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 Aloysius est un chauffard, assumé. C’est son métier. Rouler à tombeau ouvert, faire en sorte d’effrayer, parfois de blesser légèrement. Jamais de tuer !

 C’est un métier de niveau cadsoc 3, deux marches avant le sommet. Très prisé car il participe directement aux mises au point et aux améliorations des glisseurs. Le sien n’a rien à voir avec celui du commun des mortels. Sa technique est autre, son design différent, unique même et ses capacités sans commune mesure. Le prétexte de l’apport pour les séries « grand public » est, à minima, une chimère. Les rares avancées n’interviennent généralement pas avant six à dix ans. C’est l’éternel justificatif pour contrer un résidu de culpabilité sans motif dans un monde tel que Taira.

 Aloysius adore ce métier, la sensation de vitesse, raser les immeubles, les arbres, les passants, zigzaguer au milieu des piétons qui traversent. Chaque fois il s’emplit les yeux du spectacle. Bien harnaché dans son siège, les capteurs ancrés dans ses avant-bras, sa tête, il n’a qu’une chose à faire, penser, visualiser les trajectoires, estimer la vitesse possible à atteindre. Le reste, la conduite et le guidage, les androigenus s’en chargent. Il est la quintessence humaine, peu importe qu’elle s’incarne dans le sport. De la vélocité de ses pensées, réflexions, déductions, anticipations dépendent vie et mort. Ni plus, ni moins, qu’être une incarnation de Dieu !

*

 Une balise pourpre s’allume sur mon bandeau de vision. Le signal qu’un imprudent va traverser hors zone, acceptant et assumant les risques délibérément courus. Immédiatement je décide de le blesser assez gravement. Il y a longtemps que ma machine et moi n’avons pas réalisées de scénario de stockhom. Bien réalisé, il rapporte des points. Comme dit le proverbe, « les points, c’est du crédit » et son corollaire « le crédit, c’est la liberté ! »

 Le choc devrait se produire d’ici une minute. j’initialise un écran. Je demande le panoramique. D’abord vérifier les alentours pour ne pas provoquer une avalanche d’estropiés. A cette heure, il y a peu de mondes. C’est l’heure des andronurses, pas la catégorie de population la plus importante. Quelques passants, touristes, oisifs ou retardataires de fêtes sans fin en quête de leurs lits. Les conditions sont idéales pour faire un strike.

 Je me cale un peu mieux dans mon fauteuil. Je mets mon cerveau en phase optimale avec les androgenus de bord. La vitesse atteinte est de 354 km/h. Le but visé est de 822 à atteindre au bout de la voie rectiligne de trois kilomètres. Touché un humain à cette vitesse relève de l’opération chirurgicale. Il nous faut l’effleurer à peine sous peine de le tuer purement et simplement, voire de le déchiqueter. Il ne resterait pas assez de masse pour le reconstruire. Les prépaiements affluent. Si nous réussissons, sans le moindre doute, nous serons élus comme équipage le plus lucratif de la dizaine écoulée. Le chiffre atteint commence à vraiment être vertigineux, un million de crédits désindexés donc à valeur constante quel que soit la tendance des marchés. Hausse ou baisse n’influeraient plus sur sa valeur à la clôture des inscriptions. L’androgenus de commande de bord me signale que nous recevons des demandes par centaine pour se greffer à nos capteurs. Jusqu'alors, nous, andros et humain du bord, avons toujours été réticents au greffon. Considérant que ces volontaires ne voulaient connaître qu’une décharge d’adrénaline, sans grand risque, sans en prendre un seul. Dire que nous les méprisons est un euphémisme. Mais aujourd’hui est spécial. Celui d’un record international tenant depuis près d’un siècle !

 Derrière les mots sans âme de l’androgenus, du simple fait qu’il m’ai reporté la demande, j’ai quand même ressenti comme une acceptation tacite, genre « ça va remplir les cartes ! » Je n’ai guère besoin de réfléchir pour valider. La course va être ardue pour les candidats ; places limitées, enchères d’achat élevées va en rejeter plus d’un. Pas d’angoisses à se faire, en quelques secondes les greffons seront vendus. Des crédits encore, indexés ceux-là mais bon à prendre. Tous les voyants de mon bandeau passent au vert. Action, j’appuie sur le plot de départ et je me retrouve plaqué violemment en arrière. Le compteur est passé de 500 à 650 en même pas le temps d’y penser. La moitié de la voie accélérative est franchie. Je braque mon regard sur la cible et…

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Stradi Varius

Qu'est-ce que l'Amour ?
N'est-ce pas, tout d'abord, le sens de la Vie ? Tout à chacun possède ce coeur qui bat, qui palpite, qui fait briller les yeux ainsi que l'espérence pour l'Avenir. On a l'impression d'être connecté avec l'Univers, avec le monde entier, tout en se plongeant dans le regard de l'Autre et en vivant avec et pour l'Autre.
Mais est-ce que l'Amour est véritable quand on le vit par l'Autre uniquement ?
Pour aimer, pour connaître l'Amour, pour vivre l'Amour, il est tout d'abord nécessaire de s'aimer soi-même, de se connaître, de se respecter, d'avoir conscience en soi, d'avoir de l'estime pour soi, d'avoir une bonne image de soi-même. Autrement, il n'existera pas plus grande souffrance que de penser que l'on vit par l'Autre tout en s'oubliant, car le naufrage n'en sera que plus rude. Il faut pouvoir accepter que l'Autre puisse s'en aller, que l'Autre puisse changer, que l'Autre puisse vouloir autre chose que ce que l'on lui donne.
Si on ne connaît pas l'Amour de soi, alors on risque tout simplement de sombrer dans les abymes néfastes d'un Enfer que l'on se crée, d'un Enfer que l'on se fait vivre, d'un Enfer que l'on se fait subir. Sans jamais pouvoir se relever réellement, sans jamais pouvoir envisager autre chose, sans jamais pouvoir passer à autre chose, sans jamais penser à autre chose. Les choses avancent sans nous, les choses continuent sans que l'on s'en sorte car on ne connaît réellement l'Amour véritable, l'Amour de soi.
Par la suite, alors, l'Amour pourra se partager pleinement avec l'Autre tant on se respecte, tant on fait ce que l'on veut faire, tant l'on vit l'instant présent sans jamais regarder par l'arrière. On apprend à s'excuser soi, puis mutuellement, à recevoir le pardon, à connaître l'empathie, à partager les souffrances, à communiquer, à vivre tout simplement avec soi et l'Autre. L'Amour ultime naît alors d'une Union fantastique entre deux Symboles vivants de la vie et de l'Acceptation des choses qui changent comme l'Univers tout entier est en perpétuel mouvement.
Et alors, on voit les choses différemment, on voit les choses sensoriellement, on voit les choses sous un angle qui est éminemment pertinant. On cesse de se prendre des coups de poings dans le ventre, on cesse de ne vivre que par les dépens de l'Autre, on cesse de s'imaginer des choses et de comprendre des interprétations nocives pour tout le monde. On vit le bonheur, on échange la joie, on rit mutuellement, on grandit ensemble, on s'épanouit à plusieurs.
L'Amour fait vivre.
L'Amour est grand.
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Baptiste Jacquemort


Mon amour,
C’est une étrange confession à quoi je m’en vais me livrer ici. Hier j’ai fauté. Ou plus exactement j’ai failli. Hier soir. Dans la lumière sublime des couchers de soleil dont nous sommes, en cette saison, par quelque faveur céleste si souvent gratifiés. Pardonne-moi.
Tu étais assise, attablée devant ton secrétaire, et tu écrivais une lettre à tes parents. J’étais, moi, allongé sur le divan et je venais de refermer le livre que je lis en ce moment. Je m’accordais un instant d’émerveillement.
Sais-tu comme tu peux être belle lorsque tu es, par toi-même, oubliée ? Je te l’ai dit déjà, mille fois, et chaque fois il me semble que j’échoue à le dire. Sans doute parce que je ne sais pas exprimer ce qui, finalement, ne relève pas de la démonstration mais de la foi. Peut-être aussi est-ce un peu ta faute ? Peut-être es-tu trop rationnelle ?
Le jour avait commencé de décliner. Je m’étais redressé, moi, sans un bruit et je suis resté de longues minutes ainsi, à te contempler. Toute à tes mots, tout appliquée à t’offrir, tu ne te doutais pas de ce qui se tramait dans ton dos. Tu étais au delà…
Derrière nous, le ciel jouait le dernier acte du jour. Nous n’en savions rien, ni l’un ni l’autre, et cependant il devait éclater des feux d’artifices dans le ventre de chacun des pauvres nuages qui se sont aventurés hier à nous menacer de leurs bravades pusillanimes. Et je sais qu’il devait y avoir, répandu sur l’horizon, le sang de la lumière qui éclaboussait jusqu’à nous.
Sur la courbe merveilleuse de ta nuque, découverte comme si elle eût été offerte à la hache d’un bourreau méticuleux, le dernier rayon de soleil avait trouvé son havre. Avec la même délicatesse que celle dont aurait fait preuve la main diaphane d’un ange consolateur, il caressait chacun de ces petits poils si doux qui couvrent ton cou d’un fin duvet d’or et de miel que j’aime tant.
Mon Dieu que tu es belle lorsque le jour se meurt.
Alors, lorsque cet ultime souffle de soleil a commencé de se retirer, j’ai soudain éprouvé le désir impérieux de m’en venir doucement prendre sa place. De déposer mes lèvres où la main de l’ange se fût si naturellement promenée. De te dire « je t’aime » à la simple force de ce tendre baiser.
J’ai laissé s’effacer la lumière. S’étirer imperceptiblement vers l’obscurité. Pour que tu me sois belle, rien qu’à moi, jusqu’au dernier instant de cette singulière éternité. J’ai attendu l’heure propice où je me fusse trouvé le plus riche de toi.
Et puis le téléphone a sonné…
En me levant, j’ai allumé la lumière et lorsque j’ai décroché, déjà, je n’y pensais plus. Pardonne-moi mon amour. J’ai laissé s’enfuir un baiser qui nous appartenait.
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