Oronxat

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Une des antiennes de notre monde est de se demander d’où provient l’origine de son nom : Taïra. Les avis sont partagés et aucun ne détient la vérité intégrale. Non que moi-même soit plus éminent mais le fait est que chaque démonstration, souvent longue voire fastidieuse, est imparfaite et n’éclaire qu’un pan. Les plus communément admises sont au nombre de deux.
La première, la plus logique, la moins romantique est qu’il est un dérivé des temps anciens. Sauf que l’évolution sémantique logique n’aurait aucunement pu mener à cette forme de locution.
La seconde, presque proche du complotisme, est que ce sont les androgenus qui ont imposé ce nom. Pour preuve, les partisans de cette théorie évoquent le composant principal d’un circuit encéphalique quantique : le caïara. Mot dérivé de racaille, autrement appelé aussi rocaille illustrant un amas de débris minéraux servant à produire ces circuits. Pourquoi pas ? Sauf que les androgenus le nient formellement. Qu’ils n’auraient aucune raison de mentir sur ce sujet.
Enfin, une part non négligeable de la population estime que le nom est celui d’origine. Que les archives produisant le nom Terre sont fausses. Qu’elles ne sont qu’une manipulation négationniste de la réalité de la suprématie humanoïde.
Mon sentiment personnel se résume bien avec une expression antique, dont je suis très friand, même si je suis le seul à en comprendre tout le sel : « Peut-être bien que oui, peut-être bien que non ? Tout dépend d’où vient levant ! Chers lecteurs, auditeurs, j’avoue que la seconde partie de cette maxime est un mystère sémasiologique que je n’ai jamais compris.


 Il vient d’en finir avec son contrôle. Tous les 6 ans, chaque résident de TaÏra, humain comme androgenus, doit se soumettre à la révision de sa puce identitaire regroupant les fonctions de reconnaissance (identité, administrative, civique), de solvabilité (fiduciaires, judiciaires, électorales) et rectitude morale ( casier, délits, contraventions et bienséance).

 A cette occasion, pour ceux n’ayant pas choisi les mises à jour transparentes, un appairage s'opère. Ce n’était pas son cas au contraire de la plus grande majorité des humains. La naïveté n'est pas son crédo. Il n'a aucun doute sur une évidence technologique. Si espionné ils doivent être, les mises à jour n'en sont pas le vecteur. Qui dit électronique, dit porte ouverte, ou concédons, entrouverte. Qu’on le veuille ou non ! En outre, il est un fervent partisan du « Pour bien cacher, bien montrer », partant du principe que l’évidence, à contrario de sa définition, est le plus difficile à voir. Les androgenus n’y coupaient pas plus que les humains ! Ce en quoi, il se trompait lourdement mais c’est une autre histoire.

 Cette démarche boucle la première partie de sa journée. l’officielle. Il va pouvoir se consacrer à la seconde, l’officieuse, celle de son activité en tant que réactionnant et responsable 3° degré de la région Nord et mandataire particulier de l’égalitarisme appliqué. Autant de titres pompeux, à la limite du,non sens si l'on considère que leur sphère d’application se limite à la clandestinité. Ils permettent toutefois une structuration basique du clan.

 La première chose à faire pour lui va être de réactiver sa puce de neutralisation, lui permettant d’aller à son gré où qu’il veuille sans être localisé par les autorités officielles. Il rentre donc chez lui, se connecte à sa centrale ; la déconnecte puis entre dans une session clandestine ; lance un microprologiciel, branche son antique câble microUSB sur sa boucle d’oreille et active son switcheur. Il a exactement 32 secondes pour agir et réaliser toutes les opérations avant que l’automatisme ne réactive la centrale et que le service de polisociers de surveillance réseau ne se manifeste. Chaque réactionnant subit un entraînement avant de se voir implanter son appareillage d’indépendance. Lui est rodé et peut, au pire, mettre 22 secondes à exécuter toutes les phases.

 Fidèle au timing, la sonnerie d’alerte résonna 33 secondes plus tard, précédant l’affichage d’un visage et de la question rituelle dépourvue de la moindre formule élémentaire de politesse :

— Vous avez stoppé votre centrale. C’est un délit de niveau 4 qui vous coûtera douze crédits indexés, somme forfaitaire n’incluant pas les autres sources de délits éventuels. Pourquoi l’avez-vous arrêtée ?

 Il doiit répondre impérativement sous peine d’arrestation, de condamnation et du paiement d’une amende astronomique qui le mènerait inéluctablement dans la marginalité la plus crasse ; celle dont on était absolument sûre de n'en jamais sortir.

— Elle n’est pas de mon fait.

— Il n’y a pas eu de coupure énergétique dans votre secteur.

— Et ?

— C’est un acte volontaire.

— Prouvez-le !

 Il ne prenait aucun risque à le demander. Pour aussi poussées que soit les technologies, elles ne sont pas en mesure de démontrer qu’il avait coupé lui-même la source. Acte qu’il n’est pas censé pouvoir accomplir en tant que particulier lambda. Sauf à disposer d’un matériel non disponible dans le commerce. S’ils avaient eu la moindre certitude, ils seraient déjà là et lui en route pour la prison.

— C’est le second incident de cette nature.

— Ah ! Bon, je ne m’en rappelle pas.

— Le dernier remonte à six ans.

 Le laps de temps n’avait pas fait tilt dans le processus de contrôle. Il savait qu’il n’y avait pas lien entre contrôle de routine et détecteurs d’incident. Il en irait autrement si une enquête était diligentée mais ce serait purement de la malchance ou de la maladresse de sa part.

— Et ?

— Vous avez une explication ?

— Comment ? Je ne suis qu’un simple rédacteur rapporteur. Je n’ai pas la connaissance pour traquer les bugs de vos appareils.

Pas de risque dans cette affirmation non plus, les incidents, pour aussi peu nombreux qu’ils soient, existaient. Raison d'être du service de surveillance…

— L’incident sera noté comme élément négatif avec connotation récursive incluant qu’en cas de récidive, une enquête sera ouverte. Les frais d’ouverture du dossier de vérification de la centrale sont à votre charge pour négligence prévisionnelle. Ils s’élèveront à 240 crédits non indexés.

 Il ne protesta pas devant l’annonce de la somme astronomique pour un simple reset de sa centrale, qu’ils osaient nommer « vérification de la centrale ! » Chaque résident taïrien était supposé à intervalles réguliers, tous les trois ans, en faire un. Ne pas le faire était un délit, toléré, jusqu’à l’incident. Tous les réactionnants procédaient ainsi. La technique aurait été connue, ils n’auraient pas fait long feu… Un point faible qui risquait de leur coûter cher ! Heureusement un groupe de chercheurs procédait à un test de microcoupures non imputables qui leur permettraient d’échapper à cette menace permanente. Elles déclencheraient une rupture en amont plutôt qu’en aval, annulant l’intervention, banale en soi mais délicate, des polisociers.

 Les formalités accomplies, les sommes dues acquittées, il peut maintenant passer à ses vraies occupations. D'abord, une réunion, primordiale, dans une heure afin de récapituler la journée. Pour y aller, il opta pour la course à pied. Il prenait grand soin à s’entretenir physiquement. Courir lui vidait la tête. Il arriverait ainsi parfaitement ouvert pour une séance qui annonçait d’être un des moments clefs de l’humanité taïrienne.

 Qui en ignorait tout pour l’heure !

 Plus pour longtemps…

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Mon amour,
C’est une étrange confession à quoi je m’en vais me livrer ici. Hier j’ai fauté. Ou plus exactement j’ai failli. Hier soir. Dans la lumière sublime des couchers de soleil dont nous sommes, en cette saison, par quelque faveur céleste si souvent gratifiés. Pardonne-moi.
Tu étais assise, attablée devant ton secrétaire, et tu écrivais une lettre à tes parents. J’étais, moi, allongé sur le divan et je venais de refermer le livre que je lis en ce moment. Je m’accordais un instant d’émerveillement.
Sais-tu comme tu peux être belle lorsque tu es, par toi-même, oubliée ? Je te l’ai dit déjà, mille fois, et chaque fois il me semble que j’échoue à le dire. Sans doute parce que je ne sais pas exprimer ce qui, finalement, ne relève pas de la démonstration mais de la foi. Peut-être aussi est-ce un peu ta faute ? Peut-être es-tu trop rationnelle ?
Le jour avait commencé de décliner. Je m’étais redressé, moi, sans un bruit et je suis resté de longues minutes ainsi, à te contempler. Toute à tes mots, tout appliquée à t’offrir, tu ne te doutais pas de ce qui se tramait dans ton dos. Tu étais au delà…
Derrière nous, le ciel jouait le dernier acte du jour. Nous n’en savions rien, ni l’un ni l’autre, et cependant il devait éclater des feux d’artifices dans le ventre de chacun des pauvres nuages qui se sont aventurés hier à nous menacer de leurs bravades pusillanimes. Et je sais qu’il devait y avoir, répandu sur l’horizon, le sang de la lumière qui éclaboussait jusqu’à nous.
Sur la courbe merveilleuse de ta nuque, découverte comme si elle eût été offerte à la hache d’un bourreau méticuleux, le dernier rayon de soleil avait trouvé son havre. Avec la même délicatesse que celle dont aurait fait preuve la main diaphane d’un ange consolateur, il caressait chacun de ces petits poils si doux qui couvrent ton cou d’un fin duvet d’or et de miel que j’aime tant.
Mon Dieu que tu es belle lorsque le jour se meurt.
Alors, lorsque cet ultime souffle de soleil a commencé de se retirer, j’ai soudain éprouvé le désir impérieux de m’en venir doucement prendre sa place. De déposer mes lèvres où la main de l’ange se fût si naturellement promenée. De te dire « je t’aime » à la simple force de ce tendre baiser.
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