Adventice

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 Il est temps pour moi, rapporteur de cette histoire, de me faire connaître. Je me nomme Galaïche. Je suis, en réalité, le véritable héros de cet épisode. J’aurais pu devenir une légende taïrienne mais ma modestie, la déontologie de mon ordre et mon devoir envers la Nation m’en écartèrent. Je précise, pour être clair, que je n’ai jamais éprouvé la moindre rancœur, même pas un petit début d’amertume ; encore moins de jalousie revancharde.

 Avouons aussi que l’avenir me rendra l’équité. Ce texte en est l’amorce.

 D’aucun pourrait penser, aussi et alors, que je suis juge et partie. Il n’en est rien comme le prouve mon diplôme de fin de cycle. Premier de la promotion, accessoirement, quoique j’ai eu fait, dans tout ce que j'ai fait, j’ai toujours été premier ; j’ai gravi les échelons des objectiveurs, mon métier, à vitesse grand V. il n’y a rien là que de très normal puisque je suis un peu spécial. J’ai un gêne de prescience et je suis, encore actuellement, le seul à le posséder. Mais fi de bruler les étapes, commençons par le commencement !

 Il était une fois le champ de cluster A34KLo56Bn708, appartenant à Maître Lavemont, ayant pour vocation la recherche expérimentale et appliquée des connexions synaptiques.

 Il était aussi une fois, un embryon, niveau 3. Un futur bambin non destiné à être intégré dans une famille classique mais dans les maisons de la Nation.

 Sans ces dernières, avouons que la race humaine n’existerait plus depuis belle lurette. L’échelle des naissances est depuis bien longtemps déficitaire et le pourcentage de naissance inférieur à 1 par famille.

 Jusqu’à ma majorité, hormis mon excellence reconnue, ma vie fut d’une banalité exemplaire. En tant que pupille de la Nation, comme tous les autres acolytes, j'ai disposé de tout le possible, confort, matériel, assistance et sécurité. Nous sommes la partie de la population la mieux protégée. En tout logique, il faut chérir l'avenir, un peu le présent, pas du tout le passé.

 Avant même notre naissance, le parcours qui nous est destiné est établi. Il l’est en fonction des besoins de la Nation. C’est le moyen le plus sur pour éviter les inadaptations sociales. Aucun poste sur Taïra n’est ainsi laissé vacant.

 Le mien serait dans une nouvelle branche, jamais explorée.

*

 Si le début de mon existence fut une espèce de roue libre sans heurt, il en alla tout autrement dès ma sortie du séminaire. Baigné dans un cocon, dans l’éloge de ma valeur aussi bien actuelle que future, quelle ne fut pas ma stupéfaction puis ma déception quand Maître Lavemont me fit savoir qu’il y avait urgence à me mettre en retrait.

 A ce stade du récit, je comprends que vous ne compreniez pas grand-chose à mes propos. Pour ce faire, il va falloir faire un détour par le passé et quelques périodes bien précises. Pour ceux qui seraient par trop impatients, sachez que je peux saisir l’avenir à 6 heures, parfois jusqu’à 12 heures, dans toutes les directions, dans tous les plans.

 Vous vous dites que c’est énorme, un avantage monstrueux, ou merveilleux, question d’optique mais pour l’avoir pratiqué, je vous assure que ce n’est ni l’un, ni l’autre ; juste un art de vivre s’apparentant à un ermite, doublé misanthrope, couleur sauvage, nuance asocial, qui serait obligé de vivre dans une cité dormitorium surpeuplée. Ni dramatique, ni idyllique, un numéro d’équilibriste pouvant facilement user et démoraliser !

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Salaij
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Stradi Varius

Qu'est-ce que l'Amour ?
N'est-ce pas, tout d'abord, le sens de la Vie ? Tout à chacun possède ce coeur qui bat, qui palpite, qui fait briller les yeux ainsi que l'espérence pour l'Avenir. On a l'impression d'être connecté avec l'Univers, avec le monde entier, tout en se plongeant dans le regard de l'Autre et en vivant avec et pour l'Autre.
Mais est-ce que l'Amour est véritable quand on le vit par l'Autre uniquement ?
Pour aimer, pour connaître l'Amour, pour vivre l'Amour, il est tout d'abord nécessaire de s'aimer soi-même, de se connaître, de se respecter, d'avoir conscience en soi, d'avoir de l'estime pour soi, d'avoir une bonne image de soi-même. Autrement, il n'existera pas plus grande souffrance que de penser que l'on vit par l'Autre tout en s'oubliant, car le naufrage n'en sera que plus rude. Il faut pouvoir accepter que l'Autre puisse s'en aller, que l'Autre puisse changer, que l'Autre puisse vouloir autre chose que ce que l'on lui donne.
Si on ne connaît pas l'Amour de soi, alors on risque tout simplement de sombrer dans les abymes néfastes d'un Enfer que l'on se crée, d'un Enfer que l'on se fait vivre, d'un Enfer que l'on se fait subir. Sans jamais pouvoir se relever réellement, sans jamais pouvoir envisager autre chose, sans jamais pouvoir passer à autre chose, sans jamais penser à autre chose. Les choses avancent sans nous, les choses continuent sans que l'on s'en sorte car on ne connaît réellement l'Amour véritable, l'Amour de soi.
Par la suite, alors, l'Amour pourra se partager pleinement avec l'Autre tant on se respecte, tant on fait ce que l'on veut faire, tant l'on vit l'instant présent sans jamais regarder par l'arrière. On apprend à s'excuser soi, puis mutuellement, à recevoir le pardon, à connaître l'empathie, à partager les souffrances, à communiquer, à vivre tout simplement avec soi et l'Autre. L'Amour ultime naît alors d'une Union fantastique entre deux Symboles vivants de la vie et de l'Acceptation des choses qui changent comme l'Univers tout entier est en perpétuel mouvement.
Et alors, on voit les choses différemment, on voit les choses sensoriellement, on voit les choses sous un angle qui est éminemment pertinant. On cesse de se prendre des coups de poings dans le ventre, on cesse de ne vivre que par les dépens de l'Autre, on cesse de s'imaginer des choses et de comprendre des interprétations nocives pour tout le monde. On vit le bonheur, on échange la joie, on rit mutuellement, on grandit ensemble, on s'épanouit à plusieurs.
L'Amour fait vivre.
L'Amour est grand.
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Défi
Baptiste Jacquemort


Mon amour,
C’est une étrange confession à quoi je m’en vais me livrer ici. Hier j’ai fauté. Ou plus exactement j’ai failli. Hier soir. Dans la lumière sublime des couchers de soleil dont nous sommes, en cette saison, par quelque faveur céleste si souvent gratifiés. Pardonne-moi.
Tu étais assise, attablée devant ton secrétaire, et tu écrivais une lettre à tes parents. J’étais, moi, allongé sur le divan et je venais de refermer le livre que je lis en ce moment. Je m’accordais un instant d’émerveillement.
Sais-tu comme tu peux être belle lorsque tu es, par toi-même, oubliée ? Je te l’ai dit déjà, mille fois, et chaque fois il me semble que j’échoue à le dire. Sans doute parce que je ne sais pas exprimer ce qui, finalement, ne relève pas de la démonstration mais de la foi. Peut-être aussi est-ce un peu ta faute ? Peut-être es-tu trop rationnelle ?
Le jour avait commencé de décliner. Je m’étais redressé, moi, sans un bruit et je suis resté de longues minutes ainsi, à te contempler. Toute à tes mots, tout appliquée à t’offrir, tu ne te doutais pas de ce qui se tramait dans ton dos. Tu étais au delà…
Derrière nous, le ciel jouait le dernier acte du jour. Nous n’en savions rien, ni l’un ni l’autre, et cependant il devait éclater des feux d’artifices dans le ventre de chacun des pauvres nuages qui se sont aventurés hier à nous menacer de leurs bravades pusillanimes. Et je sais qu’il devait y avoir, répandu sur l’horizon, le sang de la lumière qui éclaboussait jusqu’à nous.
Sur la courbe merveilleuse de ta nuque, découverte comme si elle eût été offerte à la hache d’un bourreau méticuleux, le dernier rayon de soleil avait trouvé son havre. Avec la même délicatesse que celle dont aurait fait preuve la main diaphane d’un ange consolateur, il caressait chacun de ces petits poils si doux qui couvrent ton cou d’un fin duvet d’or et de miel que j’aime tant.
Mon Dieu que tu es belle lorsque le jour se meurt.
Alors, lorsque cet ultime souffle de soleil a commencé de se retirer, j’ai soudain éprouvé le désir impérieux de m’en venir doucement prendre sa place. De déposer mes lèvres où la main de l’ange se fût si naturellement promenée. De te dire « je t’aime » à la simple force de ce tendre baiser.
J’ai laissé s’effacer la lumière. S’étirer imperceptiblement vers l’obscurité. Pour que tu me sois belle, rien qu’à moi, jusqu’au dernier instant de cette singulière éternité. J’ai attendu l’heure propice où je me fusse trouvé le plus riche de toi.
Et puis le téléphone a sonné…
En me levant, j’ai allumé la lumière et lorsque j’ai décroché, déjà, je n’y pensais plus. Pardonne-moi mon amour. J’ai laissé s’enfuir un baiser qui nous appartenait.
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