Galaïche

5 minutes de lecture

 Je me dois maintenant d’aborder un sujet qui, pour sembler frivole, sera déterminant pour la suite des évènements.

 En tant que pupille, pour être direct, nous avons une vie facile dans l’enfance, un peu moins dans l’adolescence et pas du tout pour tout le reste de notre existence. Il y a bien sur une échelle dans cette difficulté de vie d’adultes. Et, aussi, un point incontournable.

 Commençons par le plus logique ! Suivant votre affectation dans l’échelle sociale, plus vous serez bas, moins votre vie sera joyeuse. C’est d’une logique imparable. En ceci, nous ne différons absolument pas du restant des constitutifs de l’humanité, androgenus et humanoïdes.

 Ce fameux point incontournable est la formelle interdiction pour tous pupilles – nom générique que nous gardons pour tout le reste de notre existence – de s’unir, avoir des relations charnelles (non tarifées) et encore moins procréer. La variable « tomber amoureux » n’est qu’une péripétie que votre éducation, intelligence et sens du devoir doivent gérer.

 J’imagine que vous cernez déjà le problème. En toute honnêteté, à 99 % du temps, le problème n’existe pas. Grace à l’éducation stricte, la culture et, un peu, aux produits pharmaceutiques, non imposés mais distribués absolument gratuitement. Le gratuit dans le monde taïrien n’existe pas. C’est un non sens absolu, une insulte à la verticalité de la société. Ou, à l’extrême, un signe indubitable de l’importance d’un point civique.

 Si notre monde est fort bien réglé, parfois surgissent des exceptions !

 J’en suis, ou fus, ou reste, une exception. Tout coulait tranquillement. J’avais 16 ans. J’étais fort physiquement, moralement, intellectuellement. N’y voyez pas vantardise mais avec tous les moyens mis en moi, il ne pouvait en être autrement.

 Ce n’est bien sûr qu’avec le recul que j’ai pu déterminer que ce jour fut celui de la catastrophe. Celui où mon chemin croisa celui d’Etuhidor. A la seconde où je la vis, je sus que j’en étais amoureux. Avant même de lui avoir dit le moindre mot. Vice-versa !

 Dernière précision, en tant qu’adolescents, il y a une certaine tolérance. J’ai appris ensuite que cette dernière est parfaitement calculée. Pour faire simple et ne pas vous perdre dans les détails des techniques comporto-psy-actives qui nous entraîneraient trop loin, il s’agit de laisser un peu de mou dans les brides qui nous enserrent ; afin d’éviter un mal connu quoique presque entièrement disparu de nos territoires que les anciens nommaient vulgairement « crise d’adolescence ». Le nom scientifique est trop abscons pour que même seulement je vous le fasse connaître.

 Tout ça est bien joli mais ne tient, pour cause, pas compte d’un fait tout simple. Je suis prescient ! Comme je l’ai indiqué, ma plage de prévision varie de 6 à 12 heures. Sauf que les concepteurs ignoraient un point : le facteur émotionnel ! Encore aujourd’hui, je suis le seul à connaître cette variable. Je n’en ai surtout pas parlé. Je me suis gardé cet atout soigneusement ; car je n’ai aucun doute sur le fait qu’un jour il me sera utile. Cette variable, si elle avait été connue, aurait sonné ma mort. Au bout de ces quelque 15 ans passés, j’ai constaté qu’elle amplifiait jusqu’à 1000 fois l’effet ; pour arrondir de 8 à 16 mois, encore est-ce une moyenne. En cas de sentiment où l’amour entre en jeu, elle peut aller jusqu’à 30 mois. Cette fois, je concède que c’est un véritable avantage !

 Et une affliction !

 Dès le départ j’ai su que c’était voué à l’échec. Dès le départ, j’ai joué la comédie. Je connaissais le scénario ; je l'ai joué en y mettant toute ma sincérité; toute mon âme. Mon amour !

 La séparation, j’en connaissais le jour, le moyen, le déroulé. J’ai fait en sorte de le changer. C’était ma première intervention sur le cours d’un évènement, non autorisée, hors cadre, sans anticipation des conséquences futures. Une hérésie déconseillée fermement par toutes les sommités, qu'elles soient androgenus ou humanoïde. Elles prétendent que chaque impulsion contraire impactant le flux commun de l’univers peut avoir des conséquences qu’aucun prescient ou prescience ne peut appréhender. Je n’en crois rien ! Aucune de mes actions, y compris cette première, n’a apporté autre chose que le but pour lequel elle était destinée.

 Pour Etuhidor, si j’avais dû laissé le cours des évènements opérer, alors, elle serait morte. Moi aussi d’ailleurs ! Inéluctablement nos encadrants auraient découvert la vérité. En tant que futur objectiveur, même apprenti, mon accès réseau était étendu. Suffisamment pour que je puisse y pénétrer facilement en faisant entrer en jeu mon atout. Sans lui, nul doute à avoir, j’aurais été découvert. Mais en pouvant anticiper les heures à venir, j’ai pu déjouer toutes les sécurités, les pièges toujours possible et, surtout, les veilleurs, les intervenants androgenus de toutes sortes. Ce ne fut pas aussi simple qu’il peut le sembler. Ce fut long. Pour finir, j’ai attribué à Etuhidor un poste d’auditrice libre. Métier parfait pour sa sensibilité, elle allait pouvoir se consacrer à ce qu’elle voudrait. Ses seules contraintes seraient d’être disponible pour chaque contrôle de chaque administration. Travail simple consistant à être là pour la bonne conscience des humanoïdes puisque le vrai travail est effectué par les androgenus.

 Dernière particularité, c’est la porte la plus sure pour atteindre les hautes sphères ainsi que les directions générales y compris les postes gouvernementaux. Les auditeurs libres ont tout le temps de s’y consacrer si le cœur leur en dit.

 Le scénario que je mis en place fonctionna à merveille. Dès le lendemain matin, procédure normale pour ces postes, les barboux vinrent récupérer les futurs auditeurs avant même le lever du jour. Pas d’adieux, pas d’effusions, pas de larmes, pas de plaintes, ni de fausses promesses !

 De ce jour, j'ai fermé, encore aujourd'hui, mon cœur à tout ce qui, de loin, de près, d’à côté, devant, derrière, aurait pu me rappeler Etuhidor. Plus jamais je ne ressentis quoi que ce soit pour qui que ce soit, femme ou homme. Maître Lavemont me dit un jour que sous mes dehors humains j’avais une carapace androgenus à un détail près, la cruauté. Je ne peux qu’être d’accord avec lui. Ceux qui, au fond, ne sont que des robots n’ont pas d’émotions et sont, eux, contrairement à nous, de parfaits objectiveurs. Nous, moi y compris, sommes et resterons subjectifs derrière un vernis plus ou moins épais.

 Ce matin-là reste graver à jamais dans mes artères. j’avais fait en sorte de dormir. L’esprit décide mais parfois le corps dispose. Je me réveillais pile avant l’aube, au moment exact de l’arrivée des barboux. Je dus mener une lutte sans merci pour ne pas me lever. J’ai serré les poings si fort que mes ongles ont pénétré mes paumes. J’ai serré si fort les dents que deux sautèrent. Par une espèce de rédemption à venir, je les ai avalées. Je me suis tellement tendu que je ressentis des douleurs pendant des semaines. Pénitence que je subis avec, je l’avoue, une certaine délectation.

 Pour la première fois de ma vie, j’ai pleuré. Pour la dernière ! Me suis-je ordonné…

 Jusqu’à ce jour !

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Recommandations

Défi
Salaij
Un nouveau chapitre de la nouvelle commencée pendant le challenge :)

https://www.scribay.com/text/2064517315/challenge---bradbury-du-confine/chapter/357948
0
1
0
0
Défi
Stradi Varius

Qu'est-ce que l'Amour ?
N'est-ce pas, tout d'abord, le sens de la Vie ? Tout à chacun possède ce coeur qui bat, qui palpite, qui fait briller les yeux ainsi que l'espérence pour l'Avenir. On a l'impression d'être connecté avec l'Univers, avec le monde entier, tout en se plongeant dans le regard de l'Autre et en vivant avec et pour l'Autre.
Mais est-ce que l'Amour est véritable quand on le vit par l'Autre uniquement ?
Pour aimer, pour connaître l'Amour, pour vivre l'Amour, il est tout d'abord nécessaire de s'aimer soi-même, de se connaître, de se respecter, d'avoir conscience en soi, d'avoir de l'estime pour soi, d'avoir une bonne image de soi-même. Autrement, il n'existera pas plus grande souffrance que de penser que l'on vit par l'Autre tout en s'oubliant, car le naufrage n'en sera que plus rude. Il faut pouvoir accepter que l'Autre puisse s'en aller, que l'Autre puisse changer, que l'Autre puisse vouloir autre chose que ce que l'on lui donne.
Si on ne connaît pas l'Amour de soi, alors on risque tout simplement de sombrer dans les abymes néfastes d'un Enfer que l'on se crée, d'un Enfer que l'on se fait vivre, d'un Enfer que l'on se fait subir. Sans jamais pouvoir se relever réellement, sans jamais pouvoir envisager autre chose, sans jamais pouvoir passer à autre chose, sans jamais penser à autre chose. Les choses avancent sans nous, les choses continuent sans que l'on s'en sorte car on ne connaît réellement l'Amour véritable, l'Amour de soi.
Par la suite, alors, l'Amour pourra se partager pleinement avec l'Autre tant on se respecte, tant on fait ce que l'on veut faire, tant l'on vit l'instant présent sans jamais regarder par l'arrière. On apprend à s'excuser soi, puis mutuellement, à recevoir le pardon, à connaître l'empathie, à partager les souffrances, à communiquer, à vivre tout simplement avec soi et l'Autre. L'Amour ultime naît alors d'une Union fantastique entre deux Symboles vivants de la vie et de l'Acceptation des choses qui changent comme l'Univers tout entier est en perpétuel mouvement.
Et alors, on voit les choses différemment, on voit les choses sensoriellement, on voit les choses sous un angle qui est éminemment pertinant. On cesse de se prendre des coups de poings dans le ventre, on cesse de ne vivre que par les dépens de l'Autre, on cesse de s'imaginer des choses et de comprendre des interprétations nocives pour tout le monde. On vit le bonheur, on échange la joie, on rit mutuellement, on grandit ensemble, on s'épanouit à plusieurs.
L'Amour fait vivre.
L'Amour est grand.
4
9
8
2
Défi
Baptiste Jacquemort


Mon amour,
C’est une étrange confession à quoi je m’en vais me livrer ici. Hier j’ai fauté. Ou plus exactement j’ai failli. Hier soir. Dans la lumière sublime des couchers de soleil dont nous sommes, en cette saison, par quelque faveur céleste si souvent gratifiés. Pardonne-moi.
Tu étais assise, attablée devant ton secrétaire, et tu écrivais une lettre à tes parents. J’étais, moi, allongé sur le divan et je venais de refermer le livre que je lis en ce moment. Je m’accordais un instant d’émerveillement.
Sais-tu comme tu peux être belle lorsque tu es, par toi-même, oubliée ? Je te l’ai dit déjà, mille fois, et chaque fois il me semble que j’échoue à le dire. Sans doute parce que je ne sais pas exprimer ce qui, finalement, ne relève pas de la démonstration mais de la foi. Peut-être aussi est-ce un peu ta faute ? Peut-être es-tu trop rationnelle ?
Le jour avait commencé de décliner. Je m’étais redressé, moi, sans un bruit et je suis resté de longues minutes ainsi, à te contempler. Toute à tes mots, tout appliquée à t’offrir, tu ne te doutais pas de ce qui se tramait dans ton dos. Tu étais au delà…
Derrière nous, le ciel jouait le dernier acte du jour. Nous n’en savions rien, ni l’un ni l’autre, et cependant il devait éclater des feux d’artifices dans le ventre de chacun des pauvres nuages qui se sont aventurés hier à nous menacer de leurs bravades pusillanimes. Et je sais qu’il devait y avoir, répandu sur l’horizon, le sang de la lumière qui éclaboussait jusqu’à nous.
Sur la courbe merveilleuse de ta nuque, découverte comme si elle eût été offerte à la hache d’un bourreau méticuleux, le dernier rayon de soleil avait trouvé son havre. Avec la même délicatesse que celle dont aurait fait preuve la main diaphane d’un ange consolateur, il caressait chacun de ces petits poils si doux qui couvrent ton cou d’un fin duvet d’or et de miel que j’aime tant.
Mon Dieu que tu es belle lorsque le jour se meurt.
Alors, lorsque cet ultime souffle de soleil a commencé de se retirer, j’ai soudain éprouvé le désir impérieux de m’en venir doucement prendre sa place. De déposer mes lèvres où la main de l’ange se fût si naturellement promenée. De te dire « je t’aime » à la simple force de ce tendre baiser.
J’ai laissé s’effacer la lumière. S’étirer imperceptiblement vers l’obscurité. Pour que tu me sois belle, rien qu’à moi, jusqu’au dernier instant de cette singulière éternité. J’ai attendu l’heure propice où je me fusse trouvé le plus riche de toi.
Et puis le téléphone a sonné…
En me levant, j’ai allumé la lumière et lorsque j’ai décroché, déjà, je n’y pensais plus. Pardonne-moi mon amour. J’ai laissé s’enfuir un baiser qui nous appartenait.
11
20
9
2

Vous aimez lire JPierre ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0