What

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 La femme est assise en face de moi. C’est une marginale, au minimum. Facile à déterminer puisqu’elle lit un livre. Tout papier ! Même pas une imitation en plastomère ! Autant dire que l’effet anachronique est certain. Probablement recherché aussi !

 La mode s’en est installée récemment. Comme toutes tendances, pour la suivre, il faut des crédits et les cartes qui vont avec et, pour une fois, un cerveau en état de fonctionnement.

 Lire à notre n’est pas une sinécure, ni un loisir anodin. Ce n’est plus un geste presque naturel. La lecture ne s’apprend plus ! A quoi bon ?

 Nos machines parlent, écoutent, traduisent instantanément. Elles prennent en charge tout le côté créatif ludique, musiques, films, peintures, sculptures, romans, poésie, essais, philosophie, métaphysique, chercheurs, tous les aspects constituant d’un environnement existentiel ont leur pendant cybernétique connecté.

 Le moindre des désirs humains est un ordre. Enfin tant qu’il est en mesure de le rémunérer s’entend !

 La barrière des langages n’existent plus, le dernièr rempart contre une mondialisation s’est effondré en même temps. Le monde est presque lisse. La moindre projovécuelle est visible du pôle nord au pôle sud et retour par tous, au même moment.

 Notre cœur de métier à nous androgenus est la protection de l’humain, sa sécurité pour tout dire. Y compris contre lui-même si le besoin s’en fait sentir. De nos études étalées sur plusieurs siècles, nous savons que l’unanimité n’est pas une spécificité de l’humanité. Il faut, faudra toujours qu’un, au moins, tente de se distinguer. Cette mode de la lecture en est une illustration. Nous laissons faire et surveillons pour mieux contrer cette autre mode, nettement plus subversive et mortelle, qu’est le réactionnisme.

 Lire c’est appartenir à une élite, de l’élite. En excluant d’office le commun des mortels. Cette activité n’est pas accessible. Hors réseau, hors circuits, elle possède un parfum, pas plus, de clandestinité. Pour les gens sensés, elle reste bien centré dans le flux normal. Pour pratiquer, il y faut une crédibilité financière demandant la situation minimale de cadsoc, l’échelon le plus bas de l’aristocratie de notre société, pour ainsi dire le marchepied vers les sommets.

 Ou, être un réactionnant !

 Mon intervention et ma véritable vocation commencent alors. Leur repérage, chasse, neutralisation et éradication finale de ce chancre posé sur le visage lisse de notre société.

 La nuance entre marginal et réactionnant, de mon point de vue, est étroite. Les réactionnants sont une plaie mais je ne suis guère plus favorable à la marginalité. Elle porte en elle le germe de la dissidence. Mieux vaudrait prévenir que guérir mais telle n’est pas la volonté de nos penseurs. Toutefois, je suis assez objectif pour reconnaître une utilité, ménagère sans plus, à la marginalité. Tant qu’elle en reste là !

 Je, comme tous mes collègues, suivant les préceptes gouvernementaux, les tolère donc tant qu’ils n’empiètent pas sur l’espace usuraire. Cette femme assise tranquille en est un parfait exemple. Elle respire la bonne conscience avec la touche juste d’originalité, un soupçon de culpabilité orgueilleuse que peut donner provoquer la lecture, en public, d’un livre ! Autant d’éléments qui incitent d’office à la contrôler suivant toutes les procédures en vigueur.

 J’initie mon scanner. Il clignote vert, preuve très primaire, qu’elle est en règle. Le clignotement n’est là que pour souligner, on s’en serait douté, l’aura très légèrement anarchisante. L’inspection secondaire s’enclencha. Presque simultanément un signel d’alerte ultra-son, uniquement audible pour moi, se déclenche. Sa tonalité ne laisse aucun doute. Cette femme possède un brouilleur à phasage proactif à vocation offensive, une arme d’autodéfense strictement interdite. J’émets l’alerte et j’attra…

*

L’unité FX65AZ9890 s’effondra au contact d’un rayon bleuté jaillit du livre, un pistoraymag. Cartes mères, processeurs, capteurs grillèrent intégralement. Seule sa mémoire, seul élément de blindage, léger de surcroît, des unités polisociers ordinaires des transports publics, survécut suffisamment pour faire parvenir un dernier message avant d’être à son tour anéantie.

*

 Central com polisocier : « … Le coût de ma réparation dépassera ma valeur ajoutée. Je suis fini ! »

Ce fut sa dernière, amère, pensée… qui ne provoqua en retour qu’un haussement d’épaules des opérateurs. Ces nouveaux androgénus dotés d’une mémoire à pensées humaines précise en devenait ennuyeux… presque autant que les humains ! A quoi bon aurait-on dû les protéger puisque connectés en permanence ? La prétention gagnait la plèbe des androgenus !

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Stradi Varius

Qu'est-ce que l'Amour ?
N'est-ce pas, tout d'abord, le sens de la Vie ? Tout à chacun possède ce coeur qui bat, qui palpite, qui fait briller les yeux ainsi que l'espérence pour l'Avenir. On a l'impression d'être connecté avec l'Univers, avec le monde entier, tout en se plongeant dans le regard de l'Autre et en vivant avec et pour l'Autre.
Mais est-ce que l'Amour est véritable quand on le vit par l'Autre uniquement ?
Pour aimer, pour connaître l'Amour, pour vivre l'Amour, il est tout d'abord nécessaire de s'aimer soi-même, de se connaître, de se respecter, d'avoir conscience en soi, d'avoir de l'estime pour soi, d'avoir une bonne image de soi-même. Autrement, il n'existera pas plus grande souffrance que de penser que l'on vit par l'Autre tout en s'oubliant, car le naufrage n'en sera que plus rude. Il faut pouvoir accepter que l'Autre puisse s'en aller, que l'Autre puisse changer, que l'Autre puisse vouloir autre chose que ce que l'on lui donne.
Si on ne connaît pas l'Amour de soi, alors on risque tout simplement de sombrer dans les abymes néfastes d'un Enfer que l'on se crée, d'un Enfer que l'on se fait vivre, d'un Enfer que l'on se fait subir. Sans jamais pouvoir se relever réellement, sans jamais pouvoir envisager autre chose, sans jamais pouvoir passer à autre chose, sans jamais penser à autre chose. Les choses avancent sans nous, les choses continuent sans que l'on s'en sorte car on ne connaît réellement l'Amour véritable, l'Amour de soi.
Par la suite, alors, l'Amour pourra se partager pleinement avec l'Autre tant on se respecte, tant on fait ce que l'on veut faire, tant l'on vit l'instant présent sans jamais regarder par l'arrière. On apprend à s'excuser soi, puis mutuellement, à recevoir le pardon, à connaître l'empathie, à partager les souffrances, à communiquer, à vivre tout simplement avec soi et l'Autre. L'Amour ultime naît alors d'une Union fantastique entre deux Symboles vivants de la vie et de l'Acceptation des choses qui changent comme l'Univers tout entier est en perpétuel mouvement.
Et alors, on voit les choses différemment, on voit les choses sensoriellement, on voit les choses sous un angle qui est éminemment pertinant. On cesse de se prendre des coups de poings dans le ventre, on cesse de ne vivre que par les dépens de l'Autre, on cesse de s'imaginer des choses et de comprendre des interprétations nocives pour tout le monde. On vit le bonheur, on échange la joie, on rit mutuellement, on grandit ensemble, on s'épanouit à plusieurs.
L'Amour fait vivre.
L'Amour est grand.
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Baptiste Jacquemort


Mon amour,
C’est une étrange confession à quoi je m’en vais me livrer ici. Hier j’ai fauté. Ou plus exactement j’ai failli. Hier soir. Dans la lumière sublime des couchers de soleil dont nous sommes, en cette saison, par quelque faveur céleste si souvent gratifiés. Pardonne-moi.
Tu étais assise, attablée devant ton secrétaire, et tu écrivais une lettre à tes parents. J’étais, moi, allongé sur le divan et je venais de refermer le livre que je lis en ce moment. Je m’accordais un instant d’émerveillement.
Sais-tu comme tu peux être belle lorsque tu es, par toi-même, oubliée ? Je te l’ai dit déjà, mille fois, et chaque fois il me semble que j’échoue à le dire. Sans doute parce que je ne sais pas exprimer ce qui, finalement, ne relève pas de la démonstration mais de la foi. Peut-être aussi est-ce un peu ta faute ? Peut-être es-tu trop rationnelle ?
Le jour avait commencé de décliner. Je m’étais redressé, moi, sans un bruit et je suis resté de longues minutes ainsi, à te contempler. Toute à tes mots, tout appliquée à t’offrir, tu ne te doutais pas de ce qui se tramait dans ton dos. Tu étais au delà…
Derrière nous, le ciel jouait le dernier acte du jour. Nous n’en savions rien, ni l’un ni l’autre, et cependant il devait éclater des feux d’artifices dans le ventre de chacun des pauvres nuages qui se sont aventurés hier à nous menacer de leurs bravades pusillanimes. Et je sais qu’il devait y avoir, répandu sur l’horizon, le sang de la lumière qui éclaboussait jusqu’à nous.
Sur la courbe merveilleuse de ta nuque, découverte comme si elle eût été offerte à la hache d’un bourreau méticuleux, le dernier rayon de soleil avait trouvé son havre. Avec la même délicatesse que celle dont aurait fait preuve la main diaphane d’un ange consolateur, il caressait chacun de ces petits poils si doux qui couvrent ton cou d’un fin duvet d’or et de miel que j’aime tant.
Mon Dieu que tu es belle lorsque le jour se meurt.
Alors, lorsque cet ultime souffle de soleil a commencé de se retirer, j’ai soudain éprouvé le désir impérieux de m’en venir doucement prendre sa place. De déposer mes lèvres où la main de l’ange se fût si naturellement promenée. De te dire « je t’aime » à la simple force de ce tendre baiser.
J’ai laissé s’effacer la lumière. S’étirer imperceptiblement vers l’obscurité. Pour que tu me sois belle, rien qu’à moi, jusqu’au dernier instant de cette singulière éternité. J’ai attendu l’heure propice où je me fusse trouvé le plus riche de toi.
Et puis le téléphone a sonné…
En me levant, j’ai allumé la lumière et lorsque j’ai décroché, déjà, je n’y pensais plus. Pardonne-moi mon amour. J’ai laissé s’enfuir un baiser qui nous appartenait.
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