XX – Le Meilleur Ami d'enfance

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— D’accord, j’ai exagéré. Ma mère n’avait pas besoin que je lui parle comme ça. Mais elle m’a tellement énervé que je ne tenais plus. Son état a empiré. Avant, je tenais cinq jours, maintenant, même pas vingt-quatre heures.

Je tourne la tête vers Arthur. Il porte un débardeur et un short molletonné vert d’eau qui met en valeur ses longues jambes imberbes. Sa casquette rose hurle un MOTHERFUCKER. Son bras droit sort de la voiture. Sa main surfe sur les vagues de vent, comme si l’air imposait une pression contre sa paume.

— Ça me permettra au moins de ne pas la revoir d'ici deux ans…

Nous nous arrêtons à un feu. L’air humide et chargé d'embruns emplit l’habitacle. Au loin, la mer s’étire sans fin jusqu’à l’horizon. Je souris. Je suis à la maison. J’avais besoin d’elle. Elle aussi, je ne l’avais pas revue depuis deux ans.

Je scrute les panneaux. Je suis dans la bonne direction pour la gare. Un Klaxon me ramène à la réalité. Je passe la première et tourne à gauche pour m’engager dans la rue en question.

— Ce qui m’emmerde, c’est pour mon père… C’est lui qui aura droit aux retours de flammes.

— N’y pense plus. Ça ne sert à rien de ruminer.

— Je devrais peut-être l’appeler pour expliquer que ma mère…

— Non non, ne le mêle pas à ces histoires. Il a d’autres soucis.

Il désigne d'un coup de menton le coffre dans lequel repose l'arbalète.

Je me gare sur le parking de la gare.

— Bon, après tout, ça aurait pu être pire…

— Comment ?

— Tu aurais pu lui montrer des extraits de ton Tumblr.

Il explose de rire.

— T'es con…

Nous marchons vers la mer. Après une centaine de mètres, la jetée s'élance sous nos yeux.

— Nous y sommes !

— Qu’est-ce qu’on fout là ?

— Figure-toi que, pour la première fois depuis mon départ, je suis exactement là où je veux être.

Je m’arrête face à une statue représentant une femme et sa fille attendant leur marin parti en mer.

— Sérieusement, qu’est-ce qu’on fout là ?

Je scanne la foule pour essayer d'identifier une tête connue.

— J’ai besoin de vacances. D'une pause de tout : sexe, alcool, conneries. Finies les embrouilles qui mènent je ne sais où. Or, qui dit vacances, dit le Grau, tu en conviens ?

— Oui…

— Et pour le reste, il me faut– Blanche !

Une femme d’une tête de moins que moi se retourne. Son immense queue de cheval vole dans son dos. Elle saute de joie en criant mon nom, les bras au ciel. Elle se jette à mon cou. Lorsque nous nous séparons, nous nous jaugeons.

Malgré que les traits de son visage soient devenus ceux d'une femme, elle n’a pas changé. Elle a toujours le même regard innocent, la même crinière qui lui chatouille les hanches et la même douce voix chantante. Son style vestimentaire n'a pas changé non plus. Elle arbore un pantacourt motif à fleurs et un haut rose pastel, probablement chinés au marché.

— Quelques rides d'inquiétude naissent peut-être au coin des yeux, mais, fatche, t'as pas changé.

— Je suis toujours le même étranger.

Elle s'esclaffe. Nous nous frayons un chemin parmi une foule de retraités qui écoute religieusement un guide leur expliquer l’histoire de la statue et des femmes de marins. Nous rejoignons la voiture et Blanche me conduit jusque chez elle. Entre un à droite et un à gauche, nous déconnons sur mon recours à une vieille cabine téléphonique pour lui donner rendez-vous sur une place publique.

— Ça fait film d'espionnage.

— Ça ferait de toi James Bond ?

— Ou Austin Powers.

— Fatche… ! Tu m’as manqué.

— Toi aussi. Et pourtant, j'ai l'impression que c'est hier que nous nous sommes vus pour la dernière fois. En vrai, ça fait quoi… trois ans ? Tu venais de te mettre avec…

— Cinq ans le mois prochain. À gauche, puis à droite.

Même si elle continue de rire, un léger voile a recouvert ses yeux. Maintenant que j’y pense, pendant des mois, elle me parlait de son prince charmant, Stéphane. Elle m’envoyait des photos d’eux à la mer, à la montagne, à la neige… Puis, elle n’en a plus envoyé. Elle me racontait seulement ce qu’ils faisaient. Enfin, elle n’a plus parlé de lui. Il se passait toujours autre chose dans ma vie et la sienne. Son nom a disparu. Ils ont dû se séparer en mauvais terme.

Elle change de sujet. Elle m'interroge sur mon voyage, comme les gens d'ici parlent de chaleur et de mistral. Nous empruntons notre énième rond-point et continuons de tourner autour du vrai sujet qui nous brûle les lèvres. Arthur. Je veux savoir s’il l’a appelée. Elle se demande ce que je fous ici et où j’étais avant de débarquer à nouveau dans sa vie.

— Stop. C’est là.

Nous pénétrons dans un lotissement composé de villas typique du sud, collées les unes aux autres. Tuiles d’argile, murs en crépis blanc, rouge ou jaune. Tout en se ressemblant, les maisons paraissent chacune différentes.

— Je me gare où ?

— Là.

Je m’arrête à côté d’une petite Ford Ka rouge. Je reconnais la voiture de Blanche. Née quelques mois avant moi, elle avait déjà le permis quand nous étions en terminale. Nous avons passé l’année à avaler les kilomètres dans la région pour faire découvrir ses richesses à Arthur, fraîchement arrivé de sa Bretagne natale : calanques, Baux-de-Provence, arènes de Nîmes… Sur l’autoroute, l’habitacle résonnait et menaçait de se déchirer. Assis à l’arrière, les fenêtres grandes ouvertes pour respirer, il était impossible d’entendre quoi que ce soit.

— Tu as toujours ta Ka ?

— Bah oui, pourquoi tu veux que je change ?

Je souris. Je reconnais ma Blanche, terre à terre et loin des préoccupations consuméristes. Nous sortons. J’attrape ma valise et la fais rouler jusqu’à une maison ocre. Nous entrons dans un petit jardin entretenu. Le gazon brille comme dans une publicité pour barbecue. Les haies sont taillées au cordeau et un parterre de fleurs sépare la pelouse de la terrasse en dalles de pierres rouges. La baie vitrée qui donne sur la table de jardin est entrouverte.

Elle me fait entrer. Je découvre une vieille dame aux cheveux gris sombre. Elle paraît petite et faible dans son fauteuil défraîchi, au dossier haut et à motifs fleuris. À côté de l’accoudoir est installé un cendrier en haut duquel crépite une cigarette.

Alors que le soleil éblouit l'extérieur, les ombres noient l'intérieur. C’est probablement dû aux baies vitrées fumées. Le salon ressemble à celui de Kum Kardashian, mais dans un espace plus réduit. Les meubles se frôlent presque. Sur les murs, les photos finissent de jaunir.

— Je te présente Josie.

Celle-ci se racle la gorge et se lève, dans sa longue robe de chambre blanche. Je m’approche d’elle en trois enjambées. Elle me jauge par-dessous.

— C’est donc toi le fameux meilleur ami d’enfance ?

Sa voix robotique et son ton sec et fermé me font frémir. Puis elle sourit de ses dents jaunes.

— Je suis content de faire ta connaissance.

Elle me serre dans ses bras jusqu’à me couper le souffle. Ses lunettes se plantent entre deux côtes. Mal à l’aise, je n’ose pas bouger.

— Peuchère, laisse-le respirer, mamie !

— Il n’est pas en carton, ton copain ! s’exclame Josie en me libérant. Je ne vais pas l’abîmer.

— On ne sait jamais, mamie.

— Vous avez une belle maison, madame, dis-je pour qu’elles arrêtent de parler de moi à la troisième personne.

— Merci. Par contre, minot, aussi flatteur que ce soit, tu vas arrêter de me donner du « vous » et du « madame ». Appelle-moi « mamie ». Tout le monde m’appelle mamie.

— Euh, pardon… mamie ?

— Voilà.

— On va passer à table, si vous voulez bien.

Josie se dirige vers la cuisine où trois couverts sont dressés sur une table branlante. Je jette un œil qui se veut discret sur la terrasse, mais la Josie me repère.

— Non, on ne mange pas dehors. Je suis allergique au soleil. Je sors, je fonds.

— C’est dommage alors d’habiter si près de la mer…

— Ce n’est jamais dommage d’habiter près de la mer, minot.

— Tu ne peux pas en profiter… non ?

— Parce qu’il fait soleil h-24 ?

— Il ne doit pas souvent pleuvoir.

— Oh le con !

— La nuit… soupire Blanche. Elle nage la nuit… Et arrête de l’embêter, mamie.

— Pardon, me souffle-t-elle derrière sa main. Je ne peux pas m’empêcher de chiner les gens.

Elle me lance un clin d’œil. Ne comprenant pas le mot chiner, je me tourne vers Blanche qui précise : « Dire des conneries ».

Nous nous installons. Josie pose un demi-melon dans chaque assiette et me verse un verre de rosé.

— Non, merci, mamie.

— Oh là ! il se tourne vers Blanche. Tu m’as dit qu’il buvait. Je me faisais une joie de partager mon gris avec quelqu’un !

— Si si, je bois, mais là… j’ai besoin de faire une pause.

Ses yeux verts me scrutent derrière ses lunettes.

— C’est quoi ces conneries ?

Je n'évoque pas ma résolution de l'ascèse et de la sobriété. Il me faudrait alors raconter Fontainebleau et Nevers. Et quelle image auraient-elles de moi ?

— Il ne veut pas boire mamie. Force pas, dis !

— C’est bon.

Josie s’assoit et plante sa cuillère dans son melon, boudeuse. Puis, elle attrape mon verre de vin et le boit cul sec.

— Faut pas perdre.

Blanche ne bronche pas. Elle s’attaque à son melon. Je l'imite.

— Alors, que fait un Parigot par chez nous ?

— Je prends l’air.

— Tu m’étonnes, minot. Avec la criminalité qu’y a là-bas, tu ne peux que vouloir t’échapper. Les gens critiquent Marseille, genre les Arabes, les odeurs et tout, mais Paris, c’est pas mieux. T’as la tour Eiffel, certes, mais t’as aussi la pisse, les tarés du volant et ces enculés prétentieux.

— Les politiques ?

— Non, les Parigots !

— Mamie ! Je t’avais demandé si ça te dérangeait qu’il vienne, tu m’as dit non !

— Bah oui ! Je suis contente de le voir.

— Alors pourquoi tu l’embêtes ?!

— Je ne l’embête pas, je parle ! J’ai pas le droit de parler chez moi ? Je t’ai heurté, minot ?

— Un peu…

— Oh et puis merde ! La vieille va se coucher !

Elle jette la cuillère dans son melon et sort de table. Elle monte les escaliers en tapant chaque marche du talon. Elle ne doit pas être habituée à rencontrer des homosexuels. Je ne le lui reproche pas. Je n'ai jamais réussi à en vouloir aux personnes âgées d’être homophobes, comme si elles étaient nées avant l'homophobie. Je me lève à mon tour.

— Je vais y aller, Blanche. Je ne veux pas déranger.

Elle m’attrape la main.

— Elle est comme ça, drama queen au possible. Vous devriez finir par vous entendre.

Je me rassois.

— Là, elle doit déjà regretter de s’être enfermée dans sa chambre. Elle ne rêve que d’une chose, c’est de son verre de vin. Et que tu lui parles de toi. Mais elle est trop fière pour revenir. Elle attendra qu’on soit partis pour finir son assiette.

J’essaie d’imaginer Josie dans les années 1960, à l’apogée du patriarcat. Elle devait être un sacré bout de femme à se dresser contre les hommes du haut de sa petite taille.

— Assez parlé d’elle. Dis-moi tout. Qu’est-ce que tu deviens ?

— Euh…

J’essaie de me rappeler dans quel wagon je l’ai laissée.

— Tu fais quoi maintenant ?

Je m'apprête à lui expliquer le quotidien de community manager, à recevoir le même commentaire « je ne pensais pas que c'était un métier », mais je me ravise.

— Pourquoi toujours parler de travail ? Est-ce vraiment ce qui nous définit ? Si oui, qu’en est-il des personnes qui n’ont pas eu le choix à la fin d’une longue période de chômage ?

Elle fronce les sourcils. Son regard m'explique combien je suis toujours aussi torturé. Je ne renchéris pas.

— D’accord, les amours, alors.

— Pourquoi, tout de suite, « les » ?

— C’est ce qu’on dit ici. Arthur, si tu préfères. Comment il va ?

Me voilà pris dans son piège. Veut-elle vraiment savoir comment il va ou connaître ma version des faits ? Je suis coupable. D'abandon. D'adultère. De tout ce qu'elle veut. Je n'ai pas besoin de me l'entendre dire. Et je n'ai aucune défense à apporter.

— Bon, pas le mari non plus. La famille ?

— Compliqué.

— Tu écris peut-être ?

Comment lui dire que j'ai tué mes chimères alors que j’ai passé la moitié de ma vie à lui répéter que je serai publié ? De son côté, elle attend depuis plus de vingt ans de pouvoir se rendre en librairie ramasser mon bouquin sur une table et le tendre, fière, à la libraire. « C’est mon meilleur ami qui l’a écrit. » Quelle déception…

— Pfiou…

— N’en parlons donc pas. Évitons les sujets sensibles. Repose-toi et profite du bon temps. Ce n’est pas ça le but de la Camargue ?

Elle sourit.

— Taboulé ?

***

Alors que nous remontons les bassins des Salins d’Aigues-Mortes, je ne peux m’empêcher de penser que c’est la première fois de ma vie que je mens à Blanche. Je lui ai toujours tout raconté. J’ai longtemps culpabilisé quand je me suis rendu compte qu’une fois arrivé à Paris, je l’appelais tous les trois jours pour critiquer Arthur, lui dire combien vivre avec lui était un enfer et raccrocher, mon venin craché. Je ne lui demandais même pas si elle allait bien. Je commençais les appels directement par un « tu ne sais pas ce qu’il m’a fait aujourd’hui ? » Même quand nous nous trouvions à deux doigts de la rupture, je lui racontais tout. Aujourd’hui, j’ai honte. D’avoir abandonné l’écriture ou d’avoir attendu si longtemps pour le faire ? D’être si pervers  ? D’avoir déserté Paris et Arthur ?… De tout ça à la fois. Ainsi que du temps perdu à ne pas m’en rendre compte.

À la fin de la visite, je n’ai rien retenu de la fabrication du sel. J’ai pris des produits à la boutique, comme pour racheter mon manque d’attention. Après les Salins, nous nous promenons en Camargue à cheval. Au rythme des sabots sur le sol, il n’existe plus rien que le soleil, le vent dans les oreilles, le sable qui se colle à la peau, les embruns qui nous enveloppent et le souvenir de la dernière sortie avec Jean-Kum Kardashian qui me revient par bourrasques. Il n'y a pas à dire, malgré la lourdeur du personnage, je m'amusais bien plus avec lui. Mais qu’a-t-il été dire à ma mère ?! J’inspire lentement… L'heure est désormais à la sobriété et à l'ascèse.

Le soir, nous tombons littéralement dans le canapé. Comme prévu, Josie est descendue en notre absence et a fait disparaître son melon. À notre retour, elle nous a interrogés sur notre balade sans faire référence à l’esclandre. Nageant dans une robe à fleurs bleues, elle prépare l'apéritif.

— Toujours pas de gris, minot ?

Je refuse, malgré l'envie qui me titille.

— Peuchère…

Comme à midi, elle boit seule son verre de vin, pendant que nous discutons de nos anciens camarades de lycée, de toutes ces filles qui se sont encombrées de gamins et de maris proprets.

— C'est hallucinant de se dire que nous avons eu le même parcours et que nous avons fini si loin les uns des autres. Fanny a sa famille, avec ses bouts de chou, comme elle les appelle. Toi, tu es marié à Arthur et tu vis à Paris.

— Et toi, tu es dans la Camargue avec ta vieille mamie ! s’exclame Josie.

— C’est ça…

Pendant un instant, nous restons silencieux. Le temps reste suspendu. Marié à Arthur et vivre à Paris. Je me souviens quand nous campions dans les abords de Nice avec Blanche, Arthur et moi chuchotions ce fantasme, la nuit sous la tente. Paris était presque possible. Le mariage était inconcevable. Des gens pestaient encore contre le PACS et j’avais une peur bleue de cette ville : notre couple y survivrait-il ? Et nous y sommes. À l’époque, je m’amusais à répéter « De toute façon, j’irai où tu iras. Que me faut-il pour vivre ? Un carnet, un stylo et toi ? » Bon… quelques années plus tard, il s’est avéré qu’il me fallait aussi un bureau, une Remington et un chien.

— Et Wes ? Tu as des nouvelles ?

— Non. Je ne lui ai pas parlé depuis les résultats du bac. On est amis sur Facebook. Je sais seulement qu’il est caissier à Intermarché, toujours dans la région, qu’il tombe amoureux d’un nouveau mec à peu près tous les trois ans et qu’il a toujours un look très… local, on va dire.

— Léger ?

— Desigual.

— Fatche ! Tu en sais des choses sur une personne à qui tu n’as pas adressé la parole depuis… quoi ? 14 ans ?

— C’est Facebook…

— Connais pas, désolé. J’ai essayé de m’y mettre, mais c’est comme l’alcool : j’ai beau me forcer, c’est pas fait pour moi. Tu te souviens comment tu ne jurais que par Wes quand tu étais en première ? Je ne sais plus pourquoi vous avez arrêté de vous parler.

— Arthur est arrivé.

Je ne lui ai jamais raconté ce qu'il s'était réellement passé. J'avais trop honte de moi. Même si je sais pourquoi notre histoire a connu un coup d'arrêt soudain et comment je suis passé à autre chose, je n’ai jamais vraiment oublié Wes. Il est toujours resté une certaine forme de frustration que j'alimente certaines nuits d'insomnie. Le plus loin où nous n’avons jamais été, c’est une léchouille sur son gland et une masturbation au fond de son sac de couchage, cette nuit-là au stage de théâtre. Comme on ne plonge pas dans la nostalgie tout à fait sobre, je ravale toute éventuelle révélation et garde pour moi ce qu'il reste de Wes.

***

Je suis allongé sur le dos, l’œil planté dans le plafond de la chambre « bretonne ». De bretonne, elle n’a que les motifs mariniers sur la literie et les rideaux, des nœuds dans des cadres et des phares en bibelot. Le 22 h 30 du réveil en forme de coiffe bigoudène éclaire la moitié de la chambre. C'est déjà plus sophistiqué que les WC bretons d'Éric et Bernard avec son phare solitaire. Ce soir, seul dans ce lit en nage, l'image d'Éric au fond des pissotières me revient par vaguelettes. Je suis presque frustré que nous n’ayons pas été plus loin. Qu'aurais-je pu faire pour empêcher ce carnage ? Me taire quand Éric m'a surpris en plein sommeil ? Envoyer des signes clairs pour inviter Bernard à nous rejoindre ? Je suis épuisé. Je ne sais plus à quoi je pense. J'ai fait ce que je devais faire. Mes paupières s’effondrent, mais les boutons de moustiques me démangent et me tiennent éveillé.

— Le Parisien et sa fine peau en Camargue…

Je tourne la tête. Je distingue à peine la silhouette d’Arthur et ses jambes déployées entre la chaise posée derrière la porte et le lit.

— En vacances et couché à dix heures ?

— Techniquement, je ne suis pas en vacances.

J’avale une gorgée d’eau. Après un silence, je murmure :

— Une vie saine dans un corps sain, voilà ce qu’il me faut. Sobriété et ascèse.

— Dans quel bouquin t'as chopé ça ?

— Nulle part. C’est mon corps et mon âme qui le réclament.

— Ton corps et ton âme…

— Regarde la déchéance de ce road trip…

— …

— Tu es là ?

— Tu sais bien que non.

— Sobriété et ascèse, n’est-ce pas l’avenir du monde ?

— L'ascèse est une bonne idée pour rayer l'humanité de la surface de la tête.

— T'es vraiment con quand tu t'y mets.

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