ça ! Il est hors de question que je te laisse marcher seule jusque-là bas a la nuit tombante. Monte, je vais te ramener chez toi !

Je me reculais un instant pour réfléchir à sa proposition. Bien entendu, mes parents m’avaient toujours interdit de parler et de suivre des inconnus. Bon nombre d’histoires glauques étaient déjà parvenues à mes jeunes oreilles au travers des médias. Mais je me rassurai en me disant qu'il s'agissait d’une femme et qu’a première vue elle avait l’air tout à fait normale. Du moins, elle n’avait pas la tête d’une psychopathe. Elle avait l’apparence d’une sympathique mère de famille. J’acceptai donc son offre de bonne grâce et montait dans l’habitacle surchauffé qui sentait bon la lavande. Tandis que je prenais place et attachai ma ceinture de sécurité, elle se tourna vers moi et elle se présenta, le sourire aux lèvres.

— Je m’appelle Oryana et toi ?

— Je m’appelle Lindsay, je vous remercie de vous être arrêtée.

— Oh ! Ne me remercie pas, c’est normal ! J’ai une fille d’à peu près ton âge et je n’aimerais pas qu’elle traine toute seule dehors quand il fait noir.

— Quel âge a votre fille ?

— Elle a douze ans.

— D’accord, en effet vous avez bien deviné car je vais fêter mes 13 ans cette année.

Son sourire s’agrandit à cette évocation.

— Bien. Bien. Et où veux-tu que je te dépose exactement ?

— Chez mes parents. Et je lui expliquai l’adresse. Ce à quoi elle acquiesça en silence. Puis, elle reposa ses deux mains sur le volant et tourna le regard droit devant elle.

— D’accord, alors c’est parti !

Elle démarra la voiture tandis que le verrouillage automatique des portières s’enclencha et la voiture s’ébranla. Nous restâmes silencieuses quelques instants, puis nous commençâmes à échanger quelques banalités. Il faisait chaud dans l’habitacle, j’ouvrai ma veste pour avoir de l’air.

Selon elle nous en aurions pour 10 minutes de route et je m’enquis de savoir s'il s’agissait d’un gros détour pour elle. Ce à quoi elle m’affirma que non, à peine 5 petites minutes de plus sur son trajet initial. Je la remerciai encore pour son aide ce à quoi elle me répondit à nouveau que ce n’était rien.

L’esprit plus à l’aise, je me laissai aller contre le dossier du siège et je tournai quelques instant le regard vers ma fenêtre pour observer l’extérieur. La nuit était tombée désormais et il faisait noir dehors. C’est à cet instant précis que quelque chose m'a piqué douloureusement dans le cou. Quand je me suis retournée pour voir de quoi il s’agissait, je ne pus que constater que la femme n’avait pas bougé d’un iota, ses mains étaient toujours posées sur le volant. Cependant, j’eus le temps d’apercevoir une ombre sombre, derrière elle sur le siège arrière de la voiture quand tout est devenu flou à cause de la propagation du produit que l’on avait injecté dans mon sang. J’essayais de lutter, en essayant d’ouvrir la portière de la voiture afin de me jeter hors de là, mais en vain. Mon corps finit par devenir ma propre prison, tandis que je plongeais dans un profond sommeil.

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