XVII – Le Fils indigne

12 minutes de lecture

Je serre le frein à main et coupe le contact. Ma mère grossit dans mon rétroviseur à mesure qu’elle approche. Pendant un instant, je me demande comment elle réagirait si j’ouvrais la portière au moment où elle passerait. Ça pourrait être marrant. Je lui dirais que je n’aurais pas fait attention et on serait quittes pour toutes les beignes injustifiées que je me suis prises dans mon enfance. Je me retiens finalement et attends qu’elle dépasse le véhicule pour en sortir.

— Ta mère t’a toujours mis si en colère, même quand elle ne t’a rien fait.

Arthur, assis sur le siège passager, repose son menton sur un bâton de pèlerin. Sa casquette arbore un WWJD, pour What Would Jesus Do, la même citation que la coque de téléphone de ma mère.

— C’est la mode locale a priori, glousse-t-il en pointant son couvre-chef.

— Si ma mère te voyait…

— Elle commencerait par se signer. Je suis l’incarnation de l’impureté de son fils.

Ma mère frappe à la vitre. Elle me demande ce que je fiche. Bien sûr, elle ne dit plus « fiche » depuis qu’elle a intégré sa congrégation de nonnes. Pour toute réponse, je hausse les épaules et sors de la voiture.

— Bienvenue chez nous. C’est magnifique, n’est-ce pas ?

Je découvre une demeure massive en vieilles pierres noircies par le temps, entourée d’un ridicule jardin sauvage. Avec de l’entretien et des jardinières aux fenêtres, ce lieu pourrait être un havre de paix. Me revient alors en mémoire la maison sans charme de Jean-Kum Kardashian. D’un coup, je réalise que le Jean de ma mère pourrait être Kum Kardashian… Non, bien sûr que non. Combien de Jean ai-je connus dans ma vie ? Trop pour les distinguer sur Facebook.

— Alors ?

— Euh… Quoi ?

— C’est magnifique, n’est-ce pas ?

— Euh… c’est pas trop grand ?

— Cinq chambres, deux cents mètres carrés. C’est exactement ce qu’il faut pour accueillir une si grande famille.

Je souris, malgré ma gêne, pour éviter de la blesser. En deux ans, je suis son premier enfant à venir chez elle.

Ma petite sœur, Delphine, refuse de lui adresser un mot depuis que ma mère a exprimé ses doutes quant à l’éducation païenne de sa petite-fille. Évidemment, Delphine, qui a été élevée aux coups de chapelets et à la trique catholique, n’a pas aimé sa réflexion et a promis de protéger sa fille de cette vieille sorcière acariâtre. Je doute que ma mère sache que depuis un an son arbre généalogique a vu germer un nouveau petit-fils.

Mon grand frère, lui, c’est une autre paire de manches. Il est socialement handicapé. Obnubilé uniquement par son confort et l’argent, il occupe ses journées à la recherche de petites combines lui permettant de vivre sans sortir un rond. Il n’achète rien au prix affiché et se fait toujours rembourser : il n’est jamais satisfait. S’il part en voyage, c’est uniquement pour bénéficier d’une ristourne de 80 % par le voyagiste. S’il est à l’étranger, il en profite pour acheter tout ce qui coûte plus cher en France, même s’il n’en a pas besoin. Pour l’instant, il n’a pas trouvé d’offre suffisamment attractive pour s’intéresser à un trajet Salon-de-Provence–Le Puy-en-Velay. Et concernant les enfants… ils ne représentent qu’un coût d’entretien considérable pour un retour sur investissement trop incertain.

Quant à moi, les gosses… le coût à l’achat est tellement prohibitif que l’entretien n’est pas encore un frein. Alors, emménager dans une baraque de deux cents mètres carrés avec cinq chambres pour ses enfants et ses petits-enfants me paraît quelque peu excessif. Ou prématuré, si je veux être gentil.

— Je ne voulais pas de jardin. Ton père serait incapable de s’en occuper.

Je ne réagis pas. J’ai arrêté. Je sors ma valise et la suis. Nous pénétrons une cuisine chargée de placards style Formica, comme on n’en vend plus depuis au moins trente ans. Quand j’étais gamin, ma mère rêvait de ce type d'ameublement. Le nôtre était composé de vieux bahuts récupérés au Secours catholique. L’imposante table en bois sombre, malgré la grandeur de la pièce, permet à peine d’ouvrir les portes.

Ma mère appuie sur un interrupteur. Un néon s’allume au-dessus de nos têtes dans une ambiance de sacristie. Les longues confessions avec père Michel me reviennent en un éclair, moi cherchant une position pas trop inconfortable sur une chaise en bois probablement du même âge que l’église, lui tonnant et tournant autour de moi, comme une mouche d’une vache.

Elle dépose sur la table les trois baguettes qui dépassent de son cabas et ouvre les placards les uns après les autres pour récupérer cacahuètes, saucisson, olives… Elle ne m’accorde plus aucune attention. Je sors donc de la cuisine et débarque dans un couloir. Je fais face à une porte marquée d’un « GARAGE » en bois (composé aussi par les nonnes ?). J’avance dans la pénombre et arrive dans un grand salon plongé dans le noir. De lourds rideaux occultent les fenêtres. Mon père regarde un match de foot. Je m’arrête dans l’encadrement et l’observe.

Il est installé au fond de son fauteuil hors d’âge, les bras reposant sur les accoudoirs. Malgré les ombres qui occupent la pièce, un détail me saute aux yeux : son ventre a doublé de volume. Quoique cruelle, la blague de ma mère concernant le transfert sur mon père du poids qu’elle a perdu me paraît juste. Il caresse du pouce la télécommande comme un talisman. Derrière l’écran de ses lunettes où se reflète le terrain de football, ses yeux ont l’air ennuyés. Ou triste. Ou las. En tout cas, sans expression. Même si mon père a toujours été plus ou moins taiseux, son regard n’a jamais rien exprimé. Enfant, je pensais lire de la sagesse dans la posture de mon père, comme un bouddha. Il était cette force immobile que rien ne percute. Il était le poing qui me frappait quand ma mère exigeait une correction : il agissait sans discussion. « Il m’a répondu. Fais quelque chose, Pierre, parce que je n’en peux plus de ton fils. » Boom. Puis boom. Et je savais que quiconque nous attaquerait subirait un choc dix fois plus sauvage, car on ne touche pas à ses enfants.

Aujourd’hui, pour la première fois, je l’observe tel qu’il est, presque sans vie. Comme un gorille en cage qui attend on ne sait quoi en fixant les yeux droit devant lui. Cette immobilité me frappe tant que le bruit des portes qui claquent, des verres qui s’entrechoquent et des raclements de gorge de ma mère fait montre d’une certaine fébrilité dans la cuisine.

Les sourcils de mon père se froncent et se tournent lentement vers moi. Il repère seulement ma présence. Son visage s’éclaire tout à coup.

— Tu es vivant, mon fils !

Hormis sa tête, rien ne bouge.

— Oui. Je viens d’arriver avec maman. Elle ne t’a pas envoyé de message ?

— Non.

— Je croyais.

La musique s’allume dans la cuisine. Le volume est si fort qu’il recouvre la voix des commentateurs sportifs.

— Ferme la porte et approche-toi, que je puisse t’observer, mon fils.

J’obéis. Quand je m’assois sur le canapé, il se redresse difficilement. Un écran lumineux éclaire nos visages.

— Tu n’as pas changé.

— Je sais…

Il tourne la tête vers la télé qui nous présente des serviettes hygiéniques révolutionnaires.

— C’est donc fini avec Arthur ?

— Seul Dieu le sait.

— Laisse-Le où il est, Lui. Il t’en saura gré.

Il m’arrache un sourire. Mon père est très drôle malgré son air à ne pas y toucher, au grand dam de ma mère. J’ai toujours voulu avoir son humour et sa répartie. La voix de ma mère qui vocalise la grâce de Dieu nous parvient depuis la porte close.

— Maman cuisine, maintenant ?

— Seulement pour les gens de son association.

— Ils-

— Mais qu’est-ce que vous fichez ?! Ils vont débarquer dans dix minutes et vous regardez encore cette satanée télévision ?

Sans avertissement, elle éteint l’écran, tire les rideaux et ouvre les portes-fenêtres en grand.

— Tu aurais quand même pu aérer. Ça pue ici. J’ai honte de recevoir des pèlerins avec cette odeur de… (Elle se fige.) Et toi, tu vas rester comme ça ?

— Comment ?

— Pierre, prête-lui une chemise. Ce sont des Parisiens quand même ! Je n’ai pas envie qu’ils aient honte de nous.

Je suis Parisien, maman.

Ma mère se crispe, les yeux noirs.

— C’est bon, mon fils, suis-moi.

Il appuie les deux mains sur les accoudoirs et pousse pour s’extraire du fauteuil. Il avance. Sa démarche est celle d’un homme de quatre-vingts ans, quand il n’en a que cinquante. Le dos courbé, les yeux plantés au sol pour s’assurer qu’il ne va pas choir, il se dirige comme un vieillard vers les escaliers. Ma mère secoue la tête, soupire du nez et retourne à la cuisine.

***

Quinze minutes plus tard, je me tiens debout, les poings dans le dos, derrière la maison, sur la seule parcelle de gazon tondue. Je porte une chemise rose layette trop large pour moi et le seul pantalon embarqué dans ma valise. Sur la table, l’attirail du parfait apéritif est disposé.

Je suis seul pour l’instant. Ma mère « se fait belle » et mon père a rallumé la télé pour regarder le journal de TF1. Les invités pour lesquels nous nous sommes dépêchés n’ont pas donné signe de vie.

— Ils arrivent ! Ils arrivent ! (Ma mère dévale les escaliers.) Éteins-moi ça, toi !

Jean-Pierre Pernaut se tait. Mon père se lève encore péniblement quand la porte qui donne sur la cuisine s’ouvre. Je ne bouge pas. Ils finiront bien tous par se diriger vers le saucisson (et je ne parle pas de moi). J’écoute de mon poste les bonjours de chacun, les commentaires sur le charme ancien de la maison.

— C’est ma première fois en Auvergne. C’est magnifique !

— Vous reviendrez, j’espère ! s’exclame ma mère.

— Nous ne sommes pas encore partis !

Ah ah ah ah ah !

— Je vous présente Pierre, mon mari. Mon fils ne doit pas être bien loin. Je vais le chercher.

Ma mère se précipite hors de la cuisine et court vers moi.

— Pourquoi restes-tu planté là ? Les invités sont dans la cuisine !

— Le corps du Christ est ici.

Son visage devient rouge (probablement le sang du Messie qui lui monte à la tête).

— Attention à ce que tu dis. Ne joue pas l’imbécile. Tiens-toi. Ne fais pas honte à ta Mère devant Ses invités. (C’est moi qui rajoute les majuscules, mais ses intentions sont claires.)

Quand nous arrivons dans le couloir face à la porte du garage, tout le monde sort. Nous sommes contraints de faire marche arrière pour éviter l’embouteillage. C’est donc de nouveau dans le jardin que nous procédons aux présentations. Je me retrouve au point de départ.

— Garde tes commentaires pour toi… claque ma mère.

Au menu, nous avons toujours les deux sœurs Marie que je ne fais pas l’effort de distinguer. Deux autres nonnes les accompagnent. J’en vois déjà une avaler une rondelle de saucisson avec la peau. Il faut croire que le vœu de pauvreté n’empêche pas la gourmandise. En fait, toutes les quatre piochent dans un bol en passant, mine de rien.

— Très jolie table, Madeleine !

Les accompagnent deux couples parisiens. Leur histoire ne m’intéresse pas. Bien sûr, ils ne peuvent s’empêcher de nous l’imposer, ponctuée de hochements de tête de ma mère. Les sœurs applaudissent presque quand l’un d’eux parle de leurs enfants de deux, quatre et six ans.

Les conversations autour des patates froides et des morues dessalées consistent en des interprétations approximatives d’articles lus dans Le Figaro, comme si le simple fait d’être abonné à un journal faisait d’eux des experts. Les Parisiens ont un avis tranché sur mon quartier qu’ils traitent de malfamé. Une des femmes renchérit en le qualifiant de cour des miracles où s’organisent de véritables mosquées en ciel ouvert. Les nonnes grognent.

Je ne réplique pas. Je me ressasse mes vœux de sobriété et d’ascèse. Les pèlerins, pour leur part, procèdent autrement. Les verres de rosé qu’ils vident semblent les rendre de plus en plus spécialistes, surtout quand ils abordent les effets néfastes de la monoparentalité prégnante dans les banlieues, génératrice d’enfants dysfonctionnels.

Le débat touche son point Godwin quand ils abordent la laïcité qui a causé un manque de spiritualité qui a lui-même engendré deux guerres mondiales, une guerre froide, un 11-septembre, un 13-novembre… La liste est interminable. Les religieuses secouent leurs bouches pleines pour appuyer leur science. Les pèlerins ont fait mouche.

Mon père ne dit rien. Il reste sans expression alors qu’il essaie d’avaler le poisson caoutchouteux. Ma mère exulte. Si les Parisiens s’amusent, c’est grâce à sa qualité d’hôtesse. Aucun ne s’intéresse à moi.

Après le fromage, le dessert et le café, ils sont partis comme ils sont venus. Tel un ouragan. Mon père s’est renfoncé dans son fauteuil. Ma mère et moi débarrassons.

— Le pèlerinage ne doit-il pas être le moment du dépouillement pour se recentrer sur la simplicité et Dieu ?

— Qu’est-ce que tu veux dire ? claque ma mère.

— Ils n’ont pas laissé une seule goutte, remarqué-je en posant les trois bouteilles de rosé vides sur la table. Ils ont même repris du fromage.

— Leur pèlerinage commence demain. Et puis, n’as-tu pas mieux à faire que regarder ta mère ranger la vaisselle et tout commenter sans arrêt ? Arthur, par exemple, tu l’as appelé ?

Fin de la conversation. Je soupire et quitte la cuisine.

***

L’ordinateur et le téléphone de mon père sous un bras, ma valise dans l’autre, je m’enferme dans une chambre à l’étage. La pièce est tapissée de lambris du sol au plafond et ne compte qu’un lit recouvert d’une bâche en plastique, sans un pli. Je pose le PC sur le plastique. Je fixe le téléphone. J’ai envie de parler à Arthur, d’entendre sa voix, qu’il me raconte ses journées, qu’il me parle du chien, mais je ne veux rien lui dire. Je ne peux pas lui avouer que j’ai menti. Que je l’ai trompé. Ou failli le faire. Je jette le téléphone sur le lit. Je sais que je lui dois des explications. Elles attendront.

J’ouvre l’ordinateur. Après un démarrage interminable, j’arrive enfin à lancer Firefox. Un tutoriel sur l’armement des arbalètes se charge. Je soupire, imaginant ma mère s’informant sur le sujet pour faire la discussion à des pèlerins adeptes de pêche sous-marine. Je me connecte à Facebook. 103 messages et 78 notifications m’attendent. Je soupire. Je ne sais pas si c’est trop ou pas assez. C’est sûrement mieux que rien après je ne sais combien de jours déconnectés.

Je commence par les notifications. Parmi des invitations à des jeux obscurs de Facebook, beaucoup concernent des mentions dans des publications. Toutes sont amorcées par Arthur qui fait appel à mes amis virtuels pour tenter d’obtenir de mes nouvelles. Son inquiétude grimpe de post en post. Dans l’un d’eux, il réclame le numéro de Blanche. Une connaissance de lycée que je ne connais plus si bien l’invite à la contacter par Messenger pour le lui donner.

Il faut croire que le mensonge ne sera plus si difficile à avouer… Il a appelé Blanche… Elle lui a expliqué que je n’ai jamais mis les pieds chez elle. Il pense que je me suis installé chez un amant fictif. Il a fait une croix sur moi. Je n’existe plus pour lui. Il s’est mis en couple avec quelqu’un de mince et équilibré. Peut-être notre ami d’Amsterdam. C’est certain. Une pointe commence à percer mon abdomen. La chaleur de la pièce monte. Je sors la boîte d’antidépresseurs de ma poche et avale un cachet.

Je poursuis tout de même mon exploration de Facebook. Ma mère a mentionné mon nom dans une publication du jour. Je clique sur le lien et apparais assis à côté d’elle, le sourire figé, dans l’espace d’attente de son association sous le drapeau arc-en-ciel. En légende, une seule phrase : « Le retour du fils prodigue ». Les likes s’entassent, mais aucune d’Arthur.

Je clique enfin sur Messenger. Comme je m’y attendais, le premier expéditeur est Arthur. J’inspire profondément et clique sur son nom. Les premiers messages datent d’il y a quelques jours. Il explique essayer tous les moyens de communication pour me joindre. Il me pardonne toutes les erreurs que je pense avoir commises. Je lui manque. Il joue sur la culpabilité et envoie une photo de lui et de notre chien. Tu manques à Pégase. Je n’arrive pas à aller plus loin. La photo d’Arthur, le chien dans les bras, s’efface sous un océan de larmes. Je l’imagine dans notre lit, avec Pégase et notre ami amstellodamien, lui exposant combien je suis un monstre. Il s’est constitué une nouvelle famille sans moi…

Je reste de longues minutes les yeux dans les paumes, à penser à lui. À combien il me manque. À combien je l’ai trahi. À combien il est mieux sans moi.

Quand enfin je n’ai plus de larmes à sécher, je relève la tête. Dans la colonne de gauche où sont listés les destinataires, un nom en gras attire mon regard : Jean Besson. Lui encore ? Que me veut-il ? Je clique dessus. Quatre messages s’affichent. Tout d’abord, une photo de moi, nu et en érection, dans un lit de vieille mère, endormi, allongé sur le dos. Puis trois courts messages.

Jean : Ton mari s’appelle Arthur Le Guellec.

Jean : Si tu ne reviens pas, je lui envoie cette photo.

Jean : Puis les vidéos.

Jean Besson est Kum Kardashian. Ses messages datent d’il y a deux jours. Que veut-il à ma mère ? Et que lui a-t-il dit ? Et à Arthur ? Qu’a-t-il fait ?

Annotations

Recommandations

M.G Eloine
Qui n'a jamais soupçonné ces petites boules de poil dévoreuses de pâté d'être des génies manipulateurs au service d'un dessein qui nous dépasse? Suivez les aventures de Suzie et de son chat Duke dans une enquête délirante dont l'issue décidera de l'avenir de l'Humanité.

Avertissement: à lire en l'absence de félidés. L'auteur décline toute responsabilité en cas de griffure, morsure ou d'attaque psychique...
1
4
3
34
Roseline Lambert

Cet instant pourpre...

Voici l'automne qui pose son manteau de feuilles sous nos pieds,
Tandis que les peintres se jouent de ses couleurs sur leur toile,
Les enfants jouent encore, sur les pavés glissants ,et hissent la voile,
Ricochent les rires sur les ruisseaux, voyagent des bateaux en papier.

Le ciel nuageux fait de l'ombre aux jardins,
Il ramène une brise frissonnante sur la peau,
Mais les amants se réchauffent de baisers en vain,
Dans leur jardin d'éden, ils y étouffent leurs maux.

Je contemple le tableau, posée sur une branchage,
Seule dans mon arbre qui pleure son feuillage,
Sa verdure le quitte, son cœur se dénude.

Et les amants qui s'aimantent, s'alimentent de ça,
C'est le temps des baisers, un instant pour s'aimer,
Des lèvres qui salivent, les feuilles rougissent de ça,
Des couleurs prennent place, je peux encore rêver.

Cet instant de saison, chantons la à l'unisson,
Faisons place à la couleur, cessons d'avoir peur,
Bientôt les feuilles reviendrons, en attendant cette heure,
Profitons de ces goûts, des langues qui se délient, elles sont
La papille de tendresse, un vertige de sensation.

Cet instant de saison n'a qu'une seule couleur,
Celle de la vie, du sang, et celle du cœur...
2
0
5
1
Défi
nano

Je me souviens d'un temps où le chauffage électrique n'existait pas, tout du moins pas encore chez nous. À l'époque nous avions une cuisinière et un poêle à bois qui chauffait parfaitement (enfin presque) la maison. Je revois ce long couloir qui menait à nos chambres et au milieu de celui-ci le poêle à bois qui chauffait les pièces dont les portes restaient ouvertes pour que la témpérature de celles ci soit acceptable. La saison froide arrivant, c'était tous les soirs avec le même rituel que ma mère nous préparait nos briques (chauffeuses). Bien sûr elle les y avait mise depuis un bon moment, et dès qu'elle ouvrait la porte du poêle d'abord l'odeur du bois qui commençait à m'envahir, mais ce qui se rappelle le plus à mon souvenir et dont j'ai toujours l'odeur en mémoire, c'est l'odeur de ces briques chaudes que l'on emmenait précieusement , enveloppées dans un torchon, jusque dans notre lit. Une odeur de fumée incomparable, odeur de brique chaude qui me transportait. Quand on se glissait dans le lit au bout de quelques minutes, cette odeur se mélait à celle des draps et je me souviens que pendant quelques instants je me concentrais sur cette odeur qui en plus de la chaleur qu'elle procurait, m'apportait un bien-être immense et intense.
Maintenant il y a bien les bouillottes, mais rien à voir avec cette odeur si particulière de la brique chaude qui restera à jamais dans ma mémoire.
12
22
4
1

Vous aimez lire Étienne Bompais-Pham ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0