Animadversion

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Comme pour l’objectiveur, il est légitime de s’interroger sur le rôle tenu par les subjectiveurs de l’ancien pouvoir. D’autant qu’un regard superficiel tendra à faire accroire qu’ils jouaient la même pièce.

Ainsi ont-ils un aspect public, un privé et sont-ils une élite ! En tant que spécialiste, je peux vous garantir que la ressemblance s’arrête là.

Le subjectiveur est le pendant de l’objectiveur. Dans sa partie publique, là où l’un assume le rôle de gardien de l’ordre public et concoure à mettre hors d’état de nuire tous criminels, déviants et autres, l’autre se charge de les défendre. C’est bien sur une vue simplifiée car en réalité la fonction va beaucoup plus loin. Il défend toutes formes de revendications, de la plus basique des doléances à la plus politique des contestations.

Quelque soit le cas, son engagement est soumis à des conditions strictes dont la principale, y compris pour les délinquants de toutes sortes, est la pétition. Elle doit réunir un nombre de signatures proportionnelles au cas dont l’importance était déterminée par une échelle stricte de valeurs, révisée annuellement par le collège des juristes. Un petit délit pouvait nécessiter qu’une dizaine de signatures lors qu’une affaire politique en réclamait au minimum cinquante milles.

Ces pétitions, que nous avons gardé en héritage en les encadrant et démocratisant plus, engageaient ses signataires. Nul n’était autorisé à le faire anonymement. Chacun devait être créditeurs à solde positif moyen sur une période de 768 jours en valeurs exclusivement non indexées. Pour mémoire, de nos jours, l’anonymat est autorisé par le biais d’une centrale associative et il n’est pas exigé de fournir un relevé bancaire.

Dernière particularité, héritée encore une fois, tous contrats de subjectiveurs, mineurs ou majeurs, était, est de nos jours encore, médiatiquement traité, en intégral, 24/24 afin de permettre à chacun de suivre l’évolution des affaires. Que l’intérêt en soit purement curieux ou impliquant personnellement !

Le second volet, vous vous en doutez, est plus mystérieux. D’autant que les archives, rares déjà à l’époque, sont presque toutes perdues ou détruites. Officiellement ils opéraient de l’infiltration, de l’intérieur, en implantant parfois dès la naissance des individus dans les milieux visés et en tous domaines. Prêt à agir si nécessaire et à ouvrir la voie aux objectiveurs !

Au final, une des rares certitudes sur cette corporation disparue était son niveau très élevé de corruption ; menant même à des accointances contre nature avec, par exemple, les réactionnants mais, aussi, avec la frange marginale des exclus. Par-dessus tout, le monde taïrien tomba de haut quand fut mis au grand jour, l’étroite collaboration entre androgenus et subjectiveurs expliquant grandement le secret que seul un hasard permit de percer.


 En grand pratiquant de la course à pied et du trajet, Oronxat ralentit progressivement sa course jusqu’à une allure de marche. Les capteurs de sa combinaison entrèrent en action pour absorber toutes traces de transpiration et pallier aux effluves malodorantes, signes patents d’une déviance passible d’une amende voire d’une rétrogradation sociale temporaire et d’une séance de rééducation de bienséance morale.

 Devant lui se profila le bâtiment des bains publics que son avertisseur social lui signala dans le même temps ainsi que la nécessité d’y faire un détour. Il y entra, présenta son avant-bras afin de créditer la prise locative d’une cabine d’aisance. A l’intérieur, il se dévêtit, déposa ses affaires sur le bras d’un nettoyeur automatique et accéda à la cellule de bath-fogger.

 Il y resta longtemps, savourant langoureusement la brumisation à température ambiante standardisée. Une notification vibra. Elle annonçait que l’heure du rendez-vous approchait. Il sortit pour entrer dans le tunnel de séchage. A la sortie, il trouva ses affaires séchées, repassées.

 Il sortit dans la rue et observa quelques secondes son environnement. Il n’y avait pas une chance qu’il repéra d’éventuels suiveurs, juste pour respirer l’ambiance. Il prit sur sa gauche, fit quelques mètres et tourna de nouveau à gauche. Une centaine de mètres plus loin, il pénétra dans un comestaire, un endroit vérifié, possédant trois sorties. Il jette un coup d’œil au réceptionnaire qui ne lui rendit pas son regard. Signe que la voie était libre et que la vidéo allait s’occulter pendant deux minutes. Il accéléra, prit sur la droite et sortit. Courut vers la première porte, s’engouffra dans l’escalier en sous-sol. Entra dans une pièce aménagée, s'assit. Il fit une pause de trente minutes. Rentra dans le magasin et sortit par où il était entré. Il reprit sa route tranquillement, direction sud. Un kilomètre plus loin se profila une bouche de métropolitain. Il s’y engouffra. Encore un lieu à multiples sorties avec une protection quelle que soit celle qu’il emprunterait, au hasard.

 Un glisseur l’attendait. Il s’y installa. Le véhicule s’ébranla pour s’arrêter au bout d’un mètre, annonçant un incident de rupture réseau invalidant son crédit et, temporairement, sa capacité de fonctionnement. A cet instant démarra son grand numéro de citoyen scandalisé. Il fit des pieds et des mains, jusqu’à attirer l’attention d’un polisocier de proximité. En Taïra, le citoyen, d’office, à tort. Tout suspect n’a qu’un droit ou devoir, question de point de vue, prouver sa bonne foi. Il eut beau s’expliquer en long, en large et en travers, un glisseur cellulaire ne tarda pas à arriver. Le polisocier l’y projeta sans ménagement. Dès qu’il fut entré, suivant la procédure, les vitres s’occultèrent. Le polisocier s’assit à l’avant. Le véhicule s’éleva et plongea vers le central.

 Deux minutes plus tard il s’engouffra dans le tunnel menant au parking commun de la Polisoc et de la structure des subjectiveurs. Il n’y eut pas un mot d’échangé durant le trajet. Oronxat était détendu. Le polisocier consultait ses messages, son fil news et une incrustation de suivi permanent d’une affaire pour laquelle il avait porté signature. Pas un instant il ne s’intéressa à son passager. Quand le véhicule stoppa, Oronxat en sortit et prit directement vers le sas de détection du bâtiment des subjectiveurs. Il présenta son avant-bras. Une voix lui demanda d’avancer vers le cercle fluorescent et de s’y placer au milieu. Un écran apparut, affichant toutes ses infos d’identité, ses autorisations d’accès et sa situation créditielle. Un faisceau laser s’éleva du sol qui l’enveloppa en tournoyant avant de nouveau disparaître dans le sol. Un autre écran apparut avec en incrustation la double hélice caractéristique de l’ADN. Sur le premier, les informations s’effacèrent pour faire place à une autre image ADN. Les deux images se superposèrent. Un scan démarra. 45 secondes plus tard une ligne verte apparut validant la conformité des ADN. Une voix s’éleva :

— Bienvenue subjectiveur Desprést. Le briefing se tient en salle 45. Vous êtes le second arrivé. N’oubliez pas de valider votre biface. Bonne journée.

 Il ne prit pas la direction du sous-sol, lieu des salles de réunions des opérations clandestines. Il devait d’abord faire un détour à l’armurerie récupérer un gulsitran, élément indispensable du plan à venir. Il le démonta et en rangea les pièces un peu partout dans les poches intérieures, prévues à cet effet, de son trenchotter. Il reprit la direction des sous-sols.

 S’il avait bien calculé, il devait maintenant être le dernier à arriver. Il fit une halte, respira un grand coup, se répéta que l’avenir de l’humanité était entre les mains ; une justification largement suffisante pour leurs consciences. Pour l’immense travail qu’ils leur avaient fallu accomplir durant toutes ces années. Un lent noyautage de cette structure gouvernementale, arroseur arrosé ! Il ouvrit sans frapper.

 Toute la crème dirigeante opérationnelle des subjectiveurs étaient là. Tous les actifs réactionnants…

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Salaij
Un nouveau chapitre de la nouvelle commencée pendant le challenge :)

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Stradi Varius

Qu'est-ce que l'Amour ?
N'est-ce pas, tout d'abord, le sens de la Vie ? Tout à chacun possède ce coeur qui bat, qui palpite, qui fait briller les yeux ainsi que l'espérence pour l'Avenir. On a l'impression d'être connecté avec l'Univers, avec le monde entier, tout en se plongeant dans le regard de l'Autre et en vivant avec et pour l'Autre.
Mais est-ce que l'Amour est véritable quand on le vit par l'Autre uniquement ?
Pour aimer, pour connaître l'Amour, pour vivre l'Amour, il est tout d'abord nécessaire de s'aimer soi-même, de se connaître, de se respecter, d'avoir conscience en soi, d'avoir de l'estime pour soi, d'avoir une bonne image de soi-même. Autrement, il n'existera pas plus grande souffrance que de penser que l'on vit par l'Autre tout en s'oubliant, car le naufrage n'en sera que plus rude. Il faut pouvoir accepter que l'Autre puisse s'en aller, que l'Autre puisse changer, que l'Autre puisse vouloir autre chose que ce que l'on lui donne.
Si on ne connaît pas l'Amour de soi, alors on risque tout simplement de sombrer dans les abymes néfastes d'un Enfer que l'on se crée, d'un Enfer que l'on se fait vivre, d'un Enfer que l'on se fait subir. Sans jamais pouvoir se relever réellement, sans jamais pouvoir envisager autre chose, sans jamais pouvoir passer à autre chose, sans jamais penser à autre chose. Les choses avancent sans nous, les choses continuent sans que l'on s'en sorte car on ne connaît réellement l'Amour véritable, l'Amour de soi.
Par la suite, alors, l'Amour pourra se partager pleinement avec l'Autre tant on se respecte, tant on fait ce que l'on veut faire, tant l'on vit l'instant présent sans jamais regarder par l'arrière. On apprend à s'excuser soi, puis mutuellement, à recevoir le pardon, à connaître l'empathie, à partager les souffrances, à communiquer, à vivre tout simplement avec soi et l'Autre. L'Amour ultime naît alors d'une Union fantastique entre deux Symboles vivants de la vie et de l'Acceptation des choses qui changent comme l'Univers tout entier est en perpétuel mouvement.
Et alors, on voit les choses différemment, on voit les choses sensoriellement, on voit les choses sous un angle qui est éminemment pertinant. On cesse de se prendre des coups de poings dans le ventre, on cesse de ne vivre que par les dépens de l'Autre, on cesse de s'imaginer des choses et de comprendre des interprétations nocives pour tout le monde. On vit le bonheur, on échange la joie, on rit mutuellement, on grandit ensemble, on s'épanouit à plusieurs.
L'Amour fait vivre.
L'Amour est grand.
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Baptiste Jacquemort


Mon amour,
C’est une étrange confession à quoi je m’en vais me livrer ici. Hier j’ai fauté. Ou plus exactement j’ai failli. Hier soir. Dans la lumière sublime des couchers de soleil dont nous sommes, en cette saison, par quelque faveur céleste si souvent gratifiés. Pardonne-moi.
Tu étais assise, attablée devant ton secrétaire, et tu écrivais une lettre à tes parents. J’étais, moi, allongé sur le divan et je venais de refermer le livre que je lis en ce moment. Je m’accordais un instant d’émerveillement.
Sais-tu comme tu peux être belle lorsque tu es, par toi-même, oubliée ? Je te l’ai dit déjà, mille fois, et chaque fois il me semble que j’échoue à le dire. Sans doute parce que je ne sais pas exprimer ce qui, finalement, ne relève pas de la démonstration mais de la foi. Peut-être aussi est-ce un peu ta faute ? Peut-être es-tu trop rationnelle ?
Le jour avait commencé de décliner. Je m’étais redressé, moi, sans un bruit et je suis resté de longues minutes ainsi, à te contempler. Toute à tes mots, tout appliquée à t’offrir, tu ne te doutais pas de ce qui se tramait dans ton dos. Tu étais au delà…
Derrière nous, le ciel jouait le dernier acte du jour. Nous n’en savions rien, ni l’un ni l’autre, et cependant il devait éclater des feux d’artifices dans le ventre de chacun des pauvres nuages qui se sont aventurés hier à nous menacer de leurs bravades pusillanimes. Et je sais qu’il devait y avoir, répandu sur l’horizon, le sang de la lumière qui éclaboussait jusqu’à nous.
Sur la courbe merveilleuse de ta nuque, découverte comme si elle eût été offerte à la hache d’un bourreau méticuleux, le dernier rayon de soleil avait trouvé son havre. Avec la même délicatesse que celle dont aurait fait preuve la main diaphane d’un ange consolateur, il caressait chacun de ces petits poils si doux qui couvrent ton cou d’un fin duvet d’or et de miel que j’aime tant.
Mon Dieu que tu es belle lorsque le jour se meurt.
Alors, lorsque cet ultime souffle de soleil a commencé de se retirer, j’ai soudain éprouvé le désir impérieux de m’en venir doucement prendre sa place. De déposer mes lèvres où la main de l’ange se fût si naturellement promenée. De te dire « je t’aime » à la simple force de ce tendre baiser.
J’ai laissé s’effacer la lumière. S’étirer imperceptiblement vers l’obscurité. Pour que tu me sois belle, rien qu’à moi, jusqu’au dernier instant de cette singulière éternité. J’ai attendu l’heure propice où je me fusse trouvé le plus riche de toi.
Et puis le téléphone a sonné…
En me levant, j’ai allumé la lumière et lorsque j’ai décroché, déjà, je n’y pensais plus. Pardonne-moi mon amour. J’ai laissé s’enfuir un baiser qui nous appartenait.
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