Apologie

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 Ses préparatifs basiques, à vrai dire plutôt un contrôle, ne lui prendraient qu’une vingtaine de minutes. Elle les avait planifiés bien en amont et étaient purement matériels. Le reste, activation des défenses électroniques, changements d’identités, modifications physiques seraient plus longs, plus minutieux. Il lui resterait alors à planifier ce que le monde des auditeurs libres surnommaient cyniquement le testamentaire. L’enregistrement de ses données essentielles pour le clonage de survie ; le graver sur la puce de transfert d’urgence. Autant de précautions sécuritaires sau cas où une mission tournait mal et que son issue soit fatale à son enveloppe matérielle. Si l’apprêt était long, son mode de fonctionnement était d’une simplicité enfantine. Au moindre signe d’un arrêt cardiaque et/ou d’une perte d’activité du cerveau, elle entrait immédiatement en action pour transférer vers un corps déjà prêt tout son contenu. Elle s’autodétruisait ensuite. Ni vu, ni connu, un secret jalousement gardé par ce corps d’élite, humain comme grand Maître de l’ordre des Auditeurs. Même les primes de ce dernier, ses adjoints les plus directs, n’étaient pas dans la boucle du secret. S’en approcher, s’en douter, émettre l’hypothèse leur aurait coûté l’effacement sans avertissement. C’est peu de dire que Maître Lavemont, détenteur de la chaire auditrice, n’avait aucune hésitation à mettre en application le principe. Jusqu’à la simple suspicion…

 Une fois ces préliminaires réalisés, elle activa son bouclier synaptique. Elle était parée pour affronter les opérations de contrôles de toutes sortes. A l’exception de la dernière génération de scanners, celle des polisociers chargés de la faction des réactionnants. Les auditeurs n’avaient pas trouvé de contremesure fiable, pas encore. Dans l’attente, chaque missionnaire, avant d’opérer, s’équipait donc du même matériel que ces derniers. Ils étaient ainsi prévenus dans la même seconde qui se transformait en avantage pour réagir, agir, éradiquer et prendre la fuite.

 C’est dans cette optique, toujours possible, qu’elle avait demandé un BROPPO, brouilleur à phasage proactif à vocation offensive. Une arme, commune dans les groupes de sécurité, dont seul le nom était commun. Les auditeurs, en toute illégalité, l’avait nettement améliorée. D’abord sa taille, passée d’un mètre cinquante de longueur à moins de trente centimètres sur moins de vingt de large. Ils en avaient accru la puissance et l’avait doté d’une visée de précision totalement absente dans sa consœur exclusivement utilisée en champ large et extra large et n’opérant aucune distinction dans ses victimes. Typiquement l’engin parfait pour les émeutes, les combats en groupe mais pas pour l’usage particulier qu’en faisait les auditeurs. En outre, dernier détail appréciable, elle se synchronisait avec son porteur, tous ses accessoires y compris la transmission encéphalique, gamme d’ondes émotionnelles. Redoutable, une arme d’autodéfense automatique agissant sans aucune intervention physique d’où une rapidité inégalée.

 Elle allait donc l’associer au scanner. Si un pépin apparaissait, elle bénéficierait des quelques secondes nécessaires pour entamer sa fuite, largement suffisantes pour lui permettre d’échapper à toutes poursuites ou une éventuelle intervention d’un citoyen en mal d’héroïsme.

 Une vibration sur son avant-bras, elle jeta un coup d’oeil. Une notification mauve clignotait, le signal du taxi.

— C’est parti ! Dit-elle tout haut, pour personne

— Bonne chance ! Lui répondit la centrale

 Réponse standardisée ou réelle connaissance du but de cette journée ? Elle n’aurait su dire, ni se risquer à un pronostic. Venant d’androgenus, tout était possible ! Elle sortit. Sur le trottoir, se trouvait un homme. Elle le regarda, cligna des yeux deux fois. Sur l’autodrive, le taxi arrivait, se déporta vers le trottoir et s’arrêta pile au moment où elle en atteignit le bord. La porte chuinta et sans avoir besoin de faire un stop, elle grimpa et s’assit. Le véhicule redémarra. Il n’avait pas fait cinquante mètres qu’une immense déflagration résonna. Elle ne se retourna pas. A peine se prit-elle à souhaiter que son collègue n’avait pas surdosé l’explosif pour limiter le nombre de victimes. Elle en doutait ! Ils n’avaient pas pu agir en injectant juste son appartement. Sa centrale aurait repéré immédiatement l’intrusion et l’introduction d’éléments nocifs dans un univers hautement sécurisé. Pas de témoins, telle était le nœud gordien de la mission ! La condition sine qua none de sa réussite, le collatéral ne comptait pas… Il était temps d’opérer son second changement d’identité.

*

Bulletin d’information : un immeuble résidentiel du centre-ville a explosé pour une raison inconnue. Il ne peut faire aucun doute sur sa nature attentatoire. Ce forfait porte clairement la signature d’une secte déviante bien connue, les réactionnants. La nature des résidents, principalement des auditeurs libres ainsi que quelques objectiveurs et subjectiveurs montrent une volonté de sape du monde libre et de ses valeurs. A l’heure actuelle, il est impossible de déterminer le nombre réel des victimes. Il est à espérer que chacun était à jour de ses cotisations et enregistrements pour bénéficier du clonage.

*

De quartier général polisociers à unité d’objectiveurs : nos premières constatations mettent en lumière la présence d’une personne juste avant l’explosion, stationnant de manière prolongée. Les enregistrements démontrent la présence d’un impulseur désignant sans conteste possible qu’elle était de nature androgenus excluant de fait les réactionnants. Son action semble coïncider avec la sortie, planifiée, d’une femme, enregistrement A4’CU8, destination aéroport Newaris. La vidéo, l’analyseur émotionnel et le détecteur de gestuel semblent indiquer une connivence. Nous essayons actuellement de déterminer l’identité de cette personne mais nous rencontrons des difficultés matérielles de transcription laissant supposer que la dite suspecte intégrait une panoplie de contre-mesures complètes ainsi que très probablement une dissimulation d’identité. La conclusion serait alors que nous ayons affaire à une auditrice libre. Nous tenons à souligner que tout ce qui précède est du pur domaine de l’hypothèse, les éléments manquants pour infirmer ou confirmer. La rencontre pourrait être dûe hasard et cette femme partit en mission. Nous adressons donc une demande d’éclaircissement en ce sens à la direction générale des auditeurs.

Unité objectiveurs à QG polisociers : Ordre prioritaire, cessez toutes investigations. Augmentez de cent pour cent les contrôles des transports souterrains. Intervention interdite sauf missions courantes sur réactionnants et marginaux. Tout élément suspect devra nous être transmis prioritairement.

Unité objectiveurs à DG auditeurs : y-a-t’il mission en cours, origine immeuble venant d’exploser ?

DG auditeurs à Unité objectiveurs : Négatif !

Unité objectiveurs à DG auditeurs : avez-vous récupéré tout le monde ?

DG auditeurs à Unité objectiveurs : Négatif ! Manque N° 56TH43O3, Etuhidor.

Unité objectiveurs à DG auditeurs : Potentiel de déviance ? Nous vous faisons parvenir enregistrement pour tentative de reconnaissance.

DG auditeurs à Unité objectiveurs : Potentiel de déviance 0. Membre directe de Maitre Lavemont. Reconnaissance négative. Demande adressée au Maitre pour vérification d’une mission spéciale non enregistrée. Réponse négative. Maitre Lavemont précise qu’Etuhidor est actuellement en Patagonesie en tant que formatrice de survie. Vérification en cours, temps estimé entre trois et dix-huit heures suivant le moment d’immersion en survie qui exclut tout appareillage.

Unités objectiveurs à tous services de sécurité : maintien des contrôles renforcés. Délégation d’un objectiveur en mission d’urgence avec l’accord de Maitre Lavemont. Priorité absolue !

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Salaij
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Stradi Varius

Qu'est-ce que l'Amour ?
N'est-ce pas, tout d'abord, le sens de la Vie ? Tout à chacun possède ce coeur qui bat, qui palpite, qui fait briller les yeux ainsi que l'espérence pour l'Avenir. On a l'impression d'être connecté avec l'Univers, avec le monde entier, tout en se plongeant dans le regard de l'Autre et en vivant avec et pour l'Autre.
Mais est-ce que l'Amour est véritable quand on le vit par l'Autre uniquement ?
Pour aimer, pour connaître l'Amour, pour vivre l'Amour, il est tout d'abord nécessaire de s'aimer soi-même, de se connaître, de se respecter, d'avoir conscience en soi, d'avoir de l'estime pour soi, d'avoir une bonne image de soi-même. Autrement, il n'existera pas plus grande souffrance que de penser que l'on vit par l'Autre tout en s'oubliant, car le naufrage n'en sera que plus rude. Il faut pouvoir accepter que l'Autre puisse s'en aller, que l'Autre puisse changer, que l'Autre puisse vouloir autre chose que ce que l'on lui donne.
Si on ne connaît pas l'Amour de soi, alors on risque tout simplement de sombrer dans les abymes néfastes d'un Enfer que l'on se crée, d'un Enfer que l'on se fait vivre, d'un Enfer que l'on se fait subir. Sans jamais pouvoir se relever réellement, sans jamais pouvoir envisager autre chose, sans jamais pouvoir passer à autre chose, sans jamais penser à autre chose. Les choses avancent sans nous, les choses continuent sans que l'on s'en sorte car on ne connaît réellement l'Amour véritable, l'Amour de soi.
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Baptiste Jacquemort


Mon amour,
C’est une étrange confession à quoi je m’en vais me livrer ici. Hier j’ai fauté. Ou plus exactement j’ai failli. Hier soir. Dans la lumière sublime des couchers de soleil dont nous sommes, en cette saison, par quelque faveur céleste si souvent gratifiés. Pardonne-moi.
Tu étais assise, attablée devant ton secrétaire, et tu écrivais une lettre à tes parents. J’étais, moi, allongé sur le divan et je venais de refermer le livre que je lis en ce moment. Je m’accordais un instant d’émerveillement.
Sais-tu comme tu peux être belle lorsque tu es, par toi-même, oubliée ? Je te l’ai dit déjà, mille fois, et chaque fois il me semble que j’échoue à le dire. Sans doute parce que je ne sais pas exprimer ce qui, finalement, ne relève pas de la démonstration mais de la foi. Peut-être aussi est-ce un peu ta faute ? Peut-être es-tu trop rationnelle ?
Le jour avait commencé de décliner. Je m’étais redressé, moi, sans un bruit et je suis resté de longues minutes ainsi, à te contempler. Toute à tes mots, tout appliquée à t’offrir, tu ne te doutais pas de ce qui se tramait dans ton dos. Tu étais au delà…
Derrière nous, le ciel jouait le dernier acte du jour. Nous n’en savions rien, ni l’un ni l’autre, et cependant il devait éclater des feux d’artifices dans le ventre de chacun des pauvres nuages qui se sont aventurés hier à nous menacer de leurs bravades pusillanimes. Et je sais qu’il devait y avoir, répandu sur l’horizon, le sang de la lumière qui éclaboussait jusqu’à nous.
Sur la courbe merveilleuse de ta nuque, découverte comme si elle eût été offerte à la hache d’un bourreau méticuleux, le dernier rayon de soleil avait trouvé son havre. Avec la même délicatesse que celle dont aurait fait preuve la main diaphane d’un ange consolateur, il caressait chacun de ces petits poils si doux qui couvrent ton cou d’un fin duvet d’or et de miel que j’aime tant.
Mon Dieu que tu es belle lorsque le jour se meurt.
Alors, lorsque cet ultime souffle de soleil a commencé de se retirer, j’ai soudain éprouvé le désir impérieux de m’en venir doucement prendre sa place. De déposer mes lèvres où la main de l’ange se fût si naturellement promenée. De te dire « je t’aime » à la simple force de ce tendre baiser.
J’ai laissé s’effacer la lumière. S’étirer imperceptiblement vers l’obscurité. Pour que tu me sois belle, rien qu’à moi, jusqu’au dernier instant de cette singulière éternité. J’ai attendu l’heure propice où je me fusse trouvé le plus riche de toi.
Et puis le téléphone a sonné…
En me levant, j’ai allumé la lumière et lorsque j’ai décroché, déjà, je n’y pensais plus. Pardonne-moi mon amour. J’ai laissé s’enfuir un baiser qui nous appartenait.
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