XXIII – Le Connard

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De quoi parle-t-elle ?

— Bien sûr, tu ne sais pas. Comment pourrait-il en être autrement ? Je ne t’ai jamais rien dit… Peuchère de moi…

— Qu’est-ce que tu racontes ?

— Je savais que vous étiez un couple avec Arthur et que je n’étais que la cinquième roue du carrosse, mais je m’étais dit que nous formions une sorte de bande, tu vois. Même si personne ne m’aimait, je me sentais appartenir à un groupe. Quand vous avez décidé de partir sur Paris, j’ai compris que vous ne pouviez pas être heureux ici. Je l’ai accepté, en me disant que je passerais le plus bel été de ma vie avec les deux garçons que j’aimais le plus. Début juillet, vous avez dû partir en catastrophe chez le cousin d’Arthur pour trouver un appartement. Vous m’avez rassurée : vous m’avez promis de revenir rapidement et de rouler jusqu’en Italie pour fêter la fin d’une époque.

Elle soupire. Je baisse la nuque, coupable. Nous ne sommes jamais revenus. Arrivés à Paris, Arthur a retrouvé un ancien ami de Bretagne qui lui a appris qu’il quittait son deux-pièces pour partir vivre la folle vie d’Amsterdam. Nous avons sauté sur l'appartement. Il était un peu cher pour nous, mais nous nous en fichions. Nous voulions vivre le rêve parisien au plus vite. Quelques jours plus tard, je commençais un job d’été. Nous ne sommes jamais allés en Italie avec Blanche…

— Je suis désolé…

— Je n’ai eu de tes nouvelles qu’en septembre, quand ça n’allait plus trop avec Arthur. Tu m’as appelée comme si on s’était vus la veille pour te plaindre de ta vie dont je ne connaissais plus rien. Et de la même façon que vous étiez partis, un jour, tu ne m’as plus appelée. J’en ai déduit que tu avais fini par être heureux. Je n’arrivais pas à l’être pour vous, j’étais jalouse, je me sentais laissée pour compte… Mais comme je te l’ai dit, je ne peux rien vous reprocher : je savais que vous étiez un couple et que je n’étais que le porte-chandelles.

Je réitère mes excuses. Je me laisse choir sur le lit et plante mon crâne dans mes mains.

— Mais dis-moi, as-tu trouvé ce que tu cherchais ? tremble-t-elle.

— Non… J’essaie depuis des années d’être publié, mais ça n’aboutit pas… Je ne suis pas fait pour ça.

— Ce n’est pas pour ça que tu es parti.

Je lève la tête et fronce les sourcils. Elle sourit tristement. Elle reprend en brassant l'air de ses bras.

— À l’époque, tu t’en fichais d’être publié. La seule chose qui t’intéressait, c’était de créer des personnages, de les faire vivre – et tuer, à mon grand regret… Tu me parlais d’histoires, d’épopées, de réécriture de tel livre, et que sais-je encore… Maintenant, j’ai l’impression que tu ne cherches que l’approbation des autres. L’édition…

— Mais si je ne suis pas publié, comment–

Je m’arrête avant de lâcher une absurdité plus grosse que moi. Je n’ai jamais eu besoin d’être édité pour écrire. Mon rêve était de passer mon temps à créer des histoires, comme un gamin qui rêverait d’être footballeur. Mais doit-il cesser de jouer au prétexte qu’il ne sera jamais dans l'équipe de France ? Doit-il arrêter de prendre du plaisir ? Bien sûr non…

Quand ai-je arrêté d’écrire pour le plaisir ? Quand mon obsession de prouver aux autres que je pouvais y arriver a-t-elle pris le dessus sur le reste ?

Le regard compatissant de Blanche met fin à mon apitoiement. Je n’ai pas changé. Je réapparais du jour au lendemain pour me plaindre de ma vie, sans m’intéresser à la sienne. Et je m’apprête à disparaître à nouveau sans explication. Je devrais rester, reprendre notre histoire où nous l’avons laissée il y a quelques années, mais j’ai besoin de voir Wes. Je piétine presque.

— Tu t’en vas donc à nouveau ?

— Comment vas-tu Blanche ? Pourquoi vis-tu avec ta grand-mère ?

Elle ouvre la bouche, puis la referme en même temps que ses paupières déçues.

— Ne t’embête pas pour moi, je vais bien. Va rejoindre Arthur. Il est plus important que moi. Je retombe toujours sur mes pattes.

Elle ricane froidement.

— En tout cas, ça m’a fait plaisir de te revoir. N’hésite pas à revenir quand ça ira mieux avec Arthur.

Elle pivote sur elle-même et disparaît dans les escaliers.

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Cloine
Ce poème a été inspiré par la frustration que je ressens face aux réactions des gens quand je leur assure que je ne voudrai jamais être mère. Foutez-moi la paix.
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« Tout ce que l'on a vécu tous les deux, tous ce que nous avons partagé, je ne l'oublierai pas. D’ailleurs rappelles toi de ces après-midis tout les deux à se perdre dans les rues de notre ville, à explorer des endroits aussi paumés que nous deux, à mélanger nos langues et nos doigts, à allumer une clope après avoir fait l'amour, à rigoler comme des gamins et traverser la départementale en courant, croyant que juste parce que nous étions défoncés, nous étions invincibles. Mais je me trompais, rien, ni personne, même pas notre amour, est invincible.
Notre amour est parti, emporté par le vent. C'était beaucoup trop parfait, il fallait qu'on revienne à une putain de malheureuse réalité, il fallait qu'on se détruise pour se réveiller de notre rêve beaucoup trop idéal. Et nous avions réussi à retrouver la vraie vie, après notre escapade au septième ciel. Et regarde-nous, maintenant nous sommes juste deux êtres brisés que le temps a séparé, que l'arrivée du printemps a fait crever. La passion était trop forte et on a finit par prendre feu ,et  à présent, les cendres de notre amour s'est mélangée à la cendre de nos joins, nos éclats de rires se sont envolés en même temps que nos baisers. Il ne reste plus que mes larmes et le sang qui coule sur mes bras pour t'oublier, ou au moins pour faire semblant d'y arriver.
Depuis que nous nous sommes quittés, il ne me reste plus que mon corps a quitter, à m'envoler ,retrouver mon âme perdue au creux de ton cou, retrouver nos souvenirs ou du moins retrouver ce qu'il reste de nous, car je sais que toi je ne pourrais jamais te retrouver. Alors, je prends sur ce qu'il reste de moi, je prend sur les morceaux de mon cœur brisé pour essayer de reconstruire mon cœur . Je sais que sans toi, je n'y arriverais jamais, car un premier amour, comme toi, ça ne s'oublie pas. J'essaye donc de donner l'impression que sans toi j'y arrive alors que je n'y arriverais jamais, car seul ton amour pouvait me tenir en vie et depuis que tu es parti, je ne cesse de périr un peu plus chaque jour... »
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Défi
Blake Spume

Aujourd'hui je vais vous raconter trois histoires qui me sont arrivées, comme ça vous comprendrez peut-être mieux ce que que peux nous apporter … un livre.


Il a quelques mois j'ai découvers un café et dans ce café il y avait des étagères dans le fond de la pièce et sous le bar. Dans ces étagères il y avait des livres et mon père me dit: “Tu peut en prendre un.” .
Comment ça en prendre un?
Demain tu reviendra avec un des tiens et tu le mettras à la place de celui que tu as pris.


Sur le coup j'ai été époustouflé devant un tel concept, il fallait avoir une sacrée confiance en les autres pour faire ça sans surveiller ni rien. Je me suis dis que cette confiance venait d'un amour profond pour les livres. Un livre ça se partage:
Eh frangin j'arrive pas à dormir, tu lis un peu à haute voix?


Un livre ça s'échange:
T'as fini ton livre? Moi aussi, on échange?


Un livre ça se donne:
Frangin tiens! Et lis la première page: “Le plus doux des amours est l'amour qui unit deux frères.”.


Nous en sommes à la deuxième histoire. Un livre se garde toute une vie. C'est dans les années 40, lors de la seconde guerre mondiale que mon grand-père, patient dans un hôpital apprend à relier les livres, ces livres il les a ramenés. Aucun de ces livres, que je sache, ne s'est désagrégé et je sais que plus tard ils seront dans ma biliothèque puis dans celle de mes enfants et ça c'est le plus beau des cadeaux.


Enfin voici le troisième et dernier récit. Un livre est un plaisir des sens. J'ai découvers un jour une librairie, une petite librairie qui paraissait invisible pour les passants, dans cette librairie il y avait des rayons sur les murs mais surtout des amas de livres posés en tas à même le sol, des piles et des piles. Un euro cinquante, deux euros, ce n'était pas cher, peut être parce que les livres étaient anciens, une chance pour moi qui considérait que justement ils avaient, comme ils étaient anciens, plus de valeur. J'en pris un et mis mon nez entre ses pages, je caressais les pages d'un autre et enfin je feuilletait les pages du troisièmes.



Tout ça pour vous faire comprendre qu'un livre peut devenir votre ami de toute une vie.
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