Chapitre 2

2 minutes de lecture

Dimanche 24 mai, 17h

La voiture file sur l'autoroute rafistolée. Ça secoue. Pas comme des pavés, ni comme des chemins perdus à travers champ, mais comme un hoquet intermittent, le genre de hoquet qu'on arrive à oublier entre les crises, mais qui revient lorsqu'on se rend compte qu'il a disparu.

Après quelques heures passées chez mes parents, nous sommes sur la route du retour et ma femme peste contre les nids de poule qui la brinqueballent comme une poupée de chiffon. Elle me lance même un « Si ce soir j'accouche, ce sera la faute à cette route pourrie ». Je ne peux qu'acquiescer.

À ce moment-là, ma femme n'en peut plus. Le mal de dos, les coups plus violents de la petite (un bébé en siège à tendance à taper dans les côtes) et, je pense, un ras-le-bol général de sa condition de femme enceinte qui n'a plus la maîtrise de son corps... pour tout ça, elle s'impatiente.

Et aussi pour satisfaire l'envie de voir le visage de virgule.

Lundi 25 mai, 02h

Nous n'avons pas encore dormi. Ma femme se sent patraque. Depuis plusieurs semaines elle a des contractions toutes les nuits, pas des contractions de travail, mais juste de grossesse. L'utérus se prépare, se muscle. Ce soir, c'est... « différent ». Elle ne sait pas trop me l'expliquer, elle ne trouve pas les mots, mais quelque chose la gêne. J'essaie de la rassurer. Je la serre dans mes bras, la cajole un peu, mais la fatigue finit par l'emporter. Je m'endors peu à peu.

Je suis réveillé dans un sursaut par une main qui me secoue le bras : « j'ai perdu les eaux, dépêche-toi, on y va ».

Là, le ballet commence.

Je titube jusqu'à l'armoire, j'enfile un caleçon propre, une chemise qui traîne encore chiffonnée de la veille, ainsi qu'un bermuda pour être à l'aise – il fait chaud paraît-il dans les maternités, même à deux heures du matin. On passe vite fait par la salle de bain. J'aide ma femme à se débarbouiller. Je me passe un coup de gant de toilette pour me rafraîchir et j'entame l'invocation d'une pile de sacs devant la porte d'entrée.

Sac pour bébé – check.

Sac pour maman – check.

Sac pour papa – check.

De l'argent dans le porte-monnaie – check.

Livret de famille – check.

Premiers habits de bébé – check.

Un paquet de spéculoos salvateur (et il nous aura rendu un grand service, merci à lui) – check.

Pendant que ma femme enfile une robe légère, pour ma part j'essaie de glisser mes pieds dans une paire de chaussures, encore un peu dans le brouillard, puis je charge la voiture. Quelques minutes plus tard, nous roulons vers la maternité, des moments laborieux et une semaine de chamboulements intenses.

Annotations

Recommandations

lecossais
Petits poèmes inspirés par mon quotidien auprès des personnes à la rue. Quelques uns ont été écrits lors d'un atelier écriture avec ces personnes. Bonne lecture !
51
20
0
0
Défi
no97434

Un lundi arc-en-ciel, écriture/partage, accueillir un sourire et Vous à la nuit.
2016
341
25
11
Défi
Liania G.L
En réponses au défis

"Les fantômes ne sont pas les seuls à errer dans les cimetières."
Lancé par Renouveau

( Participe au concours Criminelle de Fyctia)
13
22
64
11

Vous aimez lire PoloAuteur ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0