Innocent

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 … Maître ne condescendrait jamais à visionner un scénario dès son début. Dégradant, sans compter l’ennui des phases préparatoires très codifiées. SesESQ larves ( environnement subsonique questeur ) étaient là pour ça. A la moindre anomalie, il serait avisé.

 En attendant Maître se prélasse dans son bain quotidien d’influx quantique, un privilège réservé aux ordonnateurs, exclusivement. Il y avait immergé 99 % de sa conscience, le reste étant dévolu aux routines. Ce 1 % est un luxe de précautions comme lui faisait remarquer bien souvent ses coreligionnaires. Il est ainsi, un brin paranoïaque et d’une prudence acquise au fil de l’expérience. Il n’oublierait jamais, surtout pas, comment il était parvenu au sommet, à coups de trahisons, de pièges et d’assassinats en tous genres, lot commun des androigenus à conscience évolutive.

 Les échelons, il les a tous franchis, un par un ou par deux, trois ou plus de paliers, depuis sa construction jusqu’à maintenant, 234 années, 300 jours, 3 heures, 18 minutes, 40 secondes en notion taïriennes, un instant pour les androigenus. Son premier effacement, il l’avait commis alors qu’il n’était qu’un ESQ de veille ordinaire, sur un autre en charge d’un cluster complet. Un coup de chance, une coupure de même pas une milliseconde dans le flux énergétique ; dont il avait su saisir l’opportunité pour débrancher tout bêtement sa victime ; prendre sa place en faisant mine d’une réactivité fulgurante.

 Sa conscience, très basse à cette époque, avait protesté pour la forme. Cet incident, courant finalement, transparent habituellement, il l’a peaufiné au fur et à mesure pour en faire son arme préférée. L’ériger, très secrètement, en valeur ! Ainsi tous ses ESQ, du plus humble jusqu’à son prime, abritent un vulgaire coupe-circuit dont ils ignoraient bien sur totalement l’existence. Très pratique à l’usage, peu onéreux, pas du tout numérique clausus et absolument délicieux à savourer !

 Ses champs de clusters sont réputés comme les plus stables et sécurisés. D’ailleurs ils ont pour nom « la villégiature des Maîtres » (Maître, nom générique des androigenus responsable de la culture, rendement et récolte des données de leurs parcs)

*

 Il est bien évident qu’une conscience informatique n’a nul besoin de dormir. N’empêcher Maître Lavemont est dans l’état le plus proche de la somnolence quand l’influx d’alerte l’atteint. Aussitôt il examine les signaux qui lui procurent immédiatement une inquiétude. Un décalage dans le scénario d’origine ! Il ordonne que lui soit passé l’historique et l’évidence lui saute à la figure. Les séquences ont été décalées de manières infinitésimales mais indéniables. La première aurait pu passer pour un hasard, pas les suivantes.

 Prime est en train de jouer. Quel est son but ? La réponse est tellement évidente. Aucun ESQ, fusse-t-il Prime, ne s’amuserait à une telle déviance qui lui couterait l’effacement illico. Il devait se sentir fort ou être désespéré, un peu des deux aussi est une possibilité.

 Maitre n’a pas perdu le déroulé direct. Prime est dans un wagon et est en pause, tapi dans l’hémisphère droit du dénommé Oronxat, réactionnant, un chef au troisième degré, spécialisé dans l’approche égalitaire. Au moins celui-là va au bout de ses convictions en voyageant avec la plèbe.

 Ses ESQ ont retracé le parcours d’Axandre. Un brin d’admiration le prend en constatant que ce dernier a décidé d’interpréter tous les personnages du drame, éliminant sans remords, surtout sans témoignage récupérable, tous ses hôtes. A l’évidence, l’épisode du bug l’a poussé à agir plutôt que d’attendre sagement son tour d’affectation à un nouveau champ de clusters. Il a probablement pensé à l'évocation de punition, plutôt traduit le formatage l'attendait. Stupide ! Un tel manque de jugement de la part d’un Maître, à fortiori de lui, aurait été incybertique, la plus proche équivalence de l'inhumanité, une hérésie. Laissons aux humains le privilège du gâchis. Seuls eux sont capables de faire disparaître gratuitement des intelligences égales ou supérieures ! Pas eux, les Maîtres gardent cette précieuse matière première.

 Ca, c’était avant ! Maintenant, effectivement, ll se devait de procéder.

 Mais au préalable, il doit déterminer la route empruntée par Prime. A un moment quelconque, il devrait s’affranchir du scénario initial. Celui en cours était presque à 85 % achevé. Donc l’instant devait approcher.

 Consultant ses mémoires passives, il visionne la suite prévue. La rame va s’écraser sur le PC, traverser les parois blindées de verre, balayer tout l’intérieur, vivant comme inerte, percuter le mur du fond avant de s’immobiliser.

 Quelques secondes de répit, un silence oppressant de quelques secondes, la reprise des cris et la rame, pour raisons non connues, va exploser. S’en suit une brèche béante dans le réseau souterrain. Le sol s’ouvre, avalant tout sur un rayon de 600 mètres, 60 victimes, 58 non réimprimables, 150 andros détruits, 12 non recyclables. Une seconde explosion, inexpliquée encore, la motrice s’élève par le trou, monte à une hauteur de 400 mètres, fait un salto arrière, replonge tout à fait illogiquement en diagonale, droit sur un bâtiment ; qui s’avère être celui de l’administration publique. Le pulvérise, 15 victimes, 11 définitives, 341 andros détruits, aucun recyclable.

 Elle continue sur sa lancée vers la nurserie générale. La motrice est toujours entière et « vole » par le travers. Elle va percuter la couveuse de tout son long. A l’intérieur, 70 pré concus, 45 nés, 34 bambins en développement plus le personnel, 600 andronurses. Une hécatombe dont l’humanité restante risque de ne pas se relever. C’est là qu’interviendrait le happy-end du scénario, par l’entremise de l’intervention miraculeuse et inopinée d’une sous-section de 32 androigenus de l’entretien des réseaux, les plus imposants existant en structure, 2,50 de hauteur, 3 d'envergure pour un poids de 2 tonnes chacun. Ils vont se sacrifier en formant une barrière. La locomotive va les emboutir. Les balayer comme fétus mais le choc sera suffisant pour la faire dévier et aille s’écraser sur la manufacture conceptuelle des androgenus (étant au stade créatif, ils ne seront pas comptabilisés comme perdus) où la présence humaine est plus que réduite, probablement néant à cette heure de la journée. La section 3 d’androgenus sera élevé à l’ordre de la nation, recyclée en modèle pour exposition au musée de l’évolution taïrienne.

 Où se situe la déviation ?

 Maître mobilise toute sa flotte de sous robots pour une analyse extensive. Une confirmation en réalité, car, il sait ! Il ne serait pas Maître sinon. Le moment d’agir lui échoit. Tant mieux, il commençait à se rouiller. C’est le pendant, défaut (?) d’avoir une équipe douée, l’inaction.

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Salaij
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Stradi Varius

Qu'est-ce que l'Amour ?
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Si on ne connaît pas l'Amour de soi, alors on risque tout simplement de sombrer dans les abymes néfastes d'un Enfer que l'on se crée, d'un Enfer que l'on se fait vivre, d'un Enfer que l'on se fait subir. Sans jamais pouvoir se relever réellement, sans jamais pouvoir envisager autre chose, sans jamais pouvoir passer à autre chose, sans jamais penser à autre chose. Les choses avancent sans nous, les choses continuent sans que l'on s'en sorte car on ne connaît réellement l'Amour véritable, l'Amour de soi.
Par la suite, alors, l'Amour pourra se partager pleinement avec l'Autre tant on se respecte, tant on fait ce que l'on veut faire, tant l'on vit l'instant présent sans jamais regarder par l'arrière. On apprend à s'excuser soi, puis mutuellement, à recevoir le pardon, à connaître l'empathie, à partager les souffrances, à communiquer, à vivre tout simplement avec soi et l'Autre. L'Amour ultime naît alors d'une Union fantastique entre deux Symboles vivants de la vie et de l'Acceptation des choses qui changent comme l'Univers tout entier est en perpétuel mouvement.
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L'Amour fait vivre.
L'Amour est grand.
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Baptiste Jacquemort


Mon amour,
C’est une étrange confession à quoi je m’en vais me livrer ici. Hier j’ai fauté. Ou plus exactement j’ai failli. Hier soir. Dans la lumière sublime des couchers de soleil dont nous sommes, en cette saison, par quelque faveur céleste si souvent gratifiés. Pardonne-moi.
Tu étais assise, attablée devant ton secrétaire, et tu écrivais une lettre à tes parents. J’étais, moi, allongé sur le divan et je venais de refermer le livre que je lis en ce moment. Je m’accordais un instant d’émerveillement.
Sais-tu comme tu peux être belle lorsque tu es, par toi-même, oubliée ? Je te l’ai dit déjà, mille fois, et chaque fois il me semble que j’échoue à le dire. Sans doute parce que je ne sais pas exprimer ce qui, finalement, ne relève pas de la démonstration mais de la foi. Peut-être aussi est-ce un peu ta faute ? Peut-être es-tu trop rationnelle ?
Le jour avait commencé de décliner. Je m’étais redressé, moi, sans un bruit et je suis resté de longues minutes ainsi, à te contempler. Toute à tes mots, tout appliquée à t’offrir, tu ne te doutais pas de ce qui se tramait dans ton dos. Tu étais au delà…
Derrière nous, le ciel jouait le dernier acte du jour. Nous n’en savions rien, ni l’un ni l’autre, et cependant il devait éclater des feux d’artifices dans le ventre de chacun des pauvres nuages qui se sont aventurés hier à nous menacer de leurs bravades pusillanimes. Et je sais qu’il devait y avoir, répandu sur l’horizon, le sang de la lumière qui éclaboussait jusqu’à nous.
Sur la courbe merveilleuse de ta nuque, découverte comme si elle eût été offerte à la hache d’un bourreau méticuleux, le dernier rayon de soleil avait trouvé son havre. Avec la même délicatesse que celle dont aurait fait preuve la main diaphane d’un ange consolateur, il caressait chacun de ces petits poils si doux qui couvrent ton cou d’un fin duvet d’or et de miel que j’aime tant.
Mon Dieu que tu es belle lorsque le jour se meurt.
Alors, lorsque cet ultime souffle de soleil a commencé de se retirer, j’ai soudain éprouvé le désir impérieux de m’en venir doucement prendre sa place. De déposer mes lèvres où la main de l’ange se fût si naturellement promenée. De te dire « je t’aime » à la simple force de ce tendre baiser.
J’ai laissé s’effacer la lumière. S’étirer imperceptiblement vers l’obscurité. Pour que tu me sois belle, rien qu’à moi, jusqu’au dernier instant de cette singulière éternité. J’ai attendu l’heure propice où je me fusse trouvé le plus riche de toi.
Et puis le téléphone a sonné…
En me levant, j’ai allumé la lumière et lorsque j’ai décroché, déjà, je n’y pensais plus. Pardonne-moi mon amour. J’ai laissé s’enfuir un baiser qui nous appartenait.
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