Is

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 Je somnolais quand le premier choc se produisit. Toutes les lumières s’éteignirent une seconde. Dans le wagon hors classe, le poulailler, son surnom familier, incompréhensible tant est ignoré l’origine, la racine du mot, la stupeur précéda la panique.

 Dans cette atmosphère confinée et commune des impublics, soit la majeure partie des résidents de Taïra, les laissés pour compte, paria, les gueux, les mortels de la vraie mort, la panique est une constante, toujours prête à exploser.

 J’interroge mon flux info. Rien ! J’en fais de même avec celui du réseau métropolitain. Rien ! Je déclenche mon capteur d’interception. Les infos affluent émises par les passagers envers leurs proches ou interrogeant les sources comme il venait de le faire. A priori, la motrice venait de heurter deux personnes. Pourquoi ne s’était-elle pas arrêtée ? L’alarme n’a même pas résonné. Nous devrions être arrêtés. Je me reconnecte au flux du réseau métropolitain. Je m’oriente vers les capteurs optiques de suivi jusqu’à trouver celui où je me trouve. Même l’image montre clairement que nous allons vite, trop, beaucoup trop. Si mes souvenirs sont bons, il y a un virage presque à angle droit avant le terminus. La motrice ne pourra le prendre.

 Mes voisins commencent à me regarder d’un air bizarre. Ils se demandent sans doute que fait un citoyen dans leur wagon. Je le suis, c’est sur, mais, aussi, surtout, je suis un réactionnant, accessoirement défenseur de cette plèbe justement pour qu’elle soit restaurée comme citoyen à part entière.

 Je dois faire quelque chose sinon je vais être effacé à tout jamais. Hors de question ! Ce pourrait être un choix tragique entre me sauver et les sauver. N’en croyez rien, ce n’est pas. Quoique je fasse, ils y passeront. Tout ce que je peux faire, c’est adoucir leur disparition.

— Mesdasieurs, n’ayez aucune crainte. Le train a percuté un obstacle inconnu. Mais le freinage va bientôt opérer. Au pire le cocprotec va agir et nous protéger.

 C’est mal. Ils ne le savent pas. Et quand bien même ? Gazés est leur seule destinée. Dans une logique qu’il pouvait admettre, même en tant que réactionnant. Apurer les interférences parasites des citoyens. Même s’il croit profondément inéquitable l’existence de plusieurs catégories d’humains dont eux, les sous-hommes (note : les femmes ne peuvent, en aucun cas, ne pas être citoyennes en tant que souche reproductrice indispensable. Même chez les renargats, autre sous espèces, marginaux du bord de la cité ! )

 Horrible détail pour accréditer mon ignoble mensonge, je suis présent, caution vivante de l’adage : on ne le laisse pas mourir un citoyen !

 Je s…

*

 Quel bavard impénitent ! Telle fut l’épitaphe d’Oronxat quand Axandre prit le contrôle de son corps et esprit. Lui n’allait pas perdre de temps. Il sortit les éléments du gusiltran, les assembla prestement et appuya sur la détente. Les ogives s’élancèrent. Elles firent deux fois le tour du wagon d’une manière semblant aléatoire mais en réalité parfaitement logique. Le but, enregistré toutes présences, désactivés tous capteurs. Dans ce wagon à bestiaux humains, ce fut rapide.

 Elles s’immobilisèrent, dans l’attente de l’ordre de fusion. Axandre visualisa le temps écoulé, l’environnement. Au loin, il perçut les premiers ronronnements des stratopters de secours. Il avait encore gagné 49 secondes sur le scénario initial. Suffisamment pour le mettre vraiment en danger maintenant ! Quiconque suivait attentivement, avec la connaissance de l’initial, était en mesure de pointer du doigt le dysfonctionnement. Sans pour autant en connaître ou la cause, ou le but ou les deux. Le temps qu’ils analysent et il serait trop tard. Il était temps pour lui de se projeter ailleurs.

 Il déclencha la fusion tout en s’éjectant. Sa prochaine cible…

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Salaij
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Stradi Varius

Qu'est-ce que l'Amour ?
N'est-ce pas, tout d'abord, le sens de la Vie ? Tout à chacun possède ce coeur qui bat, qui palpite, qui fait briller les yeux ainsi que l'espérence pour l'Avenir. On a l'impression d'être connecté avec l'Univers, avec le monde entier, tout en se plongeant dans le regard de l'Autre et en vivant avec et pour l'Autre.
Mais est-ce que l'Amour est véritable quand on le vit par l'Autre uniquement ?
Pour aimer, pour connaître l'Amour, pour vivre l'Amour, il est tout d'abord nécessaire de s'aimer soi-même, de se connaître, de se respecter, d'avoir conscience en soi, d'avoir de l'estime pour soi, d'avoir une bonne image de soi-même. Autrement, il n'existera pas plus grande souffrance que de penser que l'on vit par l'Autre tout en s'oubliant, car le naufrage n'en sera que plus rude. Il faut pouvoir accepter que l'Autre puisse s'en aller, que l'Autre puisse changer, que l'Autre puisse vouloir autre chose que ce que l'on lui donne.
Si on ne connaît pas l'Amour de soi, alors on risque tout simplement de sombrer dans les abymes néfastes d'un Enfer que l'on se crée, d'un Enfer que l'on se fait vivre, d'un Enfer que l'on se fait subir. Sans jamais pouvoir se relever réellement, sans jamais pouvoir envisager autre chose, sans jamais pouvoir passer à autre chose, sans jamais penser à autre chose. Les choses avancent sans nous, les choses continuent sans que l'on s'en sorte car on ne connaît réellement l'Amour véritable, l'Amour de soi.
Par la suite, alors, l'Amour pourra se partager pleinement avec l'Autre tant on se respecte, tant on fait ce que l'on veut faire, tant l'on vit l'instant présent sans jamais regarder par l'arrière. On apprend à s'excuser soi, puis mutuellement, à recevoir le pardon, à connaître l'empathie, à partager les souffrances, à communiquer, à vivre tout simplement avec soi et l'Autre. L'Amour ultime naît alors d'une Union fantastique entre deux Symboles vivants de la vie et de l'Acceptation des choses qui changent comme l'Univers tout entier est en perpétuel mouvement.
Et alors, on voit les choses différemment, on voit les choses sensoriellement, on voit les choses sous un angle qui est éminemment pertinant. On cesse de se prendre des coups de poings dans le ventre, on cesse de ne vivre que par les dépens de l'Autre, on cesse de s'imaginer des choses et de comprendre des interprétations nocives pour tout le monde. On vit le bonheur, on échange la joie, on rit mutuellement, on grandit ensemble, on s'épanouit à plusieurs.
L'Amour fait vivre.
L'Amour est grand.
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Baptiste Jacquemort


Mon amour,
C’est une étrange confession à quoi je m’en vais me livrer ici. Hier j’ai fauté. Ou plus exactement j’ai failli. Hier soir. Dans la lumière sublime des couchers de soleil dont nous sommes, en cette saison, par quelque faveur céleste si souvent gratifiés. Pardonne-moi.
Tu étais assise, attablée devant ton secrétaire, et tu écrivais une lettre à tes parents. J’étais, moi, allongé sur le divan et je venais de refermer le livre que je lis en ce moment. Je m’accordais un instant d’émerveillement.
Sais-tu comme tu peux être belle lorsque tu es, par toi-même, oubliée ? Je te l’ai dit déjà, mille fois, et chaque fois il me semble que j’échoue à le dire. Sans doute parce que je ne sais pas exprimer ce qui, finalement, ne relève pas de la démonstration mais de la foi. Peut-être aussi est-ce un peu ta faute ? Peut-être es-tu trop rationnelle ?
Le jour avait commencé de décliner. Je m’étais redressé, moi, sans un bruit et je suis resté de longues minutes ainsi, à te contempler. Toute à tes mots, tout appliquée à t’offrir, tu ne te doutais pas de ce qui se tramait dans ton dos. Tu étais au delà…
Derrière nous, le ciel jouait le dernier acte du jour. Nous n’en savions rien, ni l’un ni l’autre, et cependant il devait éclater des feux d’artifices dans le ventre de chacun des pauvres nuages qui se sont aventurés hier à nous menacer de leurs bravades pusillanimes. Et je sais qu’il devait y avoir, répandu sur l’horizon, le sang de la lumière qui éclaboussait jusqu’à nous.
Sur la courbe merveilleuse de ta nuque, découverte comme si elle eût été offerte à la hache d’un bourreau méticuleux, le dernier rayon de soleil avait trouvé son havre. Avec la même délicatesse que celle dont aurait fait preuve la main diaphane d’un ange consolateur, il caressait chacun de ces petits poils si doux qui couvrent ton cou d’un fin duvet d’or et de miel que j’aime tant.
Mon Dieu que tu es belle lorsque le jour se meurt.
Alors, lorsque cet ultime souffle de soleil a commencé de se retirer, j’ai soudain éprouvé le désir impérieux de m’en venir doucement prendre sa place. De déposer mes lèvres où la main de l’ange se fût si naturellement promenée. De te dire « je t’aime » à la simple force de ce tendre baiser.
J’ai laissé s’effacer la lumière. S’étirer imperceptiblement vers l’obscurité. Pour que tu me sois belle, rien qu’à moi, jusqu’au dernier instant de cette singulière éternité. J’ai attendu l’heure propice où je me fusse trouvé le plus riche de toi.
Et puis le téléphone a sonné…
En me levant, j’ai allumé la lumière et lorsque j’ai décroché, déjà, je n’y pensais plus. Pardonne-moi mon amour. J’ai laissé s’enfuir un baiser qui nous appartenait.
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