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L’objectivité absolue est devenue le cœur du système cultixstentiel. Il m’impose donc de revenir sur une polémique récurrente quant à l’estimation des pertes subies par l’humanité lors de la découverte et l’éradication du « censuré » dit des androïgénus.

D’aucun, ou trop suivant le point de vue, prétende que moururent, ce jour-là, plusieurs millions d’humains. Une pure ineptie du domaine de la rumeur… Pour couper court et ne pas perdre de temps en arguties inutiles, il est avéré que cette dernière fut initiée par les réactionnants.

Le seul génocide, quoique le mot soit carrément inapproprié en l’occurence, à déplorer ou à se féliciter, est celui des androïgénus. Sans surprise, je me range au rang des satisfaits.

Il ne faut toutefois par perdre de vue qu’il y eut des pertes réelles. Le seul point noir relatif est l’impossibilité de les comptabiliser dans la sphère marginale de la population non admissible à la reconstruction. Donc non enregistrée… Toutefois pour relativiser les élucubrations, rappelons-nous que cette frange est dite marginale, donc, par définition, limitée.

Du temps ayant passé, j’ai l’autorisation de faire connaître une information importante. Hors le point évoqué de la rumeur, les androïgénus avaient créé une sous-espèce d’androïde à l’imitation parfaite de l’homme – aparté, pas un seul de ces robots n’eut l’apparence féminine sans explication logique –, l’esprit en moins. De simples machines parasitaires qui servirent de spectacle, un massacre expiatoire, à seule destination de créer la peur parmi les humains. D’où une confusion habilement entretenue par les réactionnants survivants.

Ces quelques survivants sont finalement devenus silencieux et inactifs. Touchée par la grâce ? De la paix universelle…

Reporter : Arman Darcelade

Le direct :

Vue 4 : intérieur du wagon,

 La femme, gentiment assise, fait face au polisocier. Son visage respire la sérénité. Elle lit un livre, papier, aussi anachronique que très tendance. Au coût élevé… Réservé à une élite sachant encore lire, une minorité dans le monde d’aujourd’hui où les machines parlent, écoutent, racontent, exécutent, traduisent instantanément. Les arts sont devenus la propriété des androïgénus. Ils construisent tout l’environnement culturel soit de leurs propres initiatives, soit aux ordres des rares humains qui s’y consacrent.

 Extrêmement marginale dans un premier temps, cette mode connait une accélération depuis l’apparition des réactionnants. Surgis de nulle part, ils synthétisent regroupant les nostalgiques, les révolutionnaires à bon marché, les mécontents sempiternels trop heureux d’avoir une occasion de se démarquer sans risque. Les objectifs flous et l’apparente innocuité leur procure une tolérance de la part du pouvoir en place. Simpe calcul… Tous les experts s’accordent sur un point. Pour l’équilibre elle est utile tant qu’elle est tenue en laisse et ne remet pas en cause leur légitimité.

 Aux yeux du polisocier, cette femme n’est qu’une bourgeoise aisée en mal de paraître, s’ennuyant probablement mortellement chez elle. Probablement va-t-il perdre son temps mais son devoir l’invite aux vérifications de base. Le déguisement idéal pour une réactionnante…

 Il initie son scanner. Examen primaire négatif avec juste une once d’ondes anarchisantes, communes à ces énergumènes avides d’originalité et du frisson du presque interdit qu’est la lecture en public. Cette présence l’oblige à passer à un stade de vérification supérieur. La runtime secondaire débute. Un voyant orange d’anomalie s’allume quelques secondes avant de virer au rouge et d’afficher une alerte prioritaire : phasage proactif de brouillage offensif.

 Androïgénus de niveau moyen, pour la première fois de sa vie, il doute de l’utilité de ce qu’il va faire. Tenter de saisir son effaceur. Tout en sachant parfaitement qu’il n’en aura pas le temps. Pas contre une arme rayonnante démagnétisante… Mortel pour le faible degré de protection attribué à sa valeur… Trop de nonchalance mène à la négligence. Le livre ! Il ne s’en est pas méfié au-delà de la représentation de l’objet lui-même.

 Il a entendu bien souvent dire que les humains avant de mourir brutalement voit défiler le cours de leur vie en quelques secondes. Et pour les androïgénus ? À part la certitude que le rapport très défavorable coût/réparation ramené à sa valeur ajoutée ne le mènera pas aux cuves régénératrices mais à celles des fonderies de recyclage ? Rien… Le rayon turquoise l’enveloppe et le grille intégralement de l’intérieur.

 Les quelques dizaines de passagers observent sans réaction hostile apparente. Elle sait que dans la masse, une majorité, pour diverses raisons sans aucun rapport avec une rébellion ouverte, est satisfaite et ne fera donc rien. Le reste est hostile mais inactif, sans courage, peu enclin à l’héroïsme. Statistiquement, au moins un serait tenté d’y jouer, au héros. Il n’en aura pas le temps. La rame s’est arrêtée et elle jaillit littéralement sur le quai comme un diable hors de sa boite à malices.

Vue 2 : dans le réseau métropolitain,

 Les sirènes résonnent. Les écrans publics affichent l’image de la fuite. Elle court et saute une barrière de contrôle. La foule s’écarte devant elle. Elle parvient à l’escalator encombré. Elle hurle « barrez-vous ». L’effet est inverse et tétanise les piétons. Sans ménagement, elle s’ouvre un chemin poussant, cognant, tirant laissant un sillon sanglant derrière elle.

 Les gens ont compris et s’écartent. Un couple tarde trop. D’une poussée violente, elle les éjecte. Ils glissent sur le métal tentant désespérément de se raccrocher à une aspérité. Ils ont de la chance, à part quelques bleus, ils en sortiront indemnes.

 Rien ne peut résister à sa furia. Son but est clair, parvenir en haut. Elle sera en sécurité relative, son billet traceur cessera toute activité à l’air libre. Un dernier élan et elle y parvient. Sur son poignet, le titre de transport s’efface. Dans le métro, les images de la fuite disparaissent.

Vue 1 : dans la rue,

 A l’air libre, la femme stoppe deux secondes, regarde autour d’elle avant de reprendre sa course. Son routeur annone le chemin à prendre : « pour la banquothèque, traverser la voie 15 puis tourner à droite vers la 67 afin d’emprunter la roulante piétonne sur 780 mètres et… » Elle n’en tient nullement compte, pas plus que de l’alerte de fausse route et de danger imminant à ne pas emprunter le passage prioritaire piétonnier.

 Le glisseur, à pleine vitesse, ne peut rien faire. Il la…

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Stradi Varius

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Baptiste Jacquemort


Mon amour,
C’est une étrange confession à quoi je m’en vais me livrer ici. Hier j’ai fauté. Ou plus exactement j’ai failli. Hier soir. Dans la lumière sublime des couchers de soleil dont nous sommes, en cette saison, par quelque faveur céleste si souvent gratifiés. Pardonne-moi.
Tu étais assise, attablée devant ton secrétaire, et tu écrivais une lettre à tes parents. J’étais, moi, allongé sur le divan et je venais de refermer le livre que je lis en ce moment. Je m’accordais un instant d’émerveillement.
Sais-tu comme tu peux être belle lorsque tu es, par toi-même, oubliée ? Je te l’ai dit déjà, mille fois, et chaque fois il me semble que j’échoue à le dire. Sans doute parce que je ne sais pas exprimer ce qui, finalement, ne relève pas de la démonstration mais de la foi. Peut-être aussi est-ce un peu ta faute ? Peut-être es-tu trop rationnelle ?
Le jour avait commencé de décliner. Je m’étais redressé, moi, sans un bruit et je suis resté de longues minutes ainsi, à te contempler. Toute à tes mots, tout appliquée à t’offrir, tu ne te doutais pas de ce qui se tramait dans ton dos. Tu étais au delà…
Derrière nous, le ciel jouait le dernier acte du jour. Nous n’en savions rien, ni l’un ni l’autre, et cependant il devait éclater des feux d’artifices dans le ventre de chacun des pauvres nuages qui se sont aventurés hier à nous menacer de leurs bravades pusillanimes. Et je sais qu’il devait y avoir, répandu sur l’horizon, le sang de la lumière qui éclaboussait jusqu’à nous.
Sur la courbe merveilleuse de ta nuque, découverte comme si elle eût été offerte à la hache d’un bourreau méticuleux, le dernier rayon de soleil avait trouvé son havre. Avec la même délicatesse que celle dont aurait fait preuve la main diaphane d’un ange consolateur, il caressait chacun de ces petits poils si doux qui couvrent ton cou d’un fin duvet d’or et de miel que j’aime tant.
Mon Dieu que tu es belle lorsque le jour se meurt.
Alors, lorsque cet ultime souffle de soleil a commencé de se retirer, j’ai soudain éprouvé le désir impérieux de m’en venir doucement prendre sa place. De déposer mes lèvres où la main de l’ange se fût si naturellement promenée. De te dire « je t’aime » à la simple force de ce tendre baiser.
J’ai laissé s’effacer la lumière. S’étirer imperceptiblement vers l’obscurité. Pour que tu me sois belle, rien qu’à moi, jusqu’au dernier instant de cette singulière éternité. J’ai attendu l’heure propice où je me fusse trouvé le plus riche de toi.
Et puis le téléphone a sonné…
En me levant, j’ai allumé la lumière et lorsque j’ai décroché, déjà, je n’y pensais plus. Pardonne-moi mon amour. J’ai laissé s’enfuir un baiser qui nous appartenait.
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