XII – Le Putain de Saumon

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Bienvenue sur l’aire de Nevers.

Je serre le frein à main et coupe le contact. Les essuie-glaces s’immobilisent. Radio Trafic se tait. La rumeur de la pluie envahit l’habitacle. Sur le siège passager est repliée la carte routière sur laquelle j’ai tracé l’itinéraire entre Fontainebleau et Le Puy-en-Velay. Me voilà retourné à l’âge de pierre.

Lorsque je me fige sous l’abri des toilettes, je suis trempé jusqu’à l’os. L’eau se déverse du toit et déborde les caniveaux. Le déluge s’abat sur nous. Un éclair déchire le ciel. Puis, le tonnerre gronde sur ma tête. J’admire le tableau qui se forme sous mes yeux.

Un fantasme m’agrippe d’un coup. J’ai envie de me déshabiller et de danser nu sous la pluie. L’idée aurait plu à Jean-Kum Kardashian (je ne sais plus comment l’appeler). À son traditionnel « cap ou pas cap ? », j’aurais hurlé « cap ! »

Je tente de discerner les ombres qui parsèment le parking pour vérifier que je suis seul, mais le rideau de pluie masque toute présence. Pourquoi justement ne pas profiter de ce voile pour réaliser cette folie ? Je ricane comme un gosse ivre de ses hormones et me jette à l’eau. Je fais le tour du bâtiment et m’arrête dans un renfoncement. Je retire mes vêtements. La clé de la voiture et ma boîte d’antidépresseurs, redevenue mon doudou, s’échappent de ma poche. Je les attrape et enroule mes vêtements autour. Je planque le tout dans un coin au sec.

Je plonge alors à pieds joints dans la rivière qui dévale le trottoir. Les bras au ciel, j’offre mon corps aux cordes qui me fouettent, m’enserrent et me lèchent. Elles ne manquent pas un centimètre de ma peau. Je suis exalté. Je ferme les yeux et me laisse caresser par des milliers de minuscules mains sans visage. Je suis le centre d’un gang bang, le poids des corps à approuver en moins, le plaisir de l’inconnu en plus. Je ris à ne plus savoir m’arrêter. Je danse au son du tonnerre. Je goutte le bonheur de l’instant. Personne ne m’attend. Seul compte maintenant.

Puis mon corps me ramène à la réalité. Je n’ai pas quitté l’autoroute pour danser. Je rejoins mon renfoncement et renfile t-shirt et short. Je fourre mon caleçon dans une poche, ma clé et mes antidépresseurs dans l’autre. Le contact des vêtements humides sur mon corps détrempé est désagréable, mais excitant, comme porter un article fraîchement dérobé. Je refais le tour du bâtiment.

Depuis les années 1990, les WC des aires de repos n’ont pas changé. Le cadre est toujours glauque, avec sa boue sur le carrelage, ses gros carreaux de verre transparent tentant de faire entrer la lumière et sa crasse qui recouvre murs et plafonds. Une affiche au-dessus des lavabos invite à laisser l’endroit aussi propre qu’on l’a trouvé. Vu le gras qui masque les reflets dans le miroir et les traces marron qui parsèment l’émail, il paraît compliqué de le salir davantage.

— L’aire de repos ? On ne pouvait pas faire plus cliché pour draguer…

Je tourne la tête vers Arthur qui me sourit. Sa casquette arc-en-ciel signale un Gay By Nature en paillettes sur un costume noir. L’averse m’aurait-elle rendu fiévreux ?

— Ce n’est pas ce que tu crois.

— Je ne crois que ce que je vois.

Son regard se plante dans le caleçon qui dépasse de ma poche. Je le renfourne.

— Je n’ai pas quitté Paris pour vivre un marathon sexuel…

— Dommage… c’est pourtant une occasion… Et pourquoi es-tu parti, sinon ?

Je pousse un léger râle. Je ne réponds pas. Je ne bouge pas. Je fixe le miroir. À travers l’huile de la glace, je ne distingue que mes cernes qui s’épaississent. J’attrape une feuille de papier et m’essuie visage et cheveux.

— Alors, comme ça, tu rentres chez ta mère ?

— Oui… Retour aux sources…

— Tu n’as jamais mis les pieds en Auvergne.

Je ne m’explique pas ce besoin de retourner chez mes parents.

— C’est naturel, tu sais. C’est comme les saumons qui remontent la rivière pour rejoindre leurs lieux de naissance et perpétuer l’espèce en pondant là où ils ont éclos.

— T’es sérieux ? m’exclamé-je en scrutant son visage impassible.

— Très.

— Je ne suis pas un putain de saumon.

— Si tu le dis.

— Et puis, comme tu l’as dit, je n’ai jamais mis les pieds en Auvergne.

Arthur continue de parler, mais je ne l’écoute déjà plus. La présence d’un type dans son dos m’interpelle. Installé devant son urinoir, il n’a pas bougé depuis mon arrivée. Son œil me scanne. Il porte un jeans slim griffé d’un trivial DIESEL sur les fesses et de Nike Air Max dans un vulgaire dégradé de bleu. La quarantaine, il est bien conservé, mince, avec des cheveux encore bien noirs. Son coude s’agite en un rythme régulier. Ça ne fait aucun doute. Il se tripote.

Je souris. Des fourmis frétillent dans mon ventre. Le trou noir formé par le plug de Jean-Kum Kardashian est aspiré par cette scène. Je ne réfléchis pas. Je m’installe à la pissotière de gauche. J’ouvre ma braguette et sors ma bite. Son regard s’y accroche. Mon œil louche sur la sienne. Comme je m’y attendais, il est raide et se caresse. Bien sûr, plus mon pénis s’érige, moins je parviens à uriner. Son poing se ferme autour de mon sexe déjà dur. Je le dévisage. Il est en transe. Il me branle. Je commence à gémir. La foudre qui me traverse me rappelle combien la chaleur humaine me manquait. Fuck la pluie. Je préfère sa peau. Je me sens bien. L’homme me tourne vers lui. Il s’agenouille quand la porte grince. Quelqu’un arrive.

En un mouvement, je remonte mon short et m’enfuis. Lorsque je m’installe sur le siège passager, les battements de mon cœur couvrent le bruit de la pluie. Je ricane encore comme un gosse passé à ça d’une sanction, quand deux coups tapés à la vitre me ramènent la réalité. Je sursaute. Le type des urinoirs sourit sous la pluie, emmailloté dans un large imper. D’un moulinet du poing, il m’invite à baisser le carreau. J’appuie sur le bouton.

— Il pleut. Sous les arbres, c’est la gadoue.

Un éclair illumine sa figure. Son visage est déchiré par un sourire et des yeux chargés d’espoir.

— Tu m’excites beaucoup. J’adore les… enfin, tes arguments sont convaincants, dit-il en m’arrachant le short des yeux. On va chez moi ?

Mon palpitant résonne dans mon corps. Avant que je formule une réponse, il se colle à la voiture et ouvre son manteau. Son sexe dur me tombe sur le nez. Son odeur de mâle, de pisse et de sperme m’enivre. Je déglutis. Je le lape. Il gémit. Puis il m’arrête en refermant son imper.

— Attends, on ne va pas faire ça sur le parking. Trop risqué. J’habite à une dizaine de minutes. Ça sera rapide. Suis-moi. C’est la prochaine sortie.

Il disparaît dans sa voiture avant que j’articule un mot.

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