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Des temps anciens, ceux d’avant le « censuré », presque toutes les idées et technologies ont disparu. A l’exception de celle nommée, à tort, « reconstruction humaine ».

Pour ceux qui conservent des doutes, le « censuré » fut l’illustration, bien que triste et déplorable du dicton « un mal pour un bien ». Tous, citoyens de Taïra, nous pouvons nous rendre compte que la société actuelle est plus équitable et éthique.

L’autre aspect positif est la propension humaine à garder, par-devers les écueils et tragédies, les bénéfices des avancées prépondérantes. Ainsi la reconstruction survécut. De réservée à une élite – autant avouer une pratique indigne de toutes formes d'humanisme… – elle a été étendue à toutes les populations. L’immortalité latente qu’elle nous procure est la garantie de la survie de la race.

J’entends d’ici les esprits chagrins, les néo-réactionnants et quelques philosophes de mauvais aloi ainsi que les négatifs permanents dire que plus nous avançons, plus nous ressemblons à nos cybgénus, les remplaçants assainis des androïgénus. Je me permettrais juste de leur rappeler qu’à ce jour, pas un seul de ces énergumènes n’a refusé ou renoncé à cette dernière.

Enfin est-il si nécessaire d’avoir à rappeler que, comme Dieu, louange à sa grandeur, nous ne saurions créer qu’autrement qu’à notre image. La mauvaise foi est aisée mais c’est pure malhonnêteté d’inverser les valeurs. Les cybgénus nous ressemblent pas le contraire !

Reporter : Arman Darcelade

« Coupez »

 La voix très douce est néanmoins impérative.

« C’est mieux, bien plus maitrisé. Prime, vous vous êtes surpassé cette fois. »

 Prime s’incline. Elle eût été de mauvaise sapidité d’en rajouter.

« Si vous êtes proches de la conclusion, nous pouvons commencer à envisager de désigner un auteur. Une idée ?

— Une nouvelle tête semblerait la bienvenue, pensons-nous.

— Expliquez ?

— Etant donné l’importance du sujet, son but, j’imagine qu’il sera seyant de faire paraître un nouveau profil sur la plateforme. Pas forcément inconnu, nous le parsèmerons de pistes, d’indices pour permettre aux réactionnants d’y trouver tout ce qu’ils veulent. Il ne leur en faut guère pour hurler au complot mais avec de la matière, ils vont mettre les gens dans la rue.

— Bien vu, intervention des polisociers, largissement expansif des surfaces de surveillance. La stimulaction pourra s’établir sans accroc. Le coût en morts humaines ?

— Fourchette basse, 2000 ; haute ; plusieurs dizaines de milliers. Tout dépend qui nous aiderons ou pas ?

— La question ne se pose pas ! Qui est en charge du profil ?

— 3,141592653589793 !

— Pi, ce non fini ? Est-ce judicieux ?

— Ne cadre-t-il pas parfaitement avec le sujet ? »

 Prime, tout en répondant, se claque les combinatoires. Sa réponse tout en spontanéité est à la limite de l’insolence.

— Je le trouve un peu jeune. Enfin c’est votre affaire. Quand même, n’est-ce pas un grand risque d’introduire un élément superstitieux dans cette trame ?

 Le grand Maître Lavemont pose la question d’un air dubitatif. Sans se démonter prime Axandre répond :

— Notre scénario manquait d’une touche humour.

— Très noir pour le coup !

 L’équivalent du sourire chez les androigénus est la lueur vert-pâle des témoins de processeurs. Couleur arborée par ceux du Maitre, équivalent certain d’un satisfecit et d’une validation, au moins partielle.

— Va pour NgeruPango. Que le chat noir nous mène à la victoire ! Vous en prenez la responsabilité. Le ratio coût/profit ne saurait être inférieur à douze.

 Maître Lademan Cearda sonne le retour au pragmatisme du profit. Un androigénus ne vit que pour pouvoir apporter une valeur ajoutée et tirer un intérêt de tous les actes aussi mineurs soient-ils. Sur l’échelle d’EON – Economie Optimisée N ??? – graduée de zéro à quinze, la barre est haute. Sachant que le ratio moyen des bons scriptimageurs est de 10,567, déjà considéré comme hyper rentable.

 C’est aussi une manière de lui signifier qu’en cas de réussite, l’ascenceur sociable le mènera au poste de coptimus, avant dernière marche avant l’accès à terme à la direction générale d’un cluster. Une perspective nettement réjouissante qu’Axandre valide in-petto…

 Le grand Maître fait demi-tour. Il va s’en retourner. Sans un regard en arrière ou émettre un commentaire de plus quand, d’une voix doucereuse, il dit :

« Reste un détail… »

 Si le vert est le sourire, l’orange traduit l’incompréhension stupéfaite, état des voyants d’Axandre à une réflexion inattendue.

« …Le coupable ? Bug, immature, punition ? Qu’avez-vous décidé ? »

 Pas besoin de deviner la cible ! Rien, aimerait dire le prime. Il ne pouvait pas se punir lui-même d’effacement. Il avait écarté, enfin pour être plus véridique, il avait espéré que la somptuosité, reconnue de son canevas l’absoudrait. Négligence coupable de l’obstination connue du grand maître qui lui revient en pleine figure. Il ne peut plus éluder et encore moins mentir.

« C’était moi !

— Utilisation de l’imparfait… Vaine tentative de dédouanement rétroactif… C’est mal. Je vous rejoins pas dans cette volonté. Démarrer une nouvelle ère sur une iniquité ? Autant ne rien changer alors… »

 Une salve d’ondes démagnétisantes s’abattant sur ses processeurs aurait eu moins d’effets.

« Prime Axandre, tous, depuis longtemps, savons que vous possédez un talent absolu. Vous connaissez la sanction pour incompétence… »

 Après la salve démagnétisante, la rupture d’alimentation… Le formatage intégral est l’issue finale pour les incapables, sans seconde chance.

« …mais parfois la justice doit faire place à l’équité… »

 Axandre ne se fait aucune illusion. Cet introduction en forme de possible seconde chance recèle inévitablement une chausse-trappe bien vicieuse.

« … D’une part, vous incarnerez le rôle pilier de la femme du métro. D’autre part, votre équipe se doit d’atteindre, sans atermoiement, le treize en EON. Action !

 Une triple condamnation sans appel avec dommages collatéraux irrémédiables en cas d’échec et conséquences secondaires presque infinies.

Entre autres, un ratio de treize n’est pas impossible, juste une impasse quasi quantique. Y réussiraient-ils qu’ils en pâtiraient tous. La seule gratification serait la place de calife à la place du calife comme disait un ancien diction humain… autrement dit grand Maître. Les clusters disponibles sont rares et toutes nouvelles implémentations suspendues pour le moment. Inutile de dire que Maître Lademan Cearda ne laissera pas faire.

 Son pool ne peut envisager le formatage. Diviser pour régner… Que le plan réussisse ou échoue, lui serait reconstruit, à neuf, sans pièce d’occasion. Soit reprendre tout à zéro, à partir d’une mémoire neuve avec une implémentation sélective, au gré du résultat, de son passé.

 Une perspective pire que la mort après des heures et des heures d’un travail double entre le complot commandé et son propre objectif. Seul l’intéresse la place du grand Maître. Le renverser au terme d’un scénario machiavélique à nombreux tiroirs dont la maestria lui éviterait toutes conséquences fâcheuses. Pas question d’y renoncer !

 Comment ? D’abord sonder sa cellule créatrice. Vérifier sa fidélité. Le relevé d’ondes est positif. Aucun doute ne pointe, nulle défaillance àcraindre. Reste que la frontière de la bascule resterait étroite sur ce fil étroit qu’est l’équilibre.

« Quel est le planning, prime ? lui rapporte le représentant de l’équipe.

— Intégrer le nouveau paramètre. »

 Nul besoin de leur préciser lequel. Ils ont tout entendu, un élément fédérateur allant l’encontre du culte du secret habituel dans les clusters. Il reste peu de temps entre maintenant et le premier acte de la comédie tragique à venir.

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Salaij
Un nouveau chapitre de la nouvelle commencée pendant le challenge :)

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Stradi Varius

Qu'est-ce que l'Amour ?
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Baptiste Jacquemort


Mon amour,
C’est une étrange confession à quoi je m’en vais me livrer ici. Hier j’ai fauté. Ou plus exactement j’ai failli. Hier soir. Dans la lumière sublime des couchers de soleil dont nous sommes, en cette saison, par quelque faveur céleste si souvent gratifiés. Pardonne-moi.
Tu étais assise, attablée devant ton secrétaire, et tu écrivais une lettre à tes parents. J’étais, moi, allongé sur le divan et je venais de refermer le livre que je lis en ce moment. Je m’accordais un instant d’émerveillement.
Sais-tu comme tu peux être belle lorsque tu es, par toi-même, oubliée ? Je te l’ai dit déjà, mille fois, et chaque fois il me semble que j’échoue à le dire. Sans doute parce que je ne sais pas exprimer ce qui, finalement, ne relève pas de la démonstration mais de la foi. Peut-être aussi est-ce un peu ta faute ? Peut-être es-tu trop rationnelle ?
Le jour avait commencé de décliner. Je m’étais redressé, moi, sans un bruit et je suis resté de longues minutes ainsi, à te contempler. Toute à tes mots, tout appliquée à t’offrir, tu ne te doutais pas de ce qui se tramait dans ton dos. Tu étais au delà…
Derrière nous, le ciel jouait le dernier acte du jour. Nous n’en savions rien, ni l’un ni l’autre, et cependant il devait éclater des feux d’artifices dans le ventre de chacun des pauvres nuages qui se sont aventurés hier à nous menacer de leurs bravades pusillanimes. Et je sais qu’il devait y avoir, répandu sur l’horizon, le sang de la lumière qui éclaboussait jusqu’à nous.
Sur la courbe merveilleuse de ta nuque, découverte comme si elle eût été offerte à la hache d’un bourreau méticuleux, le dernier rayon de soleil avait trouvé son havre. Avec la même délicatesse que celle dont aurait fait preuve la main diaphane d’un ange consolateur, il caressait chacun de ces petits poils si doux qui couvrent ton cou d’un fin duvet d’or et de miel que j’aime tant.
Mon Dieu que tu es belle lorsque le jour se meurt.
Alors, lorsque cet ultime souffle de soleil a commencé de se retirer, j’ai soudain éprouvé le désir impérieux de m’en venir doucement prendre sa place. De déposer mes lèvres où la main de l’ange se fût si naturellement promenée. De te dire « je t’aime » à la simple force de ce tendre baiser.
J’ai laissé s’effacer la lumière. S’étirer imperceptiblement vers l’obscurité. Pour que tu me sois belle, rien qu’à moi, jusqu’au dernier instant de cette singulière éternité. J’ai attendu l’heure propice où je me fusse trouvé le plus riche de toi.
Et puis le téléphone a sonné…
En me levant, j’ai allumé la lumière et lorsque j’ai décroché, déjà, je n’y pensais plus. Pardonne-moi mon amour. J’ai laissé s’enfuir un baiser qui nous appartenait.
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