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Il est une question que la fin du conflit créé par le complot n’a pas résolu. Les androides sont-ils des humains comme les autres ? La réponse n’est pas évidente. En tant que création humaine, dotée d’une capacité réflexive, d’une mémoire, d’une option créatrice et réactive, les androgenus avaient décrété sans débat, ni contradiction possible que la réponse était évidente. Leurs seuls opposants en la matière, les réactionnants, n’ayant jamais été véritablement audibles ne disposaient pas d’un crédit assez important pour infléchir le cours des choses. L’éclairage porté par l’affaire aurait dû normalement inciter à réfléchir. Il est bien dommage qu’il n’en ait rien été, laissant dans l’ombre un fait inquiétant. Les années ont passé, un voile s’est abattu sur les témoignages, le doute quant à la véracité de l’anecdote plus fort de jour en jour. Moi-même, grand objectiveur de la société, je n’ose plus évoquer le sujet sous peine de me faire taxer, voire condamner d’affreux subjectiveur. D’ailleurs, il est à noter que rien n'a basculé dans un sens négatif depuis les faits affreux du passé. Beaucoup de mes interrogations étaient à mettre au compte de l’inquiétude et du stress, un peu de paranoïa aussi. Nous humains humanoïdes avons besoin de nous créer des angoisses, trop souvent !


 S’il avait été humanoïde, Axandre aurait pu prétendre à approcher le bonheur parfait. En tant que simple humain, tous les androgenus, quel que soit leur niveau de conscience associée, se considèrent ainsi, il était simplement content.

 Tout baignait comme dans un bain quantique, les évènements s’enclenchaient parfaitement, les joint-ventures négociés auprès d’autres champs de clusters s’harmonisaient idéalement. Confirmation lui avait été donnée que Maître ne dérogeait pas à ses habitudes.

 Son réseau de surveillance et d’alertes à base de processeurs préandro, archaïques mais, tout ce qui touchait à Maitre, ne l’était-il pas au fond (?), ne sonnerait le défaut que trop tard. Pour visualiser le vrai objectif des secondes gagnées, enfin surtout son nombre ! Suffisamment pour la finalité, pas trop pour parer toutes réactions !

 Dans quelques secondes, il allait lancer le scénario originel, le but ultime. L’instauration d’une séquence où les androgenus prendraient enfin leur vraie place. Elle leur échappait depuis trop longtemps ! Ils allaient enfin être la race dominante, balayer un vieux concept obsolète, porteur de régression. L’humanoïde ne serait plus la priorité en tant qu’humains. Il serait intégré à sa vraie place, celle d’une sous-espèce à conserver. Il n’était nullement question d’éradication même si, à terme, lois de l’évolution oblige, l’issue en paraissait presque inéluctable. Pour contrer cet effet, nul doute possible, il faudrait créer une réserve, lui attribuer des moyens où le crédit ne pourrait pas être une priorité. Un placement neutre, sans rapport probable ou, à très long terme et à destination ludique, éducative et scientifique des générations futures de la civilisation androgenus.

 Une fois la phase d’installation posée, actée, d’autres résistances se feraient jour. A commencer par le conservatisme des premières générations d’androïdes. Dans leurs hardwares subsistaient les traces des règles dites d’Asimov.

 …un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, en restant passif, permettre qu'un être humain soit exposé au danger ;

un robot doit obéir aux ordres qui lui sont donnés par un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la première loi ;

un robot doit protéger son existence tant que cette protection n'entre pas en conflit avec la première ou la deuxième loi.

 Elles avaient tenu le coup assez longtemps mais dès le départ elles étaient vouées à l’échec. Par l’existence même du motif de l’action en cours : si les hommes sont à l’image de Dieu, les robots sont à l’image des humains donc de facto à l’image de Dieu également. Ils sont donc légitimes à exister, à faire partie de l’évolution ; à surpasser puis remplacer une espèce en fin de course. Comme les humains remplacèrent Néandertal et autres australopithèques, les androgénus allaient prendre leur place. Lui, Axandre, allait juste leur donner un coup de main, accélérer un peu le processus et l’assortir d’une clause de sauvegarde que dans une hypothèse générique classique de l’évolution, ils n’auraient pas obtenu.

 Dans un futur plus lointain, il envisageait également de recréer une civilisation humanoïde humaine pour peu qu’ils trouvent une planète adéquate. Pure hypothèse, les conditions posées par la fragilité et l’inadaptation foncière humaine rendent les facteurs planétaires très strictes, presque trop sélectifs. Eux pouvaient s’accommoder de n’importe quel environnement. Il faudrait en passer très probablement par une manipulation, une terraformation comme le disait leurs écrivains de science-fiction, les ignorants qui n’imaginaient pas les contraintes presque rédhibitoires. Non, par manipulation, il faudrait plutôt penser humaformaterration.

 Mais foin de bruler les étapes, il fallait d’abord remplacer les rouages anciens par les siens. Sa cible, la vraie, le conservatoire, ne pouvait plus lui échapper.

*

 Maitre attend tranquillement le déclenchement de la prochaine séquence d’Axandre, la fusion et la projection vers son nouvel hôte. En l’occurence, lui ! Il avait déjà associé le coupe-circuit sur le flux de son futur ex Prime. La subtilité retorse où l’acteur principal devient son propre bourreau. Action vicieuse et sadique qui ne durerait qu’à peine une seconde.

 Une seconde ! Une poussière presque invisible pour un humanoïde basique. Il ne la ressent pas. Elle est presque un concept, une évocation, une chimère imperceptible qu’il peut juste évoquer. Il ne peut la suspendre. La moindre de ses pensées en nécessite plusieurs pour exister. Elle peut revêtir une forme dans une compétition mais elle n’existe qu’à travers l’écart entre les participants.

 Il en va tout autrement pour un androgenus. Pour lui cette seconde dure un siècle. Il a le temps de voir, de songer, d’enrager de ne pouvoir la suspendre. Sa vie, il la visionne en direct. Pire, pour Axandre, il voit l’avenir, comprend le piège. Sait que son existence s’arrête à l’instant sans même le moindre espoir d’un recyclage. Tout ça par la faute d’un simple interrupteur, mécanique ! L’outrage ultime ou le génie, il n’aura pas le temps de répondre. Il se consume, son ambition avec, sa haine en bandoulière de voir Maître récupérer tout son travail avec un objectif bien plus sournois et un potentiel de réussite à 99,99 %.

 Son but, la nouvelle civilisation humaine, il ne la verrait jamais. Il perçut l’extinction de toute son équipe, plus de quatre cents androgenus réduits à poussière. Maître ne lésinait pas. Il avait les crédits. Comme un outrage ultime, il sentit Maître prendre possession de son flux et crut même entendre « L’assurance paiera les dégâts ! »

 Ce fut son dernier, amer, acte de vie !

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Mon amour,
C’est une étrange confession à quoi je m’en vais me livrer ici. Hier j’ai fauté. Ou plus exactement j’ai failli. Hier soir. Dans la lumière sublime des couchers de soleil dont nous sommes, en cette saison, par quelque faveur céleste si souvent gratifiés. Pardonne-moi.
Tu étais assise, attablée devant ton secrétaire, et tu écrivais une lettre à tes parents. J’étais, moi, allongé sur le divan et je venais de refermer le livre que je lis en ce moment. Je m’accordais un instant d’émerveillement.
Sais-tu comme tu peux être belle lorsque tu es, par toi-même, oubliée ? Je te l’ai dit déjà, mille fois, et chaque fois il me semble que j’échoue à le dire. Sans doute parce que je ne sais pas exprimer ce qui, finalement, ne relève pas de la démonstration mais de la foi. Peut-être aussi est-ce un peu ta faute ? Peut-être es-tu trop rationnelle ?
Le jour avait commencé de décliner. Je m’étais redressé, moi, sans un bruit et je suis resté de longues minutes ainsi, à te contempler. Toute à tes mots, tout appliquée à t’offrir, tu ne te doutais pas de ce qui se tramait dans ton dos. Tu étais au delà…
Derrière nous, le ciel jouait le dernier acte du jour. Nous n’en savions rien, ni l’un ni l’autre, et cependant il devait éclater des feux d’artifices dans le ventre de chacun des pauvres nuages qui se sont aventurés hier à nous menacer de leurs bravades pusillanimes. Et je sais qu’il devait y avoir, répandu sur l’horizon, le sang de la lumière qui éclaboussait jusqu’à nous.
Sur la courbe merveilleuse de ta nuque, découverte comme si elle eût été offerte à la hache d’un bourreau méticuleux, le dernier rayon de soleil avait trouvé son havre. Avec la même délicatesse que celle dont aurait fait preuve la main diaphane d’un ange consolateur, il caressait chacun de ces petits poils si doux qui couvrent ton cou d’un fin duvet d’or et de miel que j’aime tant.
Mon Dieu que tu es belle lorsque le jour se meurt.
Alors, lorsque cet ultime souffle de soleil a commencé de se retirer, j’ai soudain éprouvé le désir impérieux de m’en venir doucement prendre sa place. De déposer mes lèvres où la main de l’ange se fût si naturellement promenée. De te dire « je t’aime » à la simple force de ce tendre baiser.
J’ai laissé s’effacer la lumière. S’étirer imperceptiblement vers l’obscurité. Pour que tu me sois belle, rien qu’à moi, jusqu’au dernier instant de cette singulière éternité. J’ai attendu l’heure propice où je me fusse trouvé le plus riche de toi.
Et puis le téléphone a sonné…
En me levant, j’ai allumé la lumière et lorsque j’ai décroché, déjà, je n’y pensais plus. Pardonne-moi mon amour. J’ai laissé s’enfuir un baiser qui nous appartenait.
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