One

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 Tarlequin, ousinier de niveau 4, l’échelon maximal du service public, ci-devant responsable du contrôle des rames du métropolitain, s’extrait de son léviteur. Regarde tout autour pour voir si un cadsoc se trouve présent ; lance une notification avec accusé de réception. Ne reçois rien en retour. Décide donc de s’en aller satisfaire à des fonctions naturelles sans avertir une quelconque hiérarchie, absente.

 Vétéran, il enregistre dûment l’incident pour éviter que la ponction de crédit de culpabilité forfaitaire ne lui soit imputé. A son niveau, même 1/90° représente une réelle ponction grevante. Toute absence temporaire de poste doit être justifiée. Il ne lui appartient pas toutefois de rechercher le supérieur mais à lui d’être présent ou disponible. Ni d’attendre au risque de commettre un acte supérieur d’insalubrité qui le mènerait devant une commission d’éthique puis au tribunal. L’ensemble lui coûterait minimum 50 parts de crédits, soit quasiment 7 années standardisées d’existence avant de pouvoir reprendre rang dans une file d’attente de régênéthique. A son âge, il risquerait la mort réelle avant de parvenir au fameux sésame ouvrant droit à un nouveau cycle de 25 ans, le maximum possible pour les classes inférieures.

 A son niveau, il fallait une soixantaine d’années pour rembourser une carte régênéthique. A soixante dix ans révolus, son tour était arrivé. Il passerait devant le comité régên dans deux jours. A l’issue d’un examen médical approfondi, il lui ferait savoir combien d’années naturelles, il lui restait à vivre. Avec les 25 ans acquits, il connaitrait donc la date de sa disparition.

 Le décès comme tout acte de l’existence se planifie. Il faut acheter l’urne de conservation, la carte mémoire des données mnémoniques, la cérémonie et le transfert des biens, via l’assurance ad-hoc, qu’ils soient bénéficiaires, uniquement à vrai dire dans le cas des cadsocs hors cadre, ou déficitaires, tous les autres. Sans cette planification, le décès mène le corps directement au recyclage et tout ce qui faisait l’être disparaît pour toujours. Sans décharger la parentèle, descendants, ascendants, par alliance, cousins, etc., de leurs obligations de remboursement des cartes dues.

 Il a aussi une autre ambition. 60 moins 25 font 35 ajouter à 70 font 105. Il n’avait plus qu’à croiser les doigts pour que le comité lui annonce la bonne nouvelle d’une survie originelle d’au moins 110 ans pour la marge. A ce compte-là il pourrait de nouveau faire l’emplette d’un crédit régênéthique majorée pour hauts services d’état. En outre si son service public s’achevait sans incident, il passerait cadsoc, niveau 0 avec une potentialité de carte augmentée jusqu’à 40 ans. L’objectif était largement atteignable, la moyenne de longévité de la sphère Asirope est de 141 ans. Si madame son épouse l’avait su, elle en aurait eu des convulsions et n’aurait pas manqué de lui gâché la vie d’une de ses remarques acerbes et aigries. Il la voyait très bien capable de lui dire qu’il était stupide d’être joyeux à l’idée de récupérer 25 ans de rab existentiel uniquement pour créditer son enterrement. D’autant plus qu’elle, en tant que femme, conceptrice de deux enfants sains mâle et femelle, source d’un bonus de cinq ans chacun, plus cinq pour la parité, d’une réduction de 0,5 % sur le remboursement de sa carte régénéthique, avait déjà eu accès au comité ; qu’elle savait son terme de vie naturelle fixé à 96 ans (en aparté, pas terrible) et obtenu son rendez-vous au centre régén.

 Finalement aussi mince fut-il, cet espoir est une source absolue, jamais connue, d’euphorie. Un niveau qu’il pensait avoir atteint le jour de son premier contact sexomérique mais largement dépassé tant en ampleur qu’en sensation.

*

 Tarlequin, une fois soulagé, réglé sa taxe sanitaire, se dit qu’un détour par les districof ne lui ferait aucun mal, hormis à sa carte nutrimentaire. Habité par son optimisme béat, il s’octroya un double caouacream, luxe qu’il ne s’autorisait que mensuellement normalement.

 Son gobelet à la main, il reprit le chemin du centre de contrôle. La lumière s’était éteinte, preuve que son absence avait duré plus de quatre minutes, qu’aucun cadsoc n’avait pointé le bout de son nez. Il stoppa immédiatement pour noter ce nouvel incident, degré mineur niveau 3, passible d’une amende salée pour le permanent voire d’un passage en comdiscip.

 Il remarque alors que le noir de la salle est rougeâtre. Trop ! Il se précipite. Le décalage entre entrée et éclairage fait que la seule chose qu’il voit est une guirlande de points rouges du plus joli effet mais du plus terrifiant impact sur ses émotions. Toutes les alertes en même temps, une situation impossible, jamais rencontrée.

 Il se précipite sur ses écrans. C’est le moment où Janfoutre, le cadscoc de permanence, choisit pour arriver comme une furie en hurlant :

— Qu’est-ce que vous avez fait ?

 Il ne prend pas la peine de répondre. Ce qu’il voit sur les écrans le terrifie. Le métro vient de percuter deux personnes. Il aurait dû s’arrêter bien avant. Il écrase le bouton d’urgence. Aucune réaction ! La panique l’habite entièrement. Derrière lui, Janfoutre hurle, stérile.

— Ta gueule ! Lui rétorque-t-il

 L’effet est immédiat. L’autre se tait, suffoqué. Tarlequin essaie de comprendre. Il regarde les paramètres de vitesse. Trop rapide, la rame ne pourra prendre l’ultime virage avant les hangars du terminus. Il va faire tout droit. Directement sur le terminal de contrôle ! Sur lui ! Dans combien de temps ? 35 secondes ! Fuir, il faut s’arracher.

— Dehors, hurle-t-il

 Janfoutre stupéfait reste statufié. Tarlequin appuie sur l’alerte générale d’évacuation. Elle ne se déclenche pas. Pas le temps d’investiguer, il fait demi-tour pour se sortir du centre et percute violemment Janfoutre qui n’a toujours pas bougé le petit doigt. Ils s’étalent. Il hurle de douleur. Sa cheville droite a vrillé. Mentalement il estime que 19 secondes se sont écoulées. Que cette journée qui promettait tant va s’achever en calamité. Noter ce nouvel incident, majeur absolu ou ramper vers la sortie. Il choisit la seconde option. Janfoutre l’a saisit au revers de sa veste tout en lui demandant ce qu’il s’est passé. Il lui assène ses deux poings dans la figure et commence une reptation affolée. Il sent une main saisir sa chaussure droite. Le geste amplifie sa douleur. Il n’a pas pensé à activer son implant médic pour soulager sa douleur. Il rue de la gauche, entend le floc provoqué par le choc avec la mâchoire du cadsoc. La main lâche, il se démène des deux mains pour se tracter vers la porte. Son euphorie s’est envolée. Il n’y arrivera pas. Résigné, il déclenche le backup de sa centrale. C’est son seul espoir, la reconstruction ! A condition qu’il soit reconnu innocent de cette série d’anomalie. Ce geste ultime de dernière urgence vital va alerter les polisociers de la sécurité civique, des renseignements internes et de sa moitié. Même si leurs rapports étaient distendus depuis longtemps, elle ne ferait pas barrage à ses devoirs matrimoniaux. A commencer par prendre rendez-vous au centre régén pour reconstruction anticipée suite incident involontaire de nature mortelle, non coupable.

 Le vacarme de la collision de la rame éventrant la salle de contrôle lui procura une douleur insupportable qui pour n’être que psychologique le tua plus surement que la motrice le déchiquetant.

 Il ne saurait jamais qu’il ne serait pas reconstruit. Non par culpabilité, pas par parjure de son épouse, juste par malchance pure. L’écrasement, on ne sait comment, déclencha l’annulation de sa sauvegarde. Cet incident rarissime, passé à la postérité sous le pseudo « Tarlequinade » est à l'origine de la loi 20 de régênéthique imposant qu’en cas de backup d’urgence, deux confirmations soient nécessaires ; qu’elles seraient alors non réversibles. Dans un effort fraternel inespéré du directoire, cette disposition se fit sans augmentation du crédit. Des mauvaises langues, elles sont inévitables où que se trouvent un groupe d’humain de plus d’une personne, insinuèrent que la disposition resta gratuite car inapplicable en cas d’urgence absolue. Ce à quoi le directoire rétorqua que deux confirmations, mentales, de surcroit, ne prendraient pas plus de temps. Que ce n’était qu’une sécurité. Qu’au cas malencontreux où la seconde ne puisse être activée, la première restait pérenne quoique soumise aux aléas à relativiser vu le taux d’incidents, 0,001 %.

*

Rapport d’incident :

… Il s’avère qu’à l’examen des traces numériques, la motrice n’est pas la responsable de l’annulation de la sauvegarde du sieur Tarlequin mais le dénommé Janfoutre dont les restes n’ont pas été retrouvés et qui, selon toutes probabilités, serait le dénommé Axandre. Son évasion reste à éclaircir et fera l’objet d’un annexe au présent rapport.

La cellule de conseil et veille suggère de taire l’incident et de ne pas procéder à l’annulation du décret 20.

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Publication 6 janvier 2021

Merci à vous...
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Défi
Deadnox
et voilà vous me direz en commentaires ce que vous en pensez. Allez bisous les ptit gens.
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