Générale

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Le « censuré » conserve nombre de zones d’ombres. Aucune ne mérite que nous y perdions notre temps. Pourtant certaines restent dans le domaine de l’intriguant, ressurgissant régulièrement dans des fils de discussion.

La plus récurrente est sans conteste la propension des curieux, complotistes et ergoteurs de tous poils à tenter de répondre à la question : qu’elle était la mission de l’homme du dernier wagon ?

Une question vaine au vu des éléments… Tout n’est qu’hypothèses souvent fallacieuses. En est-il vraiment sorti vivant ? Il serait tentant d’en douter sérieusement. La nébulisation de ce dernier laisse peu de place à cette réalité. Immédiatement contrebalancée par les multiples distorsions du scénario original dont nous détenons l’intégralité.

Le plus troublant, toutes proportions gardées, est l’absolue absence de toutes traces résiduelles de sa présence. Par ailleurs, cette partie est celle qui subit le moins d’altérations du script initial. Il est aisé d’en tirer les causes, conséquences, dommages collatéraux et buts.

Aucune archive ne vient infirmer ou confirmer que ce mystérieux personnage a pu jouer un rôle par la suite. Ni le contraire d’ailleurs…

Si ma position m’autorise une conclusion logique, à vrai dire peu originale tant elle est partagée par une majorité de spécialistes éclairés, j’affirmerais aisément que nous avons affaire à une intoxication d’arrière-garde de cette engeance maudite que furent les réactionnants.

Reporter : Arman Darcelade

Le direct

Vue quatre : dans le métro

 La motrice percute le mur, l’enfonce et poursuit son chemin. A l’intérieur tous les voyants s’éteignent. Une alarme résonne. Une voix, automatique, répète inlassablement le même message à une vitesse supersonique. « Anomalie critique, panne d’énergie, détection d’incendie. »

Les multiples systèmes de sécurité se sont déclenchés. Les amortisseurs et autres coussins antichocs ont rempli leur rôle, limitant grandement les dommages. Les détecteurs actifs, SETRAP – scanneurs en temps réel d’anomalies physiques humaines – envoient leurs rapports en flot continu, une longue litanie de « rien à signaler ».

Aparté du commentateur :

Ce dernier point explicite grandement le relatif retard de l’arrivée des secours. En effet, ces SETRAP détectaient la validité humaine sans anticiper les dangers potentiels, ici de l’incendie. Les détecteurs passifs, eux, alertaient sur les anomalies sans analyse aucune de leurs possibles conséquences. Ils n’étaient pas, fait impensable même pour une époque arriérée et gangrénée, interconnectés. Cette hérésie faillit mener à un drame épouvantable, sans remettre en cause cette nature même, quoique limitée et moindre, de la disparition des deux cent trente-deux passagers des wagons sous classes économiques.

Vue 5 : dans le tunnel

 Il n’a jamais fait aussi clair dans ce boyau, habituellement antre de la noirceur. Les flammes lèchent les parois des rames, ne provoquant qu’une légère montée de la température bien régulée par la climatisation encore fonctionnelle.

Vue 6 : dans le wagon de queue

 Dans le dernier wagon, les voyageurs ont confiance dans le système. Le choc, ils l’ont à peine ressenti. Les flammes ne les ont pas encore atteints. Leur sérénité n’a pas été troublée par l’alerte accident. L’annonce n’a pas précisé le temps qu’il faudrait pour les sortir. Ils obéissent aux consignes de sécurité. « Ne tentez aucune sortie. Attendez les instructions des sauveteurs. » En attendant, ils font la seule chose qui leur soient accessibles, prévenir leurs proches à l’aide de leurs communicateurs de poignet. Peu semble s’inquiéter du fait qu’en tant que classe pauvre, le niveau zéro social, ils ne détiennent aucun implant de sauvegarde. Que si la situation empire, ils vont mourir. Définitivement… Eux…

 Ce n’est que quand les premières flammes apparaissent que nait une tension. Le danger plus palpable les affectent différemment parfois hors de toute logique. Ainsi quelques-uns n’ont d’autres idées que de prendre photos et vidéos qu’ils transmettent derechef. D’autres gardent une confiance absolue. La nouvelle annonce les conforte : « Ne paniquez pas. Les wagons sont prévus pour résister quatre heures au feu. » elle a le don d’en inquiéter réellement. Ainsi une petite minorité commence à regarder partout à la recherche d’une issue possible. Comme si elle avait été prévue ; qu’elle soit accessible manuellement et de l’intérieur en dépit de toute procédure sécuritaire.

 Seul, au fond, un homme, assis sur un strapontin, semble prendre le temps de faire une estimation de la situation. Il est calme et observe. À croire qu’il ne se passe rien. Quelques regards se tournent vers lui parmi les affolés. Immédiatement il lit un soulagement dans leur regard. Ils l’ont parfaitement identifié sans s’étonner de sa présence. Sa mise ne prête pas au doute, un citoyen classe trois, un cadre supérieur. Les procédures veulent qu’il bénéficie d’une protection maximum. Elle leur profitera à coup sûr.

 Sauf qu’il est un réactionnant… Il pourrait les sauver ces gens, enfin une grande partie, les faire sortir. En valent-ils le risque ? Par extension, l’humanité le mérite-t-elle ? À vrai dire, ce n’est qu’une interrogation biaisée, faussement métaphysique, une rhétorique de pure forme masochiste. Une présence de dédouanement psychologique envers une question universelle qui, au fond, ne peut qu’avoir une réponse personnelle.

 En bon réactionnant, ancré dans sa valeur, le factuel, sa seule sollicitude va à la mission, sa réussite et son honneur. Dans l’ordre… Qui, ils l’ignoreront à tout jamais, réhabilitera et disculpera l’horreur qui va conclure cette péripétie imprévue.

 Un témoin orange clignote à son poignet. Les quatre heures supposées de protection sont loin d’être atteintes. Il va s’en falloir de moins d’une minute avant que leur wagon soit atteint. Il tire de son surcot une arme très semblable à un colt antique, en deux fois plus grand. Le barillet de l’arme est disproportionné laissant apparaître clairement des minis ogives. Il la pose sur ses genoux. Quelques passagers remarquent l’engin. Ils ignorent tout de son usage, n’en ont jamais vu, ignares absolus de la technologie. Il leur produit son plus beau sourire rassurant et se paie même le luxe de leur faire un petit geste de la main. Ils le voient si calme qu’ils en sont rassérénés.

 Le signal qu’il attendait se produit enfin. Une lumière bleue annonce la notification de l’arrivée prochaine des stratopters de secours. Une dénomination inappropriée en réalité, plus juste serait de dire « d’enregistrement et de récupération. » À leur bord, aucun personnel humain, des machines, même pas dotée du moindre niveau de conscience, froides, d’une logique implacable. La technique de reconstruction est au point mais nécessite quelques incontournables. Le principal, l’enregistrement des données de son soi. Soit par l’automatisme des sauvegardes programmées, soit, comme pour cet incident, manuellement. La suite n’est qu’un suivi de protocoles basés sur l’économie et la commodité.

 Les stratopters ne font que vérifier que les identités correspondent aux enregistrements et empreintes. Pour le réaliser, ils vont procéder à une projection d’ondes TAU qui, outre son rôle de bouclier, va fossiliser le moment pendant deux heures. Autrement dit plus crûment, tuer tout le monde. Dans ce laps de temps se produit la récupération des données de finalisation, le troisième enregistrement, le sésame du déclenchement des opérations de reproduction. Il est plus facile de reconstruire que d’engager des dizaines de personnes pour jouer aux secouristes avec des risques trop élevés d’échec.

 La seule contrainte de toute cette procédure est la limite des deux heures au-delà de laquelle commence les dommages dans les transcriptions. Elles sont instables du fait même de leur logique informatique férocement factuelle. Elles ne conservent pas les délicates liaisons qu’un cerveau peut produire. Insensiblement, bien que présentes, elles vont se retrouver classifier comme données à part entière, une valeur mémoire sans consistance. D’où la nécessite d’avoir trois empreintes complètes afin de réaliser le travail de comparaison.

 Après quatre heures, les dommages sont irréversibles, enregistrement ou pas. Procéder alors à une reconstruction, dans ces conditions, revient à créer un monstre schizophrène et psychopathe.

 Pour l’homme, le réactionnant, le moment d’agir est venu. Sa survie en dépend. Admissible en théorie à la reconstruction, sa mission sous identité illégale, non seulement la rend caduque mais mettrait en danger toute l’organisation. Quoiqu’il arrive, il ne peut pas s’en tirer par la voie officielle. Son choix est limité. Mourir de sa vraie mort, inenvisageable ou s’échapper. Même si pour cela, il doit réaliser le même travail que les stratopters de secours au nom si mal attribué. Tuer tout le monde dans ce wagon…

 En tant qu’humain, il en est affligé, profondément et sincèrement. En tant que réactionnant, il réaffirmerait comme une évidence que la guerre n’est pas un jeu. Elle ne produit que des perdants. N’en déplaise à ceux qui pensent le contraire…

 Sa conscience serait soumise à l’épreuve éternelle de ses cellules mémorielles. Du moins jusqu’à l’ablation du ce petit bout de matière contenant l’inscription de cet épisode. Il n’est pas masochiste au point d’envisager de culpabiliser pour le restant de ces jours.

 Il saisit l’arme jusqu’alors inerte sur ses genoux et effleure le bouton d’action. Six projectiles en sortent, entourés d’un halo verdâtre sale. À cette vue, les passagers sont saisis d’une stupéfaction craintive. Il se lève et dit :

« N’ayez crainte, c’est pour produire un champ protecteur au cas où le feu pénétrerait. Elles vont faire le tour de chacun pour capter votre flux et vous intégrer au futur bouclier. »

 Le soulagement est palpable. C’est un mensonge éhonté, bien entendu. En réalité, les ogives sont synchronisées sur la gamme d’ondes TAU. Il active ses implants de régulation thermique qu’il sait être seul à posséder ici. Sur son poignet, la notification passe au rouge. Le signal…

 Dans des conditions normales, comme les voyageurs avant, il aurait quarante secondes pour déclencher le flux transcripteur et commander son extinction en douceur pour ne pas souffrir de l’onde de choc. Ici, il se contente d’impulser l’action des ogives.

 Tous les voyageurs s’écroulent en même temps, victime d’une arythmie fatale, silencieuse et non douloureuse. Il n’allait quand même pas les laisser se consumer dans d’atroces souffrances. Les six ogives libèrent un rayon unidirectionnel sur la vitre arrière, provoquant un afflux de chaleur important. La glace fond littéralement. La température dégagée est importante mais Il la sent à peine, bien protégé par ses implants.

 Sans attendre il sort. Un calcul millimétré comme le montre la phosphorescence bleutée qui vient d’entourer la rame. Au même moment les ogives implosent. Toutes les vitres s’éparpillent attirant les flammes.

Fugitivement, il espère que les voyageurs avant auront réussi à déclencher leurs procédures de sauvegarde. Une pensée aussitôt esquissée que refoulée… La mission, rien qu’elle…

Notes du reporter :

Reconstruction : La charte des droits humains garantissait à chacun son droit à la reconstruction. Pourvu qu’ils soient en mesure d’acquitter les taxes d’enregistrement, les droits de garde et de propriété… prohibitifs…

De nos jours, les choses se sont améliorés via le livret d’épargne-vie, réservé aux pauvres. Chaque heure travaillée ouvre des points de bénéfice. Ils sont convertis en équivalent crédit, indexés, à la hausse ou à la baisse, sur le cours global de l’économie. Comme le disait maitre Jaktally : « Chaque citoyen est devenu actionnaire d’une entreprise, le Pays, de ses habitants et de lui-même. »

Pourquoi une telle trilogie d'apparence bancale ? Simple, si chaque économie est naturellement fluctuante ; si un humain peut avoir assez de grief pour lui créer des ennuis ; qui irait jouer à la baisse sa propre existence ?

Malgré le septimisme d'origine, il est à noter que le système fonctionne plutôt bien sans dérive majeure.

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Mon amour,
C’est une étrange confession à quoi je m’en vais me livrer ici. Hier j’ai fauté. Ou plus exactement j’ai failli. Hier soir. Dans la lumière sublime des couchers de soleil dont nous sommes, en cette saison, par quelque faveur céleste si souvent gratifiés. Pardonne-moi.
Tu étais assise, attablée devant ton secrétaire, et tu écrivais une lettre à tes parents. J’étais, moi, allongé sur le divan et je venais de refermer le livre que je lis en ce moment. Je m’accordais un instant d’émerveillement.
Sais-tu comme tu peux être belle lorsque tu es, par toi-même, oubliée ? Je te l’ai dit déjà, mille fois, et chaque fois il me semble que j’échoue à le dire. Sans doute parce que je ne sais pas exprimer ce qui, finalement, ne relève pas de la démonstration mais de la foi. Peut-être aussi est-ce un peu ta faute ? Peut-être es-tu trop rationnelle ?
Le jour avait commencé de décliner. Je m’étais redressé, moi, sans un bruit et je suis resté de longues minutes ainsi, à te contempler. Toute à tes mots, tout appliquée à t’offrir, tu ne te doutais pas de ce qui se tramait dans ton dos. Tu étais au delà…
Derrière nous, le ciel jouait le dernier acte du jour. Nous n’en savions rien, ni l’un ni l’autre, et cependant il devait éclater des feux d’artifices dans le ventre de chacun des pauvres nuages qui se sont aventurés hier à nous menacer de leurs bravades pusillanimes. Et je sais qu’il devait y avoir, répandu sur l’horizon, le sang de la lumière qui éclaboussait jusqu’à nous.
Sur la courbe merveilleuse de ta nuque, découverte comme si elle eût été offerte à la hache d’un bourreau méticuleux, le dernier rayon de soleil avait trouvé son havre. Avec la même délicatesse que celle dont aurait fait preuve la main diaphane d’un ange consolateur, il caressait chacun de ces petits poils si doux qui couvrent ton cou d’un fin duvet d’or et de miel que j’aime tant.
Mon Dieu que tu es belle lorsque le jour se meurt.
Alors, lorsque cet ultime souffle de soleil a commencé de se retirer, j’ai soudain éprouvé le désir impérieux de m’en venir doucement prendre sa place. De déposer mes lèvres où la main de l’ange se fût si naturellement promenée. De te dire « je t’aime » à la simple force de ce tendre baiser.
J’ai laissé s’effacer la lumière. S’étirer imperceptiblement vers l’obscurité. Pour que tu me sois belle, rien qu’à moi, jusqu’au dernier instant de cette singulière éternité. J’ai attendu l’heure propice où je me fusse trouvé le plus riche de toi.
Et puis le téléphone a sonné…
En me levant, j’ai allumé la lumière et lorsque j’ai décroché, déjà, je n’y pensais plus. Pardonne-moi mon amour. J’ai laissé s’enfuir un baiser qui nous appartenait.
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